GOUROU HAR GOBIND

               (1595-1644; Succession du Gourou: 1606-1644)

 

Gourou Har Gobind, fils de Gourou Arjan Dev et de Mata Gangaji est né en juin 1595 à Wadali, un village proche de Amritsar ; la période de sa vie antérieure est présentée dans le chapitre précédent.

 

Après le martyre de son père (Gourou Arjan), Gourou demanda à Bhai Buddha de lire Adi Grandh et les musiciens du temple jouèrent les hymnes du Gourou durant 10 jours. Quand les derniers rites furent accomplis, Bhai Buddha initia la cérémonie de la succession du Gourou. Il faut se souvenir que quand l’épouse de Gourou Arjan alla voir Bhai Buddha pour engendrer un fils, elle prépara un repas de pain et d’oignons de ses propres mains. En le dégustant, Bhai Buddha dit : « Le propriétaire de ce magasin est Gourou, mais j’ai reçu l’ordre de l’ouvrir. Comme vous m’avez donné de la nourriture à foison, vous aurez un fils. Il sera très beau et courageux, doté de qualités spirituelles et temporelles, deviendra un chasseur d’élite, chevauchera des destriers royaux, portera deux épées, sera puissant à la bataille et foulera les Moghols. Ton fils écrasera les crânes de ses ennemis, et il sera un combattant valeureux et célébrera Gourou. Il ne se tiendra pas sur un siège modeste, mais sur un trône impérial. Comme à l’accoutumée, Bhai Budha plaça devant Gourou un seli (corde de laine tissé,  lacé ou enroulé autour de la tête des Gourous précédents) et un turban, comme signe d’appartenance. Le Gourou demanda à ce que le seli soit placé dans le coffret  et  rappela la prophétie prononcée devant Bhai Buddha :

«  Mon devoir est de réaliser votre prophétie. Mon seli doit porter mon épée, et je porterai une aigrette sur mon turban. Donnez moi une épée à porter à la place du seli. » L’épée fut apportée mais Bhai Buddha la plaça du mauvais côté de Gourou Har Gobind. Il dit alors : « Apporte une autre épée, je dois avoir deux épées » Il fut doté ainsi de deux épées qui incarnent les emblèmes de la spiritualité et de l’autorité temporelle -Piri et Miri-, la combinaison de « Bhakti et Shakti ».

 

AKAL TAKHAT :

 

Le martyre de Gourou Arjan  fut un acte singulier dans l’histoire de l’humanité ; Gourou détenait tous les pouvoirs. Il aurait pu diriger la situation dans le sens qui lui convenait mais il accepta la torture pour montrer  au monde entier comment chacun doit se soumettre à la volonté divine. En effet, les enseignements de l’Adi Granth n’étaient pas adressés aux yogis, sidhas et sanyasis, ni aux Musulmans soufis qui restent reclus dans les grottes de l’Himalaya et louent le «Tout-Puissant» en critiquant le monde. Au contraire, les enseignements de l’Adi Granth étaient destinés aux hommes  pères de famille. En tant que père de famille, les Gourous avaient sous les yeux des exemples concrets  pour vivre en accord avec la règle du Gourou.

L’exécution cruelle de Gourou Arjan déclencha des sentiments de colère au sein de la population. Les souffrances  du Gourou  firent éclore un mouvement spirituel nouveau dans le cœur des hommes qui décidèrent de se sacrifier pour glorifier la droiture. Pendant des siècles des hommes, femmes et enfants avaient péri par l’épée des Musulmans mais rien n’attendrit le coeur de pierre des oppresseurs. Au contraire, ils étaient devenus plus cruels  et brutaux.

Parfois il est possible  de corriger le malfaiteur en opposant au mensonge et à

 l’injustice des méthodes non violentes. La résistance silencieuse et la souffrance pour la cause juste amènent  parfois le tyran à réaliser des actions mal vues et il  peut en améliorer. L’histoire offre des exemples  où la non violence ne peut améliorer un  tyran endurci qui commet de multiples actions criminelles et qui néglige les valeurs morales et civilisées. Pour ces hommes, la non violence est assimilée à  de la lâcheté ; ces hommes assoiffés de pouvoir ne peuvent être contrés qu’avec des armes plus fortes que les leurs.

 

Après l’inauguration, quelques Masands dirent à la mère du Gourou que les cinq précédents Gourous ne manipulaient jamais d’armes ; si l’Empereur Jahangir apprenait cela, il serait furieux et où les Sikhs se cacheraient –ils ? Elle fit preuve de  courage face aux Masands, et admonesta  le jeune Gourou :

« mon fils, nous n’avons pas de fortune, pas de revenu, pas de propriété et pas d’armée. Si tu suis les pas de ton père et de ton grand père, tu seras heureux »

 

Gourou récita ces vers :

«  Dieu qui cherche les cœurs

Est mon seul gardien »

( Bhairon Mohalla 5, p-1136)

 

Et dit : «  Ne sois pas anxieux et tout adviendra selon la volonté divine »

 

Gourou fit dire aux Masands qu’il accepterait volontiers des armes à la place de l’argent. Il fonda l’Akal Takhat (le trône intemporel) en 1606 (le cinquième jour  de la lune de Har, Sambat 1663) en face de l’Hari Mandar, et il fut achevé en 1609. L’Akal Takhat était construit  sur une plate forme élevée haute d’environ dix pieds et ressemblait à un trône. Gourou s’y assit. Il construit l’Akal Takhat à quelque distance de l’Hari Mandar avec une telle vue qu’un Sikh ne pouvait ignorer que l’élévation spirituelle est aussi importante que les obligations sociales. Gourou voulait que ses disciples soient des soldats empreints de sainteté, très cultivés, avec des qualités morales et spirituelles et toujours prêts à combattre à l’épée les forces démoniaques. Bhai Buddha, en voyant Gourou en armure, le rabroua doucement. Gourou répliqua : « Dans la maison du Gourou, religion et plaisir doivent être associés pour aider les pauvres et les nécessiteux, et le glaive pour combattre les oppresseurs. » (Ceci doit être précisé aux Sikhs qui disent que les affaires du monde doivent être séparées de la religion dans nos Gurdwaras).

Plusieurs combattants et lutteurs offrirent leurs services au Gourou. Il prit à son service cinquante deux héros comme gardes du corps, lesquels constituèrent la base de son armée future. Plus de 500 jeunes gens arrivèrent de tout le Penjab pour s’enrôler auprès de lui. Il fit de Bhai Bidhi Chand, Bhai Jetha, Bhai Piara, Bhai Langaha et Bhai Pirana  capitaines d’une unité de 100 chevaux. Le peuple s’extasia de la manière dont Gourou pouvait constituer une telle armée.

 

Gourou dit :

 « Dieu offre à chacun sa nourriture quotidienne ……

…………………………………………………….

Il plaça leur nourriture devant les insectes

Qu’il avait crées dans les rochers et les pierres

 

( Guriji Mohalla 5, p-495)

 

L’Akal Takhat devint une institution symbolisant une valeur : le principe de l’usage de l’épée peut se justifier pour rendre la justice et  pour se défendre. Gourou assis sur son trône pouvait ainsi regarder les combats et les faits militaires de ses disciples dans l’arène située en face de l’Akal Takhat. Comme toutes les disputes étaient tranchées ici par Gourou, l’Akhat Takhat devint le siège de la cour suprême des Sikhs.  A côté du trône, Gourou disposa les emblèmes de la royauté : l’ombrelle, les épées,l’aigrette et le faucon, et ainsi les Sikhs l’appelèrent le « vrai roi », un roi à part entière mais dans sa pureté, aussi saint et grand que les Gourous précédents. Le peuple consultait l’Akhal Takhat pour prendre une décision dans leurs affaires et cette coutume devint si prégnante que  toute décision prise à l’Akhat Takhat était accueillie par les Sikhs avec enthousiasme et c’était la raison pour laquelle ils pouvaient vaincre tous les périls. Le développement de cette coutume contribua considérablement à l’essor du mouvement Sikh. Certains commentateurs prétendirent que l’amour de la politique et des armes détourna Gourou du vrai chemin de la religion. Leur jugement était sans fondement. Gourou ne caressait aucun dessein politique. Son devoir consistait à se rendre à l’Hari Mandar, écouter Asa et dispenser un enseignement religieux à ses disciples. Il s’attacha à diffuser la religion et désigna des prêcheurs dans les différentes régions du pays. Il entreprit de nombreux déplacements dans différentes parties du Penjab pour  repandre sa foi. L’action du Gourou symbolisait le défi du temps présent. Bhai Gurdas justifie ce changement de politique du Gourou par des circonstances qui le nécessitent :

 

« Comme il est nécessaire de courber l’anse du seau pour prendre de l’eau,

Comme il faut  tuer le serpent pour avoir Mani

Comme il faut sacrifier le daim pour avoir Katsuri

Comme il faut écraser les graines pour avoir de l’huile

 Comme il faut écraser les coques pour avoir les noix

Il faut  savoir user de l’épée pour corriger les insensés. »

(Bhai Gurdas, var -34, pauri 13)

 

