GOUROU GOBIND SINGH

                (1666-1708, succession du Gourou 1675-1708)

 

          Il y a lieu ici de dire que dans toute l'histoire de l’humanité, il n'y  eut aucun autre individu ayant eu une personnalité aussi inspirée que celle de Gourou Gobind Singh. A l'apogée de sa grandeur, le dixième Nânak  insuffla  sainteté et  audace dans les esprits et les cœurs de ses partisans pour combattre l’oppression et en vue de restaurer ainsi la justice et le dharma (honnêteté) et délivrer les peuples opprimés dans ce monde. Il est dit qu'après le martyre de Gourou Tegh Bahadur, le dixième Maître  déclara qu'il créerait une nation, le Panth, laquelle ne se laisserait pas intimider par les gouvernants tyrans. Cette nation préférera défier l'oppresseur à tout moment  afin de restaurer la justice, l’égalité et la paix en faveur de l’humanité. Le dixième Gourou déclara de plus, qu'il se sentirait digne  d’être appelé Gobind Singh uniquement quand les membres de sa nation, Khalsa ou Communauté des Purs, auraient défié avec succès et audace, l’inébranlable armée de cent vingt-cinq mille adversaires sur-le-champ de bataille :

 

"Le Divin Gourou m’envoya pour défendre la foi

et pour cette raison, je vins au monde;

Étendez la foi partout

Saisissez et détruisez le mal et le péché.

Comprenez ceci, vous, hommes saints, dans vos esprits,

Je naquit  pour déployer la foi,

sauver tous les saints et extirper tous les tyrans."

 

 

(Gourou Gobind Singh -Chaupai, Bachitar Natak)

 

 

          Ce point fut légitimement prouvé à la bataille de Chamkaur Sahib quand Sahibzada Ajit Singh, fils aîné du Gourou qui n’avait alors que 18 ans,  défia les forces  mogholes et celles de leurs alliés  -les Rajas montagnards ou ruraux.

 

          Le martyre de Gourou Tegh Bahadur  symbolisa en lui-même, la résistance à la tyrannie imposée par le régime musulman et  la lutte en faveur d'une nouvelle société. Quand le mal redresse la tête,  l'homme saint doit-il se soumettre ou prendre les armes pour le combattre et le détruire? Le jeune Gourou Gobind Rai  décida en faveur de ce dernier, c'est-à-dire de combattre le mal et de soutenir l’honnêteté. Il  enjoint donc ses partisans d’utiliser l'épée  si tout autre moyen avait échoué pour éliminer les impies et toutes leurs méchancetés. Pour accomplir cette mission, il envoya des ' hukamnamas'  ou ordres, à ses partisans pour qu’ils lui présentent différents dessins d’armes. Les ordres du Gourou furent exécutés avec grand zèle et dévouement. Gourou Gobind Rai lui-même portait l'uniforme et les armes  et il  incita les autres à pratiquer les tirs à l'arc et au  mousquet. Comme partie du programme de culture physique, il  encouragea plusieurs sports vigoureux et ardus  dans l’intention de  développer les muscles de ses partisans. Beaucoup de partisans à l’instinct martial dont les ancêtres servirent les pères et  grand-père du Gourou,  s’unirent à lui. Ses principaux compagnons à ce moment-là étaient : les cinq fils de sa tante Bibi Viro (la fille de Gourou Har Gobind), Sango Shah, Jit Mal, Gopal Chand, Ganga Ram, Mohri Chand; les deux fils de son oncle Suraj Mal : Gulab Rai et Sham Das; son oncle maternel Kirpal Chand;  Bhai Daya Ram, son ami de  jeunesse; et  Bhai Nand Chand, son masand favori.