Gourou Har Gobind fut le premier Gourou passionné de chasse. Ses journées à Amritsar se déroulaient ainsi : il se levait à l’aube, prenait son bain, revêtait son armure, puis se rendait à l’Hari Mandar pour prier. Là, il écoutait les textes sacrés. Puis il prêchait aux Sikhs. Le petit déjeuner était ensuite servi pour sa garde et les autres personnes qui suivaient, assises  en rangs. Il se reposait un peu et se rendait à la chasse en compagnie d’une armée de rabatteurs, de chiens de chasse et de léopards domestiques et de faucons de différentes races. Plus tard dans l’après midi, il s’asseyait sur son trône et donnait l’audience aux visiteurs. Des ménestrels chantaient les hymnes au Gourou et, au crépuscule, on lisait le sodar. A la fin du service, on jouait de plusieurs instruments de musique, tant et si bien que le repas du soir était oublié. Un concert sacré était donné ensuite, accompagné d’hymnes ; puis le ménestrel Abdulla chantait des chansons martiales pour inspirer aux Sikhs l’amour des actions héroïques et écarter les sentiments indignes de combattants. Après la lecture du Solila, Gourou se retirait dans ses appartements

 

BANDI CHOR . Le grand libérateur

 

     Chandu eut peur que Gourou veuille venger son père. Sa fille,  célibataire encore,  écrivit à Gourou pour conclure une alliance,  qu’il  refusa toujours. Par conséquent, une fois encore Chandu se plaignit de Gourou auprès de l'empereur Jahangir. À cause de cela, Jahangir appela à Gourou à Delhi, et envoya Wazir Khan[1] le chercher. Après avoir  considéré  la situation prudemment Gourou décida d’y aller, alors il assigna les devoirs séculiers de l'Hari Mandar au bhai Bouddha et les devoirs spirituels au bhai Gurdas. Il donna l'ordre: "L'Har Mandar est consacré spécialement au service de Dieu, donc il faut le respecter. Il ne doit jamais être souillé ni de vices humains, ni des jeux de hasard, ni du vin, ni des calomnies. Personne ne devrait voler, ni dire des faussetés, ni  fumer du tabac, ni inventer des litiges. Les Sikhs, les hommes sacrés: des invités, des étrangers, des pauvres et des délaissés tous  devraient recevoir toujours l'hospitalité des Sikhs. Les gens devraient être humbles, on devrait répéter le Nom de Dieu, prêcher la foi, méditer sur les mots de Gourou, et respecter tous ses commandements". Alors Gourou  partit à Delhi.

 

 

Grâce aux bons offices de Wazir Khan, l’Empereur reçut Gourou avec un apparent grand respect ; en le voyant si jeune et déjà affirmé en tant que Gourou, l’Empereur lança une conversation portant sur la spiritualité afin de tester sa connaissance du Divin.

L’Empereur, ayant entendu que Gourou aimait  chasser lui demanda un jour de l’accompagner à une sortie de chasse. Dans la forêt, un tigre se rua sur l’Empereur ; les éléphants et les chevaux prirent peur, et ce fut en vain que des balles et des flèches furent lancées sur le tigre. L’Empereur, paralysé par la peur

implora Gourou de le sauver ; Gourou s’interposa, l’épée au poing,  entre le tigre et l’Empereur ; quand le tigre bondit, il lui lança un coup d’épée et le laissa mort au sol ; l’Empereur remercia son Dieu d’avoir     été sauvé par cet action héroïque émanant du Gourou.

Comme l’Empereur devait visiter Agra, il convia Gourou à l’accompagner, ce à quoi ce dernier consentit  après plusieurs demandes. Quand ils arrivèrent à Agra,Gourou reçu un accueil chaleureux de la population. Chandu, réalisant qu’une amitié naissait entre Gourou et l’Empereur, se dit :

« quand il en aura l’opportunité, le Gourou prendra sa revanche sur moi ; je serai sauf seulement si je parviens à rompre cette amitié, ou à le faire emprisonner et je dois consacrer mes efforts dans ce but.

 

Quand l’Empereur tomba malade, il demanda à son astrologue de sonder les astres pour trouver un remède. Tirant parti de la situation, Chandu  corrompit l’astrologue pour briser le lien entre Gourou et l’Empereur. Il suggéra qu’un homme de foi devrait se rendre au fort de Gwalior et prier pour la guérison de l’Empereur. Par ailleurs, Chandu informa l’Empereur de la sainteté de Gourou Har Gobind et joua ainsi un double jeu. Jahangir demanda au Gourou de se rendre à Gwalior, ce que ce dernier accepta sans hésiter.

La joie régnait dans le fort quand la nouvelle de la venue du Gourou fut propagée. Cinquante deux princes (Rajas) emprisonnés dans le fort croupissaient dans la détresse. Ils pensaient que grâce au Gourou ils auraient été relâchés. Hari Das, gouverneur du fort, se réjouissait aussi, car il attendait depuis longtemps une bénédiction (darshan). Il s’empressa pour recevoir Gourou et se prosterna devant lui. Gourou rencontra les princes affligés par l’adversité, les réconforta et distilla de la joie dans leur cœur

Chandu écrivit quelques lettres au gouverneur du fort, le pressa d’empoisonner Gourou et en finir avec lui. Cependant, Hari Das présenta les courriers au Gourou au fur et à mesure qu’il les recevait, car il était devenu son disciple ; à ce moment,Gourou récita le  Sabat suivant :

 

«  Le calomniateur doit être confondu

Comme un mur de Kallar ; écoutez, ye breathen, il doit être connu

Le calomniateur est heureux quand il voit une faute ; l’homme mal intentionné dieth pense au mal

Le calomniateur oublie dieu, et quand la mort rôde, se querelle avec les saints

Dieu protége Nanak, que peut faire un homme en perdition ? »

(Bilawal Mohalla 5, p-823)

 

Jahangir guérit ; Alors que Gourou était encore à Gwalior, l’Empereur entendit Wazir Khan soutenir le Gouoru (certains dirent soutenir également Mian Mir), il demanda à voir Gourou, car il avait eu sut de l’affliction dont souffraient les princes. Le maître ne voulait pas quitter le fort tant que les princes seraient détenus. L’empereur réalisa ce vœu et relâcha les cinquante deux princes. Depuis ce temps Gourou est connu à Gwalior comme celui qui a délivré les prisonniers. Il y a toujours un sanctuaire « Bandi Chor » dans l’ancien fort de Gwalior.[2]

 

Mian Mir clama devant l’Empereur l’innocence de Gourou Arjan et la cruauté avec laquelle le maître divin avait été torturé à mort. Mais l’Empereur ne reconnut pas cette faute et en fit porter la responsabilité à Chandu, lequel fut arrêté sur son ordre et transféré à Lahore pour être exécuté. Chandu fut exposé dans les rues de Lahore, insulté et maudit. Un bourreau lui brisa le crâne avec une pale de fer et Chandu périt. Quand l’Empereur sut de sa mort, il déclara qu’il méritait largement son sort. Cependant, Gourou pria pour que Chandu fut absout par Dieu car il avait déjà expié ses fautes sa vie durant.

 

Sujan, un Masand de Kaboul qui s’était enrichi avait entendu que Gourou était passionné par les chevaux. Il chercha et trouva un cheval rapide d’une exceptionnelle beauté qu’il acquit pour une poignée de roupies afin d’en faire don au Gourou. Alors que  Sujan traversait l’Indus, un officier remarqua le magnifique cheval racé et il l’enleva en affirmant qu’il était digne de l’Empereur. Quand Gourou sut par Sujan que le cheval avait été dérobé, il lui recommanda la patience et prédit que lui seul monterait ce cheval.

Quand l’Empereur se décida à monter, la tête du cheval  frémit, signe considéré comme de mauvaise augure. Après un laps de temps le cheval tomba malade et refusa de manger et boire. Tous les remèdes connus furent tentés, en vain. Quand le cheval fut sur le point de mourir, le chef Qazi (Rustam Khan) proposa de lire le Coran qui serait susceptible de le sauver. Aussi le cheval fut présenté  au Qazi. Il hennit en passant devant la tente du Gourou : Le cheval fut alors acheté, grâce à l’intercession de Qazi, pour une somme de dix milles roupies et quand Gourou lui flatta le cou, il retrouva sa force.

 

 

KAULAN

 

Le Qazi avait une fille de toute beauté, Kaulan[3], disciple de Mian Mir. Depuis sa tendre enfance toute son âme était absorbée par les prières à Dieu et à ses saints. En compagnie de Mian Mir, elle avait entendu les prêches de Gourou Har Gobind et elle priait au sein de sa propre famille. Ceci incita son père à lui dire ce texte :

«  O, infidèle, tu loues un infidèle (Gourou) et n’obéit pas à la loi de Mohammed qui interdit, sous peine de mort, de louer un infidèle. »

 

Kaulan répondit : «  Père, la loi de Mohammed ne s’applique pas aux hommes saints, qui sont les serviteurs de Dieu » Entendant ceci de la bouche de sa fille, Qazi s’étrangla d’indignation. Après avoir consulté son frère Qazi, il émit l’ordre d’exécuter sa fille Kaulan pour avoir commis le péché de transgression de la loi musulmane.

 

La mère de Kaulan l’informa de la décision de Qazi, ainsi que Mian Mir, lequel conseilla Kaulan : « Comme nul moyen de te sauver ne peut être trouvé ici, mieux vaut que tu ailles à Amritsar demander protection à Gourou Har Gobind qui seul peut te sauver la vie »

Kaulan suivit le conseil de Mian Mir et se rendit à Amritsar, où elle se plaça sous la protection du Gourou, dans une habitation séparée et elle trouva la consolation en répétant le sabad suivant :

 

«  O Mère, je m’éveille en compagnie des saints

En ressentant l’amour de l’aimé, je répète son nom qui est un trésor

Avide d’un signe de Lui, je l’espère et le cherche

Je n’ai plus aucun désir pour quoi que ce soit d’autre

J’ai trouvé Gourou, celui qui donne le calme et la paix

En le contemplant, mon esprit est enveloppé de Dieu

En voyant Dieu le plaisir jaillit dans mon cœur

Nanak qui m’est cher est sa parole d’ambroisie

(Kedara mohalla 5, p-1119)

                       

Un jour, alors que beaucoup de temps s’était écoulé, elle prit ses bijoux et les disposa devant Gourou en disant «  O ami des pauvres, prends ces bijoux et donne les en prix pour une  cause religieuse afin que mon nom soit connu du monde »

En 1621, Gourou fit creuser en son nom un bassin connu sous le nom de Kaulsar à Amritsar ; Gourou Har Gobind fit construire un autre bassin nommé Babeksar.Il y a maintenant cinq bassins sacrés à Amritsar près du Temple d’Or : Santokhsar, Amritsar, Ramsar, Kaulsar et Babeksar.

 

 

LES FORCES MOGHOLES ET GOUROU

 

L’Empereur Jahangir mourut au Cachemire et son fils Shah Jahan devint Empereur d’Inde ; Quand le fils de Prithia , Meharban apprit le décès de Chandu, il en fut affecté et se dit :

« Sulhi Khan mourut après s’être affronté avec Gourou, et mon père également. Maintenant Chandu est mort. Quel est le pouvoir magique qui permet au Gourou de surpasser tous les autres ? »

Meharban échangea son turban contre celui de Karam Chand, le fils de Chandu, en gage de longue amitié, et il discuta avec lui des moyens pour en finir avec Gourou. Ils commencèrent par introduire le doute dans l’esprit de Shah Jahan ; Gourou Har Gobind envoya ses révèrés Sikhs à Meharban afin de le dissuader de mettre à exécution son projet hostile et malfaisant. Il alla en personne voir Meharban pour tenter une conciliation, mais en vain.

 

Shah Jahan adopta une  politique religieuse différente. Il se montra favorable à l’orthodoxie, et le fanatisme fut considérablement renforcé sous son règne.  Il veilla à ce que les nouveaux convertis à l’Islam soient bien traités. Si un Musulman abandonnait sa religion, il était sévèrement sanctionné. Des temples en construction au Penjab furent démolis et des mosquées construites à leur place. Les ennemis du Gourou instillèrent du poison dans son esprit et bientôt les relations cordiales qu’il entretenait depuis 1611 furent détruites ; une période d’hostilité envers les Sikhs s’ouvrait.

 

En chemin vers Pilibhit, Gourou visita Kartapur où il rencontra des Pathans du village de Wadamir, armés d’épée et de boucliers, lesquels lui offrirent leurs services. Parmi eux figurait un jeune homme grand et puissant, Painde Khan, dont les parents étaient décédés et qui vivait avec son oncle. Gourou le prit dans sa garde personnelle et lui prodigua des  soins pour développer sa force ; il pouvait arrêter un cheval en pleine course sans l’usage d’une corde ou d’un harnais. Aucun lutteur n’osait l’affronter.

Gourou pratiquait tous les arts martiaux et collectionnait des armes. Il chassait  et assistait aux exercices de force de Painde Khan et d’autres. Alors qu’il présentait à Painde Khan les dons faits par les Sikhs, il provoqua de l’émoi. Une délégation de Sikhs se rendit auprès de Bhai Gurdas qui l’envoya vers Bhai Buddha, lequel déclara au Gourou :

ª  Vous êtes comme le Gange, comme le soleil et comme le feu. Le fleuve Gange avale les corps et les os d’innombrables morts, et cependant reste pur ; le soleil absorbe des vapeurs toxiques et cependant reste pur ; le feu brûle les morts et cependant reste pur ; Vous êtes comme les trois. Les Sikhs, voyant votre amour et votre enthousiasme pour le sport et l’exercice militaire craignent pour vous.  Aussi, vous devez les abandonner »

Gourou rit et répondit : « j’ai commis quelque chose d’incorrect ; je suis en train de réaliser votre prophétie et d’élever le sort de mes Sikhs »

 

Pour le mariage de la fille du Gourou, Bibi Viro, des desserts avaient été préparés et placés dans une pièce. Un groupe de Sikhs arriva de l’ouest pour consulter

Gourou et offrir des dons. Ils étaient  impatients et affamés et se présentèrent alors que la cuisine était déjà fermée. Gourou souhaitait que les desserts  préparés pour le mariage soient servies aux visiteurs, mais la clé de la pièce était entre les mains de Mata Damodri, l’épouse du Gourou, qui refusa de donner les desserts  à qui que ce soit avant que la soirée des fiançailles soit terminée. Gourou demanda à nouveau mais son épouse maintint sa position. Gourou dit : «  mes Sikhs sont pour moi plus précieux que ma vie. S’ils étaient les premiers à goûter les desserts, tous les obstacles au mariage seraient dissipés, mais maintenant tous les Musulmans vont venir et s’emparer des desserts et le mariage sera rompu »

 Cette prophétie se réalisa, car entre temps un Sikh apporta les desserts  qui furent servis aux visiteurs.

 

L’Empereur Shah Jahan alla chasser de Lahore à Amritsar, et Gourou prit la même direction[4]. Un conflit éclata entre les Sikhs et  les soldats royaux à propos d’un faucon royal. Un des faucons royaux qui fondait sur une proie se perdit et tomba entre les mains des Sikhs. Les soldats royaux vinrent récupérer le faucon mais leur arrogance fut telle que les Sikhs refusèrent de rendre le faucon, ce qui déclencha le conflit. Les soldats royaux revinrent et relatèrent à l’Empereur la capture du faucon et la violence des Sikhs, ce qui donna aux ennemis du Gourou l’opportunité de renouveler leurs griefs envers lui et de rappeler à l’Empereur ses erreurs présumées.

 

L’Empereur envoya Mukhlis Khan, l’un de ses généraux de confiance avec sept mille soldats pour punir les Sikhs. Les Sikhs de Lahore, ayant sut de l’expédition contre Gourou, transmirent immédiatement le message à Amritsar pour avertir Gourou de l’offensive ; il y avait à ce nomment une

Grande fête dans le palais du Gourou à l’occasion du mariage de sa fille. La famille du Gourou fut immédiatement transférée vers une maison proche de Ramsar, et dès le lendemain il fut décidé de l’envoyer à Goindwal. Comme le jour suivant devait être célébré le mariage  de Viro, Gourou décida que la famille et les non combattants de la ville devaient s’arrêter à Jhabal, une ville située à sept milles au sud ouest de Goidwal. Deux Sikhs furent dépêchés pour arrêter la procession du fiancé, faute de quoi elle serait tombée entre les mains des ennemis.

 

Logarrh, une petite forteresse située hors de la ville, était comme une plateforme  en hauteur (servant de tour de garde), entourée de hauts murs, où le Gourou avait l’habitude d’assurer une audience dans l’après midi. Vingt cinq Sikhs y étaient postés en attendant l’attaque ; Gourou  entra dans le temple  et pria pour la victoire, répétant les vers suivants :

 

«  Les hommes mauvais et les ennemis seront anéantis par Toi, O Dieu,

Et Ta gloire sera célébrée

Tu détruiras sur le champ ceux qui s’en prendront à tes Saints »

( Dhanasri Mohalla 5, p -681)

 

 

Les Sikhs de la garnison de Lohgarh, bien que courageux, étaient en trop faible  nombre pour arrêter l’armée Moghole. Après avoir  décimé des centaines de soldats ennemis, ils périrent comme martyrs pour la cause du Gourou. Les soldats ennemis se dirigèrent vers le palais du Gourou  à sa recherche mais furent pris de rage en trouvant le palais vide.  Ils fouillèrent  le lieu et s’occuperent des desserts. Avec la tombée de la nuit commença la bataille, le choc des épées et le sifflement des boulets. Des hommes courageux tombèrent et moururent, le sang coula en abondance, les corps s’entassaient les uns sur les autres, les têtes, les corps, les jambes et les bras furent éparpillés et les chevaux sans cavaliers errèrent dans le cité.