         Le  Gourou poussait ses partisans à mener une vie bien intentionnée et disciplinée. Lui-même, d'après les coutumes de ses prédécesseurs,  se levait très tôt le matin et exécutait ses dévotions. Il était particulièrement heureux d’écouter l ‘Asa di var’,  une section de l’Écriture Sainte de 24 longues strophes, récitées en musique, très tôt  le matin. Après l’aube, il donnait des directives divines à ses Sikhs, puis il pratiquait des exercices martiaux. L'après-midi, il recevait ses partisans, pratiquait le tir à l’arc ou montait à cheval. Il  finissait le soir en exécutant la lecture de ' Rehras' – une section de l’Écriture Sainte qui est récitée le soir. La beauté physique du Gourou était admirée par les hommes et les femmes. Une personne appelée Bhikhia qui vivait à Lahore  vint le visiter. En voyant la beauté du jeune Gourou, Bhai Bhikhi  lui offrit la main de sa fille Jito en mariage. La proposition fut acceptée et il y eût  à Anandpur une grande célébration à l'occasion de la future union des fiancés. Le vingt-troisième jour du mois de har ou juin (Sambat 1734)  1677  fut fixée comme date pour le mariage. Pour cette occasion, Gourou  envoya des invitations dans toutes les directions et une foule de sikhs vinrent  de différents endroits, même de Lahore. Un endroit appelé Gourou ki Lahore, près d’Anandpur fut choisi pour accueillir la cérémonie de mariage[1].

 

 

LA VISITE DE DUNI CHAND ET DU RAJA RATTAN RAI:

 

          Le cœur rempli d’amour et de dévouement au Maître, une multitude de personnes vint pour le voir. Quelques-uns étaient venus de Kabul, Qandhar, Gazni, Balkh et Bukhara. Ils apportèrent plusieurs cadeaux de valeur inestimable (tapis, châles et d’autres objets précieux) quand ils vinrent rendre hommage à leur Seigneur. Duni Chand, un des dévots,  visita Anandpur  en 1681 et  offrit au Gourou une shamiana (tente) en laine exceptionnelle. Elle était brodée d’or et d’argent, incrustée de perles. Il est dit que sa splendeur surpassait celle de la shamiana de l’Empereur.

 

          Par la Grâce de Gourou Tegh Bahadur, le Raja Ram d'Assam avait été béni avec la naissance d’un fils, Rattan Rai. Le Raja voulut présenter son fils devant Gourou mais il  mourut et il  ne  put visiter Anandpur. Comme dernière volonté il  demanda à sa Rani (reine) d’élever le prince dans la foi sikh. La Rani  accomplit fidèlement la volonté de son mari et  donna au prince pendant toute son enfance, la connaissance de la vie et des enseignements des Gourous. Quand Rattan Rai, le prince,  atteignit l'âge de douze ans, il  ressentit le besoin de voir Gourou. En conséquence, Rattann Rai, sa mère et plusieurs de ses ministres  allèrent à Anandpur. Il apporta avec lui en offrande,  cinq chevaux harnachés d'or, un très petit éléphant, et une arme qui pouvait se transformer tour à tour en un  pistolet, une épée, une lance, un poignard, et un gourdin.

 

          Le Raja reçu un très bon accueil. Il  offrit ses cadeaux et  pria Gourou de lui délivrer la foi sikh. Tous ses désirs furent exaucés. Rattan Rai montra les caractéristiques de ses présents. Il demanda à l'éléphant  d’essuyer les chaussures du Gourou. Au  commandement l'animal  prit un chauri ou éventail et l'agita au-dessus du Gourou. Le jeune Raja demanda au Gourou de ne jamais se séparer de l'éléphant.

 

          Le prince Rattan Rai et son cortège  restèrent à Anandpur  cinq mois et pendant ce temps, il apprécia les kirtan et il se sentit inspiré par les sermons du Gourou. Au moment du départ vers la province d’Assam, Gourou les  accompagna sur une certaine distance et finalement il leur dit au revoir. Ils repartirent avec des présents. En plus des cadeaux matériels, Gourou  donna à Rattan Rai un Rattan, un bijou : Nam, lequel était le cadeau suprême de la vie:

 

" Nam est le Bijou inestimable

qui possédait Gourou parfait;

si on se consacre avec amour

au Vrai Gourou,

Il allume dans notre coeur

la Lumière de la Sagesse,

et Nam est alors révélé.