 

Bhai Banu était le commandant en chef de l’armée du Gourou et Sham Khan était l’un des chefs de l’armée impériale. Le cheval de Sham Khan fut tué. Alors   Bhai Banu descendit de selle et les deux engagèrent  un combat singulier. Bhai Banu  dit à Sham Khan: «  je ne te laisserai pas fuir maintenant » Sham Khan répliqua : «  défends toi, je vais attaquer ». Bhai Banu reçut un coup sur son bouclier, et pesant de toutes ses forces, décapita Bhai Banu d’un seul coup. Les Musulmans, en voyant leur commandant tué se ruèrent sur Bhai Banu et l’entourèrent. Il mis en pièces l’ennemi, mais à la fin il fut atteint par deux boulets qui transpercèrent son corps et le courageux commandant de l’armée du Gourou s’en alla pour le paradis céleste.

 

Bhai Bidhi Chand, Painde Khan et Bhai Jati Mal avaientt crée un  carnage dans l’armée Musulmane. De leurs lances ils avaient privés leurs ennemis de leurs chevaux. Gourou lui-même combattit avec tant d’ardeur que nul homme abattu par lui n’eut le temps de demander  une goutte d’eau. Painde Khan fut également victorieux au combat en faisant mordre la poussière à Didar Ali, le dernier survivant de la garde personnelle de Mukhlis Khan. Mukhlis Khan, resté seul, fut forcé d’engager le combat contre Gourou. Il dit : «  Nous devons maintenant clore la bataille par un combat singulier, seul à seul ». Gourou, pour lui plaire, dit à ses hommes de rester à part. Puis il décocha  une flèche qui tua le cheval de Mukhlis Khan. Descendant de selle, Gourou dit : «  montre tes talents et décoche la première flèche ». Mukhlis Khan lança une première estocade que Gourou esquiva par un mouvement vif. Alors que le second coup fut arrête par le bouclier, Gourou mis en garde : «  Tu a lance deux coups que j’ai éliminé, maintenant c’est mon tour » Levant son arme puissante, Gourou envoya à Mukhlis  Khan un tel coup que la tête fut tranchée en deux.

 

 

Painde Khan, Bhai Bidhi Chand, et Bhai Jati Mal tuèrent les soldats ennemis mais la majorité d’entre eux s’échappèrent  sans demander leur reste. Ceci marqua la victoire du Gourou et les trompettes  sonnèrent la victoire. Cette bataille fut gagnée en 1628 (certains datent à 1634), et fut  localisée à une distance de quatre milles au sud d’Amritsar  ; un dharmsal nommé Sangana a été construit pour commémorer la victoire du Gourou. Chaque année une fête est donnée sur ce lieu. 

Apres avoir accompli les rites funéraires pour ses soldats, Gourou se rendit à Jhabal et mena la cérémonie de mariage de sa fille.

 

 

 

LA FONDATION DE LA VILLE DE SRI HAR GOBINDPUR ET LA DEUXIÈME BATAILLE:

 

     Après avoir appris la nouvelle de la mort de Mukhlis Khan et la défaite de son armée, Chah Jahan appela un concile de ses chefs où il fût décidé qu'il fallait capturer Gourou ou  le tuer pour qu'il ne puisse  pas prendre les rênes de l'empire. Wazir Khan, un partisan du Gourou, le défendit et  dit: , "Sa Majesté, Gourou n'est pas un rebelle et il n'a aucun désir sur votre empire.  S'il avait eu ce désir,  il aurait  pris  quelque territoire et piller quelques-unes de vos trésoreries. C’est un miracle, car avec seulement sept cents hommes il a détruit une armée de sept mille hommes" Ces arguments et beaucoup d’autres de la part de Wazir Khan furent appuyés par les amis du Gourou à la cour. Enfin, l'Empereur fut convaincu et il décida d'oublier le passé.

     Après le conflit, Gourou  alla à Kartarpur. Bientôt, Painde Khan  devint un sujet d’inquiétude pour Gourou, il proclamait à qui voulait l’entendre: "Je suis celui qui a vaincu les innombrables hordes qui  s'opposèrent au Gourou à Amritsar. Avec ma flèche je les ai embrochés tel  des oiseaux. Si je n'avais pas été là, personne n’aurait eu le courage de s'opposer à eux. Tous les Sikhs se seraient enfuis". Gourou entendit ces paroles. Painde Khan qui s'occupait de lui la journée entière, et qui allait dans sa propre chambre juste pour dormir, reçut l’ordre du Gourou  de rester chez lui et  lui  permit  de le visiter seulement quelques fois. Cela fut la punition à l’arrogance de Painde Khan.

     C’était la saison des pluies et Gourou après avoir traversé la rivière Béas, alla sur le côté droit qui était très haut. Il observa que les maisons étaient réunies en un seul endroit et  que le reste de la terre était inoccupée. Il étudia le meilleur emplacement pour fonder une ville. Les gens le reçurent à bras ouverts, mais le chef de la région et Chaudhry, Bhagwan Das Gherar ne furent pas favorable à  ce projet, Gherar commença des hostilités contre lui et le diffama. Suite à cela, il y eût une confrontation durant laquelle Gherar fût tué.

     S’étant assuré de la bonne volonté du peuple, Gourou fit les préparatifs pour la construction de la ville. Il coupa les premières herbes et appela  des maçons et des travailleurs des villages voisins. Par la suite, la ville fut appelée, Sri Har Gobindpur en son honneur.

 

     Rattan Chand, le fils du Gherar, voulut venger la mort de son père. Il alla visiter  Karam Chand, le fils de Chandu, et le poussa à unir ses efforts contre l'oppresseur commun (Gourou). Ensuite,  tous  deux, ils allèrent voir  Abdulla Khan, le Subedar de Jullundhur. Rattan Chand énuméra les offenses qu’il avait subies, ajouta que l'Empereur serait très content  si quelqu'un lui remettait  Gourou et que le Subedar pourrait obtenir une très haute promotion. Le Subedar et ses conseillers furent convaincus par les arguments de Rattan Chand et immédiatement ils organisèrent une expédition contre Gourou. Quand Gourou fut informé de l'expédition, il dit simplement:" ce qui plaît à Dieu est le meilleur."

     Le Subedar avait une armée de dix mille hommes. Il disposa ses huit divisions de cette manière:  cinq pour ses généraux, deux pour ses fils et une pour lui-même. Gourou donna le commandement aux Bhais Jattu, Bidhi Chand, Jati Mal, Mathura, Jaganath, Nano et à d’autres.

     Sous la protection du  Gourou, les Sikhs qui avaient autrefois été faibles, maintenant  étaient devenus aussi forts que des lions. La naissance ou la profession antérieure des Sikhs avait peu d’importance,  tous firent preuve d’héroïsme sur le champ de bataille. Après avoir fait tomber tous les généraux d'Abdullah sur le champ de bataille, il décida de vaincre ou de mourir. Karam Chand, Rattan Chand et Abdulla Khan tous les trois se dirigèrent contre Gourou, qui demanda à  Karam Chand et Rattan Chand: "À quoi pensez-vous?  Maintenant vengez vos parents. Ne vous retirez pas comme des lâches. Soyez courageux et soyez debout devant moi; autrement allez où vos parents sont allés?". Gourou frappa Karam Chand, ce qui le fit chanceler et tomber  évanoui. Ratta Chand courut pour l'aider mais il reçût un coup mortel. Abdullah frappa quelques coups que Gourou reçût sur son bouclier. Alors en utilisant sa force Gourou Har Gobind donna un coup d'épée au Subedar, et lui coupa la tête. À ce moment-là Karam Chand avait repris  conscience et se dirigea vers Gourou. Puis il y eût une lutte à l'épée entre les deux hommes jusqu'à  ce que l'épée de Karam Chand se cassa. Tel  un Saint, sans avoir aucun  désir de prendre avantage sur lui, Gourou  mit son épée dans son fourreau, et se mit à lutter  corps à corps. Enfin, Gourou prit  Karam Chand entre ses deux bras, le fit tourner, et le jetta contre le sol rocheux. . Le Subedar et tous ses généraux furent tués et son armée avait fuit, quand la bataille fut finie, Gourou était victorieux.

 

 

LA TROISIÈME BATAILLE:

 

     Deux Masands, Bakhat Mal et Tara Chand avaient été délégués à Kabul pour ramasser des fonds pour Gourou. Ils  revinrent en compagnie de Sikhs qui portaient les offrandes et deux chevaux d'une beauté, qui s'appelaient Dil Bagh et Gul Bagh. Les deux chevaux furent saisis par les fonctionnaires de l'Empereur à qui ils avaient été présentés. Les Sikhs se sentaient outragés par le vol des ces chevaux qu'ils avaient achetés pour Gourou.

     Bhai Bidhi Chand avant d'entrer au service de Gourou Arjan,  avait été un bandit très célèbre. Après cela il était devenu un partisan du Gourou. Les Sikhs pensaient qu’il n'existait pas d’autres chevaux comme  Dil Bagh et Gul Bagh sur le monde, et que Bidhi Chand serait capable de récupérer les chevaux. Finalement Bidhi Chand  décida de faire le travail. Il se prépara, dit une prière et il alla à Lahore pour retrouver les chevaux. Là, vivait un charpentier Sikh, qui s'appelé Jiwan et  il y resta.

     Peu après, Bidhi Chand commença à travailler comme kasiara (Celui qui coupe l'herbe).

Il coupa de l'herbe douce,  fit un paquet et le porta au marché. L'herbe était bonne et belle alors Bidhi Chand demanda un bon prix. Finalement arriva Sondha Khan, le garçon de l'écurie royale, qui en  la  regardant  remarqua qu'il n'avait jamais vu d’herbe si belle. C'était parfait pour Dil Bagh et Gul Bagh, et il ordonna à ses hommes de marchander pour un meilleur prix et de l’acheter pour les chevaux. Après cela,  Sondha Khan emmena Bidhi Chand qui chargea l'herbe sur sa tête, à l´endroit où les chevaux étaient attachés. Les chevaux mangèrent avec grand appétit  comme s'ils avaient jeûné pendant un jour entier. Il continua à apporter de l'herbe pendant plusieurs jours, jusqu'à ce  qu'il fût nommé le kasiar des chevaux de l'Empereur, pour une roupie par jour. Il travailla si dur et  montra tant de civilité et de douceur, que Sondha Khan lui confia la tache de brider et débrider les chevaux. Une fois, l'Empereur alla voir les chevaux et il fut très content d'observer les excellentes conditions de vie des chevaux et il exprima son admiration à Bidhi Chand.

     Un jour, un domestique questionna Bidhi Chand et lui demanda pourquoi, alors qu’il gagnait plus d'argent qu’eux tous , il ne faisait jamais la fête. Bidhi Chand  consentit à cette demande, et il alla au marché acheter de la liqueur forte. Ils firent un dîner durant lequel il fût servi beaucoup de  bonne et forte liqueur, qu’ils en attrapèrent une bonne cuite, et le soir alors que tout le monde dormait, Bidhi Chand monta sur Dil Bagh, donna un coup de fouet et le conduit le long du  mur du fort, le cheval qui n’avait jamais reçu un coup de fouet prit toutes ses forces et sans hésitation sauta par-dessus les créneaux et  plongea avec son cavalier dans la rivière. Bidhi Chand, qui était très habile en l'équitation,  guida le cheval dans l'eau et arriva sans risque sur la berge. Il arriva à Bhai Rupa, un village où Gourou se trouvait à ce moment là.

     Les Sikhs remarquèrent que Dil Bagh ne mangeait pas son maïs avec plaisir et qu’il lui manquait son compagnon Gul Bagh. Ainsi Bidhi Chand retourna à Lahore pour retrouver Gul Bagh. Quand il  arriva, il fut informé de l'annonce d'une récompense pour qui retrouverait  Dil Bagh.  Alors Bidhi Chand s'habilla d'une manière différente, et se présenta sous le faux nom de Ganak à la barrière du fort, en disant: "je suis un homme qui suit les traces, je suis  astrologue, et je peux trouver n'importe quelle chose perdue". L'Empereur lui  promit quelques lakhs de roupies s'il retrouvait  le cheval volé. Bidhi Chand répondit à l'Empereur: "je sais où le cheval se trouve, mais je veux jeter un coup d'oeil là où il a été volé, et  je vous donnerai toutes les informations". L’Empereur accepta sa demande et avec ses serviteurs l'emmena à l'écurie. Quelques personnes essayèrent de dissuader l'Empereur d'avoir confiance en cet étranger, mais il ne fit pas attention à ces conseils.

     Sous le conseil de Bidhi Chand tous les chevaux furent sellés à l'écurie, il demanda une parfaite solitude, la tranquillité, du silence et il  fit interdire  l'entrée et la sortie des habitants du fort. Tout cela afin  que Bidhi Chand puisse agir dans la plus parfaite tranquillité et qu'il fasse des calculs. Macauliffe relate les paroles de Bidhi Chand à l'Empereur, comme suit:, " Votre père, par le pouvoir de son armée,  a pris un excellent cheval  destiné au Gourou Har  Gobind dont sa réputation est la même que celle du soleil, et vous avez  pris ces deux coursiers spécialement destinés par les Sikhs dévots à leur Gourou bien-aimé. J’ai pris le premier cheval grâce à mon ingéniosité. Mon nom est Bidhi Chand; Je suis le domestique du Gourou. Je suis celui  qui emmena Dil Bagh chez-lui. Cependant, à cause de la séparation d’avec son compagnon ce cheval a pleuré et nous ne pouvons  le faire manger et boire qu’avec difficulté.  Alors, sous cette apparence et par amour pour les animaux, je suis venu ici pour prendre son compagnon Je suis le voleur, mon vrai roi est mon Maître. Maintenant, tu m'as donné Gul Bagh prêt et déjà sellé. J'ai mesuré votre sagesse. Je vous dirai où est le cheval  et en faisant cela je me libérerai de ma faute. Gourou a installé sa tente au nouveau village de Bhai Rupa. Sachez que Dil Bagh s´y trouve, et  Gul Bagh va le rejoindre maintenant5."

     Après cela, Bidhi Chand jeta les cordes qui maintenaient attaché le cheval  et il sortit en galopant vers Bhai Rupa où se trouvait Gourou. Le nom de Dil Bagh fut changé en Jan Bhai ( aussi doux que la vie ) et Gul Bagh fut nommé Suhela ( le compagnon).

     En voyant cela l'Empereur se mit en colère et il demanda, "Est-ce qu’il y a un homme courageux qui entreprendra une expédition contre Gourou?"

 Lala Beg, un haut officier de l'armée impériale se mit debout et dit qu'il conduirait l'expédition contre Gourou, et qu'il rapporterait les chevaux volés à  l'Empereur en quelques jours. Qamar Beg, le frère de Lala Beg avec ses deux fils, Qasim Beg et Shams Beg et son neveu Kabuli Beg, offrirent leur service pour cette affaire. Lala Beg et ses compagnons leur donnèrent une armée de trente-cinq mille hommes avec des chevaux. L'armée impériale marcha vers Bhai Rupa, mais Gourou n'y était pas, alors ils continuèrent vers ses nouveaux quartiers généraux à Lehra qui était à quelques milles de Bhai Rupa. Gourou avait choisi cet endroit car il n'était connecté avec aucune autre ville pouvant fournir des vivres et du matériel de guerre à l’ennemi, de plus il y avait un réservoir d'eau, gardé en permanence par l'armée du Gourou.

L'armée du Gourou était commandée par Bhai Bidhi Chand, Bhai, Jetha, Bhai Jati Mal, et Bhai Rai Jodh ; il y avait environ quatre mille soldats.  Rai Jodh avec un millier d'hommes est allé s'opposer à Qamar Beg.

Une pluie  des balles appauvrit les rangs de l'armée impériale. Ils  utilisèrent leurs épées et les pistolets. Les troupes du Gourou  causèrent un grand ravage parmi les troupes de l'ennemi. Rai Jodh trouva l'occasion de  transpercer Qamar avec sa lance ce dernier  tomba et mourut. Voyant ses chefs tués et son armée  découragée, Lala Beg lui-même se dépêcha pour s'opposer à Bhai Jati Mal, et il   déchargea une flèche qui    frappa  la poitrine de Jati Mal et il s'évanouit et tomba par terre. Gourou qui  vit Jati Mal tomber,  entra sur le champ de  bataille et  invita Lala Beg à mesurer sa force avec la sienne. Il fit tomber Lala Beg de son cheval. Gourou voyant le chef par terre,  descendit pour ne pas prendre  un injuste avantage sur son adversaire. Lala Beg  supporta l'offensive et  frappa plusieurs coups d’épée sur Gourou qui les évita tous. Gourou  montra alors sa force, il  frappa le chef d'un coup lui coupant la tête.

Kabuli Beg, le neveu du chef était le seul de sang impérial; les commandants  restèrent sur le champ. En voyant Lala Beg tomber, Kabuli Beg  sauta sur Gourou. Il   essaya encore de frapper  Gourou mais chaque coup fut évité. Gourou le prévint alors, "C’est maintenant mon tour, prends garde à toi". Ils se prirent en combat avec une telle force que la tête de Kabuli Beg  tomba à terre. Cela  mit fin à  la bataille. Les survivants de l'armée impériale fuirent pour sauver leur vie. Douze cent soldats de l'armée du Gourou furent tués ou blessés.  La bataille qui avait commencé à minuit,  dura  dix-huit heures, le 16ème Maghar, Sambat 1688 ou 1631 (certains datent cette bataille en 1634). Gourou  admira la force et le courage de Bhai Bidhi Chand, Bhai Jati Mal et Bhai Rai Jodh. Pour commémorer la victoire, un réservoir  appelé Gourou Sar fut construit sur le site.

 

QUATRIÈME ET DERNIÈRE BATAILLE:

 

    Gourou alla se reposer à Kangar mais  bientôt il  revint à Kartarpur. Après un court temps une guerre se développa entre les Sikhs et le Moghols.  La cause était Painde Khan. Il  alla voir le successeur de  Jullundhur, Qutab Khan, et  tous  deux   allèrent voir l'Empereur et le convainquirent d'envoyer une armée  forte contre Gourou. Kale Khan, le frère de Mukhlis Khan,  reçut le commandement  de cinquante mille hommes. Quta Khan, Painde Khan, Anwar, Khan et Asman Khan furent envoyés pour lutter sous le commandement de Kale Khan. Bhai Bidhi Chand, Bhai Jati Mal, Bhai Lakhu, et Bhai Rai Jodh  alignèrent leurs troupes sur les quatre côtés de Kartarpur. Les chefs de l'armée impériale  avancèrent. Les Pathans  se  montrèrent cependant impuissants face aux Sikhs courageux  qui luttaient en tenant comme principe leur religion, et leur Gourou. Bidhi Chand se battit contre Kale Khan, et Baba Gurditta, le fils aîné du Gourou, contre Asman Khan.