Béni est le bienheureux

qui arrive à rencontrer Gourou."

 

(Sri Rag Mohalla 4, p-40  Gourou Granth Sahib)

 

 

RANJIT NAGARA:

 

          L'armée du Gourou grossissait jour après jour et il était prêt pour la construction d'un grand tambour de guerre qu’il jugeait nécessaire pour encourager son armée et sans lequel Gourou la considérait incomplète. La construction du tambour fut confiée à son Dewan, Nand Chand. En ce temps-là, un chef de clan  pouvait utiliser un tel tambour dans les limites de son territoire. Le battement du tambour sur les terres d'un autre chef était un acte hostile et signifiait clairement une déclaration de guerre. L’achèvement du grand tambour, lequel fut appelé Ranjit Nagara ou tambour victorieux sur le champ de bataille, fut célébré avec des prières et la distribution de Parshad (nourriture sacrée). Quand le tambour fut battu, les hommes et femmes de la ville vinrent le voir et il y eut une grande allégresse.

 

          Le même jour, Gourou et ses hommes  partirent pour la chasse. Quand ils  arrivèrent près de Bilaspur, la capitale de la région de Kahlur,  le tambour fut battu. Il  sonna comme une tonnerre aux oreilles des montagnards qui craignirent un danger. Le Raja Bhim Chand, de la région de Kahlur consulta  son Premier Ministre, qui lui apprit que c’était le tambour du Gourou. Il l’informa que son  propriétaire était, premièrement, digne d'adoration, deuxièmement, qu’il maintenait une grande armée et qu’il était très craignant; troisièmement Gourou était connu comme un homme courageux et qu’un tel homme était très utile comme allié. En entendant ces mots,   Raja Bhim Chand  désira  rencontrer Gourou et il  envoya son Premier Ministre pour arranger une intervue qui fut accordée. Le Raja  alla donc à Anandpur accompagné de ses nobles.

 

 

 RAJA BHIM CHAND ET GOUROU:

 

          Raja Bhim Chand fut reçu au darbar (la cour) du Gourou avec grand honneur. Il  pria Gourou de lui montrer les cadeaux offerts par le Raja d'Assam. Tous les présents lui furent montrés. Il fut émerveillé par la magnificence de la tente de style kabuli. On lui apprit que c’était l'offrande d'un pieux sikh de Kabul. Pendant la conversation, lorsque l’éléphant admirablement décoré  entra, Bhim Chand fut fasciné et  exprima son immense admiration pour tout ce qu'il avait vu. Durant son voyage de retour, son esprit brûlait de jalousie pour le pouvoir et la richesse du Gourou. Il  prit donc la décision de prendre possession au moins de l'éléphant.

 

          Une fois arrivé à la capital,  Raja Bhim Chand  communiqua ses plans aux nobles. Il fut décidé qu'un message serait envoyé au Gourou : le cortège de Raja Fateh Chand de Garhwal serait en route avec l’objectif de fiancer la fille du Raja au fils de Bhim Chand, et ce dernier désirait emprunter l'éléphant  pour montrer ainsi sa richesse à ses invités. Quand le message lui fut remis, Gourou Gobind Singh savait que cela n’était  qu’une tromperie pour obtenir définitivement  l'animal. Il  envoya une réponse à Bhim Chand,

" Le Raja qui m’a offert l'éléphant, m'a supplié de ne pas me séparer de l'animal. C’est la règle de la maison du Gourou d’accéder à de telles demandes". On dit que le Raja  envoya ses émissaires trois fois, le dernier fut le Raja  Kesari Chand de Jaswal, mais Gourou ne céda pas et  le désir de Bhim Chand ne pu être réalisé. Aussi, il se mit en colère et  jura de se venger.