Tegh Bahadur  (plus tard le neuvième Gourou) qui avait seulement quatorze ans, avait montré  des exploits et sa valeur sur le champ de bataille. Painde Khan,  épée à la main   affronta Gourou et  prononça des mots profanes pour le Maître. Gourou lui  dit: "Painde Khan, pourquoi utiliser de tels mots  quand l'épée est dans votre main. Courageux comme vous êtes mon garçon,  je vous donne la permission de frapper en premier. Je n'ai aucune rancune envers vous. Mais vous êtes plein de colère. Vous pouvez assouvir votre rage en frappant le premier coup."      Painde Khan  porta un coup au Gourou mais celui-ci  y  échappa. Il lui   permit de frapper encore une fois mais  en vain. Rendu furieux par son double échec, il  donna un troisième coup mais sans succès. Le Maître l' encouragea "Venez, mon  garçon, je vous apprendrai comment frapper. Pas à votre manière  mais  comme cela..." Disant ces mots il lui  donna un coup tellement fort  que Painde Khan  tomba à terre mortellement blessée. Ce coup  sembla lui avoir redonné son bon sens de disciple. Gourou lui dit, "Tu es un Musalman. Maintenant; c’est le temps de répéter votre kalma (croyance)." Painde Khan répondit, "Ô Maître, votre épée est mon kalma et ma source de salut". Gourou en le voyant mourir se remplit de pitié, et en mettant son bouclier sur son visage pour le protéger du soleil, il lui  dit, "Painde Khan, je vous ai aimé. Je vous ai élevé, et j’ ai fait de vous un héros. Malgré les mauvaises paroles prononcées à votre égard, j'ai oublié toutes vos défaillances, et le mal envers vous n'est jamais venu à mon esprit; mais le destin vous a trompé. Ce sont vos propres actes d'ingratitude et d’insolence qui vous ont mené à  mourir de mes mains. Même si vous avez été ingrat et faux, je prie le Tout-puissant de vous accueillir dans le ciel."

     Après que tous les chefs eurent été tués, Kale Khan  affronta Gourou. Il  déchargea une flèche qui passa à côté de lui. Une seconde  flèche  toucha à peine le front du Gourou, et quelques gouttes de  sang tombèrent sur son visage. Il remarqua, "Kale Khan, j’ai vu votre science. Maintenant voyez la mienne". Il   déchargea une flèche qui  tua le cheval de Khan. Des étincelles de feu jaillirent de la rencontre des deux épées. Puis il  donna à  Kale Khan un coup avec son épée à double-tranchant  qui lui coupa la tête. Voyant ce spectacle les soldats impériaux  s’enfuirent. Bidhi Chand et Jati Mal  crièrent  victoire.

     On dit que plusieurs milliers de Musulmans furent tués pendant que seulement sept cents Sikhs courageux  perdirent leur vie dans cette bataille. Cela  prit fin  le 24ème. Jour de Har, Sambat, 1691 (1634.).

     Gourou Har Gobind  lutta et  gagna quatre batailles mais n’acquit  par choix aucun territoire. Cependant ces événements provoquèrent un grand changement dans le caractère des Sikhs qui tout en gardant leurs rosaires,  reprirent leurs armes et  bouclèrent  leurs épées en signe de défense de leur foi. Un nouvel esprit d'héroïsme se développa pour résister au puissant et injuste pouvoir du gouvernement Moghol  qui menait une politique de discrimination religieuse contre  les sujets  non-Musulmans.

Le Maître fut considéré par les Sikhs non pas seulement comme un divin messager mais aussi comme un guerrier accompli, un héros, et extraordinaire maître de  guerre.

 

 

LES TOURNÉES DE PRÊCHE:    

 

     Gourou Har Gobind était le premier, après Gourou Nânak qui était allé à l'extérieur du Penjab étendre la religion Sikh. Il  voyagea de place en place  et    alla dans le nord jusqu'au  Cachemire et  à Nânakmata, Pilibhit dans l'est.

     Un Sikh, Almast, qui  avait prêché la Religion Sikh à Nânak Mata près de Pilibhit, avait été expulsé de son  lieu par les Jogis qui avaient aussi brûlé le pipal sacré, l'arbre sous lequel Gourou Nânak avait tenu  débat avec les partisans de Gorakh Nath. Nuit et jour Almast  lisait les compositions des Gourous. Il priait, “ O chercheur des coeurs, vrai Gourou, rendez-nous assistance". Almast  attendit jusqu'à ce que Gourou vienne réparer et reprendre possession du temple de Gourou  Nânak.

     Ramo, la soeur aînée de la femme du Gourou - Damodri, était mariée à Sain Das qui vivait à Daroli dans le district aujourd'hui de Ferozepur. Sain Das priait toujours pour que Gourou Har Gobind visite son village. Il  construisit un château pour le recevoir et il    n’autorisa  personne à y  vivre  jusqu'à  ce que Gourou l'ait  sanctifié de sa présence. Sain Das  prépara un beau lit, et au-dessus de l'oreiller il  éleva un baldaquin. Chaque matin il avait l'habitude de mettre des fleurs dans la pièce et priait pour que Gourou vienne bénir cet endroit. Ramo demandait à Sain Das d'aller chercher Gourou mais il disait, "Gourou   viendra de son propre pas."    

     A cause des soucis d'Almast et le dévouement de Sain Das, Gourou décida de visiter Nânakmata et Daroli et de prendre avec lui une troupe de  serviteurs armés. Il   alla à Kartarpur et  resta  quelques jours. Après cela  il  arriva dans Nânak - Mata, les Jogis voyant sa cour,  pensèrent qu'un Raja était arrivé. Almast alla accueillir Gourou.

 Ce dernier construisit une plate-forme et s’y assit s puis  il  récita le Sodar. Il  répandit du safran sur l'arbre pipal  qui  se remplit  de  fleurs.

     Les Jogis arrivèrent en groupe et ils  protestèrent en disant:" Tu es un père de famille; nous, nous sommes des ascètes sacrés et célèbres. Portant le nom de Gorakhnath, cette place est la nôtre. Par conséquent laissez-la et allez vivre où bon vous semble". Gourou  répondit, "Qui  vous appelez  ascètes sacrés ? J'applique ce nom seulement à celui qui a renoncé à la fierté et qui a l'amour de Dieu dans son cœur.

C'est lui seul, et pas un homme qui porte le costume d'un ascète seulement pour obtenir le salut."

     Les Jogis pour le terrifier,  firent une démonstration de leurs pouvoirs surnaturels, mais rien ne pouvait produire aucun effet sur Gourou, alors ils se retirèrent. Depuis cette date la place est appelée Nânakmata, et  reste en  possession d'Udasi Sikhs. Gourou  resta là  pour quelque temps afin de prêcher aux Sikhs, et y  installa un Sikh au service de l'organisation, sous les ordres d'Almast.

     Sur le chemin du retour il alla  à Daroli où sa mère et des femmes l'attendaient. Sain Das et sa femme Ramo  demandèrent sa bénédiction. Il  répondit,

 

"Dieu aide toujours  ceux dont les cœurs sont purs. Avec un esprit pur

méditez sur Son Nom, et acceptez sa  volonté. Ainsi vous serez

heureux."

     La lune était pleine durant le mois de Kartik, Sambat 1670 (1613.) Mata Damodri  donna  naissance à un fils qui fut nommé Gurditta, et qui avait une ressemblance remarquable avec Gourou Nânak. Après cela il  revint à Amritsar.

     Sewa Das, un Brahman  qui résidait à Srinagar, au Cachemire, était  un Sikh converti . Sa mère, Bhagbhari avait confectionné une belle robe pour donner au Gourou quand il la visiterait.

Elle  continua à prier et  attendit la venue du Gourou qui répondit à sa prière en décidant d’aller au Cachemire pour la voir.                                         

     Sur son chemin pour le Cachemire, il  atteignit Chaparnala près de Sialkot, où il  rencontra un Brahman et lui  demanda où il pourrait  trouver de l'eau à boire et pour se baigner? Le Brahman  répondit  négligemment que le sol était rocailleux et par conséquent, l'eau y était très rare. Gourou  enfonça une lance dans la terre et on raconte que de l'eau pure jaillit de la terre. Les Sikhs  construirent un réservoir à cet endroit qui fut appelé Gourousar. Le Brahman se sentant honteux demanda le pardon du Gourou de ne pas l´avoir reconnu.

Gourou  répondit, "Les péchés de ceux qui se repentent seront pardonnés."

     Il  continua son voyage dans les montagnes du Cachemire. Là, il  rencontra Chah Kattu, un Sikh fidèle qui avait rencontré Gourou à Amritsar. Il  passa une nuit dans sa maison et  il  continua son voyage jusqu’à Srinagar où Sewa Das méditait et l’attendait. Sa mère disait qu'elle adorerait la terre sur laquelle Gourou marcherait. Il fut reçu avec grand respect et enthousiasme et la mère de Sewa Das lui  demanda  d'apporter la robe qu'elle avait faite pour lui. Il l'a mit et la bénit. Emplie de dévotion pour Gourou, elle  récita le Sabad suivant:

 

     "Qui sinon Toi, mon Bien-aimé, pourrait faire une telle chose?

      Guérisseur du pauvre, Seigneur du monde, Tu  mis

      sur ma tête le parapluie de souveraineté spirituelle."

 

                             (Rag Bani Maru Ravdas, p-1106)

 

     Après cela, elle et son fils   burent  l'eau dans laquelle Gourou avait lavé ses pieds, et le reste elle le répandit dans sa maison. Une foule de Kashmiris de Srinagar et des villages environnants lui  rendirent hommage et beaucoup d'entre eux  embrassèrent le Sikhisme. Une compagnie de Sikhs d’un village voisin vint rencontrer Gourou  avec une offrande de miel. Sur  le chemin ils  rencontrèrent Chah Kattu qui leur  demanda de lui laisser manger un peu de miel, mais ils  refusèrent disant  qu'ils ne pourraient pas offrir au Gourou les restes de Chah Kattu. Quand les Sikhs  rencontrèrent Gourou, le miel était pourri et plein de vers. Gourou  fit la remarque suivante " ce miel est pourri car vous n’en avez pas donné à mon Sikh, ce qui est l'esprit du Gourou". Il leur  ordonna de le faire revenir  Chah Kattu et de le satisfaire. On dit que le miel  devint frais et sucré quand ils le donnèrent à Chah Kattu. ' La bouche affamée est le trésor du Gourou. '

 

 Il revint au Penjab en traversant Bara Mula. Le lendemain il  visita l’endroit où Rikhi Kashyap  vécut. On dit que Vishnu était  l'incarnation d'un cerf. Puis il continua vers le Gujrat, le Penjab où il  rencontra  Shah Daula, un saint de cette ville. Shah Daula fut étonné de voir Gourou avec deux épées accrochaient à ses côtés, une aigrette attachée à son  turban  et un faucon  perché sur son poignet. Chah  Daula lui  demanda  "Comment pouvez-vous être un homme religieux alors que vous avez une femme, des enfants, vous possédez des  richesses et vous portez des armes"? Gourou lui répondit, "Une épouse est la conscience de l'homme, ses enfants perpétuent sa mémoire, la richesse lui permet de mieux vivre, et les bras sont pour éliminer les tyrans."

     Ensuite il  continua vers Wazirabad et Hafizabad dans le district de Gujranwala (maintenant au Pakistan). Il  alla dans un village  appelé Mutto Bhai et il  prêcha les principes de sa religion. Il y  passa du temps. Gourou alla à Mandiali alors situé à cinq milles de Lahore. Là Dwarka, un Sikh dévot, épousa sa fille, Bibi Marwahi.

     Pendant qu'il était encore à Mandiali Gourou fut informé par son Sikh Langha des efforts soutenus de quelques officiers impériaux et du Qazis  pour manipuler l'esprit de l'Empereur afin qu'il  décide de détruire les temples sacrés  des Sikhs. Gourou  continua à Talwandi, le lieu  de naissance de Gourou Nânak. Il  donna des enseignements religieux  aux gens qui s'y  rassemblèrent. De là il continua à Madai. L'arrêt suivant fut à Manga dans le district de Lahore. De là Gourou revint à Amritsar où comme d'habitude la population eut grande joie de le revoir et on organisa une fête  en son honneur. Pendant le règne de Shah  Jahan, toutes les personnes qui avaient  une inimité envers Gourou étaient à sa recherche; ils étaient aux aguets pour trouver l'occasion de l'attaquer  et de mettre un obstacle à son mouvement religieux. Tara Chand, le souverain de Hadur ou Kehlur, (Nalagarh) fut informé au sujet du Gourou et lui  demanda de lui faire une visite. Profitant des circonstances Gourou  eût une idée, il  envoya son fils Baba Gurditta à Tara Chand et  promit de visiter ce lieu plus tard.  Le Raja  offrit un morceau de terre pour qu’il y installe sa demeure permanente.  Quelques auteurs dirent que la terre fut achetée par Baba Gurditta. Il  fonda la ville de Kiratpur sur ce morceau  de terre.

     La région de Malwa était encore une vaste étendue  de terre;  les gens y étaient encore libres de toute religion. Gourou, par conséquent,  entreprit une grande tournée dans cette région. Il  visita Zira, Rode Lande, Gill,  Kotra et Hari. Après cela il  visita Marajh, Dabwalli, Bhadaur, Mahal, Ded Maluke, Demru et  il  atteignit Darauli. Avant de partir, il  bénit les gens de Darauli et leur  donna un ' pothi' et un petit katar (une petite épée) comme symboles et souvenirs. Il  visita Bara Ghar, Mado, Lopo, Sidhwan et ensuite il  arriva à Sidhar. Rai Jodh, un grand propriétaire  de Kangar  inspiré par sa femme Bhagan qui était une fille de Bhag Mal Gill, un disciple du Gourou,  attendait son arrivée. Il fut tellement impressionné qu'il  désira faire partie des sikhs du Gourou. Gourou l’initia, ainsi que  son frère Umar Chah et beaucoup d'autres membres de leur famille.

     Les gens  embrassèrent le Sikhisme, spécialement dans la région de Malwa. Pour la première fois dans  l'histoire des religions de l’Inde,  les gens rencontraient un chef religieux qui s'était  engagé à résister à tous les types d’exploitations, d’injustice et  de tyrannie. En fait le respect qu’avait Gourou pour  les pauvres et les classes prolétaires et le fait qu’il fasse  un constant effort pour leur procurer leur bien-être et élever leur niveau de vie firent que Gourou fut aimé et adulé par les  masses.

 

LA FAMILLE DU GOUROU:

 

Gourou avait cinq fils et une fille :

 

     Baba Gurditta  née à Mata Damodri en 1613.

     Bibi Viro  née à Mata Damodri en 1615.

     Baba Surj Mal  né à Mata Marwahi en 1617.

     Baba Ani Rai  né à Mata Nânaki en 1618.

     Baba Atal Rai  né à Mata Nânaki en 1619.

     Baba Tegh Bahadur  né à Mata Nânaki en 1621.

 

     Un Sikh, Gurmukh qui vivait à Amritsar; avait un seul fils, Mohan. Baba Atal et Mohan jouaient ensemble. Un jour ils  jouèrent jusqu'à la tombée de la nuit. La victoire  fut obtenue par Baba Atal et il fut entendu que la  partie serait reprise le lendemain. Quand Mohan  sortit, il fut mordu par un cobra et le garçon  succomba à la morsure. Le matin suivant Baba Atal Rai alla à  la maison de Mohan et il fut informé que Mohan était mort. Baba Atal  ne croyait pas qu'il était mort et il  souleva  Mohan et le ramena à la vie. Gourou  s’adressa à son fils," Vous faites des miracles, pendant que j'apprends aux hommes à obéir à la Volonté de Dieu". Baba Atal  répondit," Grand Roi, vous vivrez tous les âges, je pars pour Sachkhand ( le ciel)". En disant ceci, il  partit et il alla se baigner dans le réservoir de nectar. Après ses ablutions, il  contourna le Temple d'Or quatre fois. Quand  il eut fini ses dévotions matinales, sa lumière se mélangea à la Lumière de Dieu, il avait.tout juste neuf ans.

     Gourou Har Gobind  raconta toute cette histoire à son fils aîné Gurditta et l'envoya à Budhan Shah. Baba Gurditta prit sa femme Natti et son fils Dhir Mal et rencontrèrent  Budhan Shah sur le bord de la rivière Satluj. Baba Gurditta lui dit : "Prêtre, Ô toi à qui  le lait  a été confié, apportez le moi. Gourou est mon père, et il m’envoya pour le goûter6".  Shah Budhan  donna le lait et lui  dit qu'il était aussi frais que s’il venait de le tirer. Baba Gurditta et sa femme Natti   continuèrent à résider à Kiratpur. Un fils leur naquit  le 16 janvier 1630 et ils l'appelèrent Har Rai.