 

          La plupart des masands s’inquiétaient  des préparatifs guerriers  du Gourou et ils  demandèrent à la mère de Gobing Singh de le dissuader de telles activités car celles-ci pourraient lui apporter de graves ennuis. Quand sa mère lui  parla à ce sujet, il  répondit," Chère mère, J'ai été envoyé dans ce monde par le Dieu Immortel. Ceux qui le vénèrent  seront heureux; mais ceux qui agissent malhonnêtement et vénèrent les cailloux recevront un châtiment bien mérité. C'est la mission que Dieu m’a donnée. Si aujourd'hui je donne l'éléphant au Raja Bhim Chand, demain je devrai lui payer tribut". Bhai Nand Chand se joint alors à la conversation et  dit," Mère, le lion a t-il jamais craint les chacals? Quelqu’un a t-il jamais vu la lumière de la luciole dans l’éblouissante lumière du soleil? Que vaut une goutte d’eau en comparaison de l'océan? Gourou est un tigre courageux et splendide comme le soleil, doit-il craindre Bhim Chand?" Le Maître termina la discussion en disant : "Chère mère, ne faites pas attention au mauvais conseil des masands. Ils sont devenus lâches en profitant des offrandes des sikhs."

 

         Gourou et ses troupes  continuèrent à pratiquer le tir à l'arc et se  consacrèrent à la chasse. Les Sikhs lui rendaient visite continuellement et lui offraient des armes. Ceux qui  vinrent pour le service militaire, furent  reçus à l’instant et ils furent initiés au maniement des armes. De cette manière Gourou  rassembla une armée considérable.

 

 

GOUROU PART POUR PAUNTA SAHIB:

 

          Pendant ce temps, le Raja Medani Parkash de Nahan, invita Gourou à lui rendre visite. L'invitation fut acceptée et Gourou Gobind Singh  partit pour Nahan. Gulab Rai et Sham Das se  chargèrent de la défense d'Anandpur. Le Raja Medani Parkash  vint saluer et accueillir Gourou puis l'emmena à son palais. Un jour le Raja l’invita à la chasse et il se plaint que le Raja Fateh Shah de Garhwal s’était souvent disputé avec lui à propos de la terre sur laquelle ils marchaient. Il  suggéra qu'il serait très content si un fort était construit à cet endroit-là pour le protéger contre l'ennemi. Gourou  éleva une tente à cet endroit et  installa son darbar. Il  posa la première pierre de la fondation du fort. Avec l'aide de l’armée du Raja et avec le zèle et l’énergie des ouvriers, le fort fut construit en peu de temps. Gourou le nomma Paunta, et  commença à l’habiter. Il continua à augmenter son armée.

 

          Le Raja Fateh Shah, de Garhwal, arriva à la conclusion : puisque Gourou avait commencé à vivre près de son territoire, il serait politiquement prudent d’avoir de bonnes relations avec lui. Il  décida donc de rendre visite au Gourou. Il fut reçu avec grand honneur dans le darbar du Gourou. Pendant sa visite, Gourou  envoya son oncle Kirpal  lui suggérer qu'il serait bon que ce dernier et le Raja de Nahan puissent rester en bons termes. Le Raja Fateh Shah  donna immédiatement son approbation. Gourou  appela ensuite le Raja de Nahan. Il  réunit  les deux Rajas dans la cour, et les encouragea à s’étreinte et à se lier d’amitié.

 

          À ce moment-là, un montagnard  arriva en courant, racontant qu’un tigre violent tuait le bétail dans le voisinage. Il  demanda au Gourou de libérer le pays de l'animal sauvage. Il  emmena les deux Rajas et quelques autres avec lui et ils se  dirigèrent vers l’endroit  où le tigre terrorisait la population. En entendant les pas des chasseurs, le tigre s'assit, regardant  ses poursuivants. Gourou demanda si quelqu’un pouvait affronter le tigre avec l’épée et le bouclier. Personne ne vint en avant. Il  prit donc son épée et son bouclier et  défia le tigre.  En rugissant, le tigre se leva et  sauta sur Gourou qui le reçut sur son bouclier et le frappa sur le flanc avec son épée, le coupant en deux. Les Rajas et le groupe de chasseurs  étaient stupéfaits et en admiration devant  sa force et sa bravoure.

 

 

LA RÉCLAMATION DE RAM RAI:

 

          Quand Ram Rai, le fils aîné de Gourou Har Rai,  fut envoyé à Delhi au nom du Gourou, il  déforma les mots sacrés de Gourou Nânak à la cour de l'Empereur Aurangzeb afin de plaire à ce dernier. Devant ce fait, Gourou le désavoua et l’excommunia. L'Empereur lui donna une propriété où il  fonda la ville de Dehra Dun  et il  continua à y vivre. Ram Rai s'autoproclama  le vrai Gourou. Étant un instrument utile à l'Empereur Moghol, Ram Rai  essaya sans cesse d’attaquer  la cause des sikhs. Mais depuis que Gourou Gobind Singh était à Paunta, à seulement trente milles de Dehra Dun, Ram Rai était angoissé et n’avait pas le courage de l’affronter. Une discussion  commença dans l’entourage de Rai Ram à ce sujet. Quand Gourou Gobind Singh  apprit que Rai Ram vivait dans l’angoisse, il  envoya Nand Chand et Daya Ram pour le rassurer et  lui dire qu'aucun mal ne lui serait fait. En recevant ce message du Gourou, Ram Rai fut ravi. Il  donna des tuniques à Nand Chand et Daya Ram et  décida d'être en bons termes avec Gourou.

 

          On dit qu'une réunion entre Gourou et Ram Rai  eu lieu sur une barque au milieu du fleuve. Ram Rai  toucha les pieds du Gourou en hommage et  dit," Je suis bienheureux de vous avoir rencontré. Quand je serai parti, protégez ma famille. Mon père, Gourou Har Rai disait qu’un être naîtrait dans notre famille qui restaurerait et réparerait le vaisseau  pour transporter les âmes sans danger". Il  demanda le pardon. Pendant que Ram Rai méditait, il fut brûlé vif par ses propres masands en dépit des supplications et prières de sa femme, Penjab Kaur. Gourou  répondit  à la demande de justice de Penjab Kaur et il infligea une stricte punition aux masands coupables et  récompensa ceux qui  lui étaient restés fidèles.

 

 

LE PIR BUDHU SHAH:

 

          Le Pir Budhu Shah était un musulman qui vivait à Sadhaura, à dix ou quinze milles de Paunta Sahib. Il était bien connu pour sa piété et il avait un grand nombre de partisans. Il avait  entendu parler de Gourou Nânak et de sa mission. Il avait aussi appris que son trône était occupé par Gourou Gobind Singh qui habitait le voisinage. Finalement, il décida de lui rendre visite. Gourou fit asseoir le Pir musulman près de lui et Budhu Shah  supplia," Je vous en prie! Dites-nous comment on peut rencontrer le Dieu Tout-puissant". Pendant la discussion le Pir se courba humblement devant le Maître. Il y avait une lueur dans les yeux du Gourou qui faisait rayonner la Lumière Divine et le Pir  s’exclama avec joie," Allah-hu -Akbar"! – Il est grand, le Dieu Tout-puissant ! Plus tard le Pir  confessa, "Maître, j'étais spirituellement aveugle et vous  m’avez montré la Lumière." Bénies soient les âmes auxquelles Gourou accorde la Grâce Divine.

 

 

LA BATAILLE DE BHANGANI:

 

          Un jour Gourou  réçut une invitation du Raja Fateh Shah de Garhwal pour le mariage de sa fille avec le fils du Raja Bhim Chand de Kahlur. Ce dernier nourrissait de l'inimitié envers Gourou. Il  décida de ne pas assister à la cérémonie mais il  envoya ses Dewans, Nand Chand et Daya Ram, avec de précieux cadeaux pour la princesse.

 

          La route la plus courte pour se rendre au mariage était de passer par Paunta Sahib. Gourou  refusa de donner le passage au cortège car il n’avait aucune confiance en Bhim Chand qui était accompagné par un grand nombre de soldats. Après beaucoup de négociations, Gourou  autorisa le fiancé et un petit nombre de ses compagnons à  traverser en barque le fleuve près de Paunta Sahib. Le reste du cortège, y compris le Raja Bhim Chand devait suivre un itinéraire vers Srinagar, la capitale du royaume de Garhwal. Cet incident  rendit Bhim Chand  furieux et il  commença à chercher l'occasion de libérer sa colère. Il fut encore plus furieux quand il  apprit que les envoyés diplomatiques du Gourou étaient présents à la maison de la fiancée pour assister au mariage. En conséquence, il  refusa d’accepter la fille du Raja Fateh Shah comme épouse pour son fils, s'il maintenait un lien d’amitié avec Gourou. Le Raja Bhim Chand  demanda donc à Fateh Shah de choisir entre lui et Gourou. Fateh Shah fut obligé de choisir. Nand Chand et Daya Ram furent renvoyés chez eux avec leurs présents. Sur le chemin du retour, Nand Chand et son cortège furent attaqués par les troupes du Raja Bhim Chand mais ils  revinrent chez eux sains et saufs. Après le mariage, Bhim Chand  eût un entretien avec Fateh Shah et d’autres Rajas montagnards : Kirpal de Katoch, Gopal de Guler, Hari Chand de Hadur et le Raja de Jaswal. Ils  décidèrent tous d'attaquer Gourou sur le chemin du retour.

 

          Les Rajas montagnards  ordonnèrent à leurs troupes de marcher sur Paunta Sahib. La nouvelle de l’attaque imminente se  propagea rapidement,  avant même que l'armée ne bouge et ainsi Gourou ne fut pas  attaqué par surprise.

 

          Sous la recommandation du Pir Budhu Shah, 500 pathans furent enrôlés dans l'armée du Gourou sous le commandement de cinq chefs de clan : Kale Khan, Bhikan Khan, Nijabat Khan, Hyat Khan, et Umar Khan. Les pathans se montrèrent craintifs face aux ressources insuffisantes du Gourou et tous, sauf Kale Khan et ses cent hommes,  abandonnèrent Gourou au dernier moment, et ils se  joignirent aux Rajas montagnards. Tous les Sadhus Udasi, à l’exception de leur chef principal Mahant Kirpal,  partirent également. Gourou informa  Budhu Shah du  mauvais comportement des soldats pathans. Le Pir  ressentit une telle conduite comme une disgrâce personnelle. Pour compenser cette perte, Budhu Shah, son frère, ses quatre fils et sept cent disciples, se  mirent à la disposition du Gourou.

 

         Gourou plaça ses troupes sur une colline près du village de Bhangani à  environ six milles de Paunta Sahib. Les cinq fils de Bibi Viro,  Sango Shah, Jit Mal, Gopal Chand, Ganga Ram et Mohri Chand  organisèrent l'attaque des forces du Gourou. Ils furent habilement soutenus par Bhai Daya Ram, le Dewan Nand Chand,  Kirpal l’oncle du Gourou et Mahant Kirpal. Pendant qu’il répétait ses ordres, Gourou  fixa son épée,  lança son carquois sur ses épaules,  prit son arc, monta son coursier,   et criant : Sat Sri Akal !  de sa voix la plus forte, il s’élança pour affronter ses ennemis. On rapporte que : les sabots du cheval du Gourou, dans un mouvement rapide,  soulevèrent des nuages de poussière qui  obscurcirent le soleil, et que les cris des guerriers du Gourou ressemblaient aux tonnerres des saisons orageuses et pluvieuses. Les forces de Gourou Gobind Singh furent rejointes par les troupes du Pir Budhu Shah et par cent Pathans sous les ordres de Kale Khan.

 

          Les forces de l'ennemi étaient menées par le Raja Fateh Shah auxquelles s’unirent le Raja Hari Chand de Hadur, le Raja Gopal de Guler, le Raja de Chandel, les Rajas de Dadhwal et Jaswal, et quatre cents Pathans qui avaient abandonné le camp du Gourou. Une dure et sanglante bataille  eut lieu. Beaucoup de soldats courageux furent tués  des deux côtés. Bien que l'armée opposée surpassait en nombre celle du Gourou, les soldats ennemis n'avaient pas le même esprit de sacrifice, ni le même dévouement envers leurs commandants que les sikhs.

 

          Mahant Kirpal se précipita  sur Hayat Khan, un chef Pathan et  tua le déserteur. Jit Mal et le Raja Hari Chand livrèrent un combat singulier. Les flèches  perforèrent le front de leurs chevaux et les deux animaux  tombèrent morts. Leurs épées se heurtèrent, et quelques instants après, Hari Chand s'évanouit et Jit Mal  tomba mort. Un des cousins du Gourou, Sango Shah, et le chef Pathan Nijabat Khan s’entretuèrent. À ce moment-là, Gourou  monta son coursier et  chevaucha au milieu du champ de bataille. Il  déchargea une flèche contre le chef Pathan Bhikan Khan, le manqua mais le tir  tua son cheval. Bhikan Khan s’enfuit.  Nand Chand et Daya Ram  lancèrent alors une violente attaque contre les soldats Pathans démoralisés, provoquant une grande tuerie chez les traîtres Pathans. Quand les chefs montagnards  virent la défaite des Pathans, ils  commencèrent à fuir le champ de bataille. Sur ce Hari Chand  reprit connaissance et  reapparut sur la scène, tuant beaucoup d'hommes courageux avec ses flèches. En voyant cette scène, Gourou  affronta Hari Chand,  le combat est décrit de cette manière dans le Bachitar Natak :

 

"Hari Chand, un des chefs de la colline, dans sa rage,  tira ses flèches.

Il  blessa mon coursier avec une et ensuite il  déchargea une autre contre

moi, mais Dieu me protégea et la flèche toucha seulement mon oreille

dans son vol. Sa troisième flèche  pénétra la boucle de ma ceinture

et  toucha mon corps, mais elle ne me  blessa point. Uniquement la Grâce de

Dieu  protégea mon être, son serviteur. Quand je sentis le toucher de

la flèche, mon esprit fut allumé. Je pris mon arc, je pris ma ligne de tir et

je tua le jeune maître Hari Chand de mon premier coup.

Je déchargeai des flèches en abondance. Sur ce fait, mes adversaires

commencerent à fuir. Le chef de Korari fut aussi saisi par la mort.

Les hommes de la colline fuirent dans la consternation et moi, à travers

la Grâce de Dieu Tout-puissant, je gagna la victoire..."

 

                                                                                      (Traduction)

 

         Gourou s’approcha de l'emplacement où se trouvaient les corps morts de Sangho Shah, Jit Mal et d’autres Sikhs courageux. Deux fils de Budhu Shah furent aussi tués. Gourou ordonna que les morts des deux camps fussent disposés avec grand honneur. Les corps des Sikhs furent incinérés, ceux des Hindous jetés dans la rivière et ceux des Musulmans enterrés en toute solennité. Le Pir Budhu Shah  se présenta avec ses deux fils survivants devant Gourou. À ce moment-là, Gourou  peignait ses cheveux. Budhu Shah le  supplia de lui donner le peigne avec ses cheveux tombés comme un souvenir sacré. Gourou lui  donna le turban, le peigne avec les cheveux et une petite épée. Mais le cadeau le plus grand,  fut la bénédiction du Gourou avec Nam ou Nom Divin.

 

 

La signification de la bataille de Bhangani:

 

         La victoire dans la bataille de Bhangani fut d’une très grande importance. Elle  éleva l'esprit et  fortifia le moral des Sikhs. Du fait que Gourou n'acquit pas de territoire, ni ne gagna aucun avantage matériel, sa cause  augmenta en force. Sa réputation s’étendit partout,  provoquant un afflux d’armes et des chevaux ainsi que la venue de centaines et centaines de personnes s’offrant pour être enrôlés dans son armée.

 

          La victoire du Gourou ne fut pas sans causer de l'inquiétude au gouvernement Moghol de Delhi.

 

          Les Rajas montagnards  envisagèrent à nouveau la question tout entière. Bien qu’idéologiquement les Rajas et Gourou soient opposés, les Rajas avaient intérêt à freiner la domination des Moghols et être ainsi soulagés du fardeau des tributs annuels payés à l'Empereur Moghol, ils désiraient entretenir des relations cordiales avec Gourou. Par conséquent, leur chef, le Raja Bhim Chand  parvint à un accord avec lui.

 

 

LE RETOUR À ANANDPUR:

 

         Gourou  resta environ trois ans à Paunta Sahib et sa réputation  attira à sa cour des poètes, des troubadours et des savants. Pendant cette période il  composa le ‘Jap Sahib’, ‘Swayas’ et l’Akal Ustat’.

 

          Il  ordonna à son armée de revenir à Anandpur et il  retourna par Sadhaura. Il  campa à Laharpur  quelques jours. Le Raja de Nahan  envoya son émissaire pour faire part de son désir de rencontrer Gourou, mais il ne le rencontra jamais. Quittant Nahan, Gourou  entra dans le territoire de Ramgarh et  resta à Tabra  plus d’une semaine. Il  alla ensuite à Raipur2 en réponse à l'invitation de la Rani. Elle lui  montra la plus grande hospitalité et lui  donna en offrande un magnifique cheval précieusement harnaché, et une bourse remplie de roupies. Gourou offrit une épée et un bouclier au fils de la Rani. Ensuite,  il  continua son voyage pour Anandpur, traversant Toda, Nada, Dhakoli, Kotla, Ghanaula, et Bunga, il  atteignit Kiratpur. Il arriva à Anandpur en octobre, 1687. Son fils aîné, Ajit Singh était né en janvier,  Sambat 1743 – 1687.

 

 

L’EXPÉDITION D'ALIF KHAN

 

          L’Inde du sud était en armes. L'Empereur Aurangzeb, par conséquent,  resta occupé un grand nombre d'années à éradiquer la révolte dans cette région. Toutes les dépenses d'une telle guerre furent possibles en imposant un lourd tribut sur les provinces du nord et de l'est du pays. En ce temps, Mian Khan était le vice-roi de Jammu. Il  envoya son commandant en chef, Alif Khan, lever le tribut des Rajas montagnards. En premier lieu, il se dirigea vers le Raja Kirpal de Kangra," Soit vous me payez le tribut soit vous prenez les armes contre moi". Le Raja Kirpal lui  donna quelques présents puis lui  dit que le Raja Bhim Chand de Kahlur était le plus puissant de tous les Rajas. S'il payait le premier le tribut, tous les autres le suivraient. Si Bhim Chand refusait de payer, Kirpal l’appuierait. Le Raja Dayal de Bijarwal fut convaincu par Kirpal de satisfaire aux demandes de tribut d'Alif Khan.

 

          Alif Khan  adopta la suggestion du Raja Kirpal et  continua vers la capitale de l'état de Bhim Chand. Il s’arrêta à Nadaun et il  envoya son émissaire à Bhim Chand avec ses demandes. Bhim Chand  répondit qu'il se défendrait plutôt que de payer le tribut. Cependant, son Premier Ministre l’avertit que s'il désirait la victoire, celle-ci serait assurée seulement s'il obtenait l'aide