 

 BHAI BOUDDHA:                                                  

 

     Bhai Bouddha  resta dans son village  de Ramdas. Quand il  vit sa fin approcher, il  demanda au Gourou de venir et de réaliser la promesse qu'il lui avait faite. I lui avait dit  "Bhai Bouddha, vous avez vécu longtemps, vous avez toujours été avec les Gourous. Donnez-moi  maintenant quelques instructions". Bhai Bouddha  répondit, "Grand roi, vous  êtes un soleil, je suis une mouche devant vous. Vous êtes venus me sauver, et entendre mes mots de mourant... J'ai été un domestique dans la maison du Gourou pendant six générations. Secourez-moi dans le prochain monde, et  permettez moi de ne pas souffrir quand j'entrerai par la porte des morts, laquelle j'attends avec espoir qu'elle soit le portail du salut. Ici est mon fils, Bhana à votre service; prenez son bras et gardez-le à vos pieds". Gourou  répondit, "Bhai Bouddha, vous devez assurément obtenir la béatitude. Votre humilité est une assurance". Il  mit alors sa main sur la tête de Bhai Bouddha et le bénit tandis qu’il  partit pour sa  demeure céleste. Gourou et ses Sikhs remercièrent et rendirent hommage à Bhai Bouddha et à sa longue vie sacrée et mouvementée. Puis on le loua pour l'assistance qu'il avait apportée à la propagation et à la consolidation de  la foi Sikh. Gourou lui-même  alluma son bûcher funéraire.

 

BHAI GURDAS:

 

     Bhai Gurdas était un contemporain des quatrième, cinquième et sixième Gourous, il fut  formé par eux et leurs contemporains, surtout Bhai Bouddha, un Sikh âgé  qui avait vécu au temps de Gourou Nânak. La doctrine du Sikhisme fut inscrite dans le Vars de Bhai Gurdas. Il y  a quarante Vars ou échelles musicales et chacune est divisée en plusieurs pauris ou stances et chaque pauri contient cinq à dix lignes.

     Un matin Gourou  alla chez Bhai Gurdas dont la fin était maintenant proche.  Il demanda le pardon de tous les péchés qu’il avait pu commettre. Gourou répondit " je vous remercie, Bhai Gurdas, d'avoir aidé à la fondation de la route de la foi Sikh. Parmi les Sikhs du Gourou votre nom restera immortel". Ayant entendu ceci Bhai Gurdas  médita sur Dieu et  posa un drap sur lui et  ferma les yeux. Il tomba dans un sommeil éternel le vendredi, le cinquième jour de la moitié du mois de Bhadon, Sambat 1686 (1629.). Après avoir exécuté les derniers rites Gourou  retourna à Amritsar.

 

GOUROU A KIRATPUR:                         

 

     Il vécut à Kiratpur de 1635 à 1644. Il  choisit Kiratpur, une ville aux pieds des montagnes  de l' Himalaya qui n'était pas facilement accessible à cette époque et qui permettait de maintenir au loin l’hostilité entre les Sikhs et le gouvernement Moghol, suite aux quatre batailles précédentes. Il y avait des Rajas montagnards qui étaient des grands admirateurs du Gourou parce qu'il leur avait été d’une grande aide  pour l'obtention de leur liberté et  il les avait aidés à sortir du fort de Gwalior et certains d’entre eux  avaient développé une vénération pour le Sikhisme. C’est pour ces raisons que Gourou  installa ses quartiers généraux à Kiratpur.

     Quand il était occupé sur le champ de  bataille, Baba Gurditta, était chargé de s'occuper de l’organisation du travail. En 1636,  Gourou  demanda à Baba Gurditta de nommer quatre pasteurs: Almast, Phul, Gonda et Baba Hasna. Almast fut nommé l'organisateur principal de la propagation de la foi sikh, dans l'est. Baba Hasna qui était le plus jeune frère d'Almast s’établit parmi le gens de Pothohar, du Cachemire, de Chhachh et de Hazara. De la même façon Phul et Gonda furent assignés à la région de Doab pour continuer  le travail de conversion. Ces quatre Udasis furent fondés dans ces régions, les centres de prêche furent appelés Dhuans ou Foyers, symbolisant la flamme du Sikhisme. Le  Gourou  envoya Bidhi Chand au Bengal. Il avait envoyé Bhai Gurdas  à Kabul, puis à Bénares où il   enseigna aux gens la parole du Gourou et  il  encouragea le commerce des chevaux.

     Un jour Baba Gurditta  alla   chasser. Un des Sikhs tira sur une vache par erreur la prenant  pour un cerf. Les bergers  vinrent et on arrêta le Sikh à tort. Baba Gurditta  alla à son aide et  proposa de donner une compensation. En fait les bergers voulaient que le fils du Gourou (Gurditta)  redonne vie à la vache. Mais il savait que s'il ramenait la vache à la vie, Gourou serait fâché comme il avait été auparavant  et s'il  refusait de satisfaire les bergers, ils le détiendraient comme  otage. Il décida finalement de réanimer la vache. Quand l'évènement fut rapporté au Gourou, il  remarqua, "Je n’aime pas  que quelqu’un  se mette à la place de Dieu, et que ce dernier  redonne la vie après la mort.  Tout le monde va venir à ma porte pour me demander la résurrection"? Baba Gurditta répondit," Majesté, vous vivrez à jamais! Je pars". Il  alla prés de la demeure de Shah Budhan, il  mit sa canne dans la terre, il s’allongea, et il  partit pour sa demeure céleste à l'âge  de vingt-quatre ans, en 1638.

     Après cela Gourou  fit venir  Dhir Mal, de Kartapur, le fils aîné de Baba Gurditta. Et lui demanda d’apporter l’Adi Granth. Il avait  l'intention de lire le volume sacré  pour le repos de l'âme de Gurditta, et aussi de Dhir Mal qui devrait être présent pour recevoir le turban en hommage à son père mort, comme un symbole de l'héritage de  sa propriété et de sa position familiale. Dhir Mal déclina l'invitation disant, "Mon père n'est pas à Kiratpur. C'est à cause de la peur envers Gourou que mon père est mort. Je ne désire pas encore mourir. Je veux moi-même lire l'Adi Granth  pour mon père". Donc il  garda l'Ecriture sainte, pensant que celui qui aurait la garde de l’Adi Granth serait Gourou. Bhai Bidhi Chand avait une copie inachevée de l'Adi Granth qui fut lu  à ce moment-la.

     Un jour la femme du Gourou, Mata Nânaki  lui  demanda, "Ô mon Seigneur,

vous montrez toujours une grande gentillesse à Har Rai qui est votre petit-fils,

mais vous ne montrez jamais de considération à votre propre fils Tegh Bahadur. Réalisez

mon souhait de le mettre sur votre trône". Gourou  répondit," Tegh Bahadur est un Gourou des Gourous. Il n'y a personne qui puisse supporter l'insupportable aussi bien que lui. Il a obtenu la connaissance divine et il a renoncé à l'amour du monde. Si vous avez de la patience, Il deviendra Gourou."

     Un jour il fut organisé un grand rassemblement. Quand tout le monde se présenta, Gourou Har Gobind se leva,    prit Har Rai par la main et il l'assit sur le trône de Gourou Nânak. Bhai Bhana, fils de Bhai, Bouddha,  posa le tilak sur le front de Har Rai et il le décora avec un collier des fleurs. Gourou posa cinq païses et une noix de coco devant lui, se courba et le déclara Gourou, et il s'adressa aux Sikhs, "Maintenant reconnaissez-moi dans Har Rai. Le pouvoir spirituel de Gourou Nânak  est  entré en lui". Puis les Sikhs le félicitèrent et les ménestrels se  mirent à chanter.

     Gourou Har Gobind quitta ce monde en mars, 1644, à Kiratpur.

 

 

     Quand les derniers rites furent achevés, Mata Nânaki et son fils Tegh Bahadur  partirent, d'après l'ordre du Gourou, pour Bakala, où ils  vécurent tous les deux jusqu'à ce que Tegh Bahadur prit la succession du Gourou.

 



[1] Wazir Khan était le vice-roi de Penjab au temps de Gourou Arjan. Il souffrait d'hydropisie et il  s’était complètement rétabli  en entendant la récitation de Sukhmani .Par ce rétablissement il devint le partisan de Gourou.

[2] Quelque  écrivains soutiennent que  Gourou  fut emprisonné à cause d’une dette d’argent. Si ceci ou tout autre raison étaient la cause de son emprisonnement, comment aurait- il pu obtenir la libération de cinquante-deux Rajas du Fort? Gourou était en bons termes avec  l'empereur. Lors de sa maladie, Jahangir  demanda à Gourou  d’aller au Fort Gwalior et en retour l'Empereur lui concéda la libération des princes.

 

[3] Kahan Singh. Un historien Sikh, écrit qu'elle était une fille Hindoue appelée Kamla.. Qazi Rustam Khan l’acheta et la garda comme esclave. Elle avait été initiée à l’Islam.

[4] Quelques écrivains disent que ce ne fut ni Shah Jahan ni Gourou mais leurs hommes respectifs.

5 Quelques auteurs disent que Bidhi Chand ne rencontra jamais l’Empereur.

6 Quelques écrivains soutiennent  que  ce fut Gourou Har Gobind lui-même  qui  demanda

du lait à Budhan Shah. Quand Gourou Nânak rencontra  Budhan Shah, ce dernier lui offrit du lait comme un signe de respect. Gourou lui promit d’en boire plus tard. Là, Gourou Har Gobind rappela à Budhan Shah le lait qu’il lui promit de boire. Budhan Shah dit : ‘Tu ne ressembles pas au Gourou auquel je donnai du lait ‘. Alors Gourou Har Gobind parut avec l’apparence de Gourou Nânak devant Budhan Shah et accepta le lait pour  tenir sa promesse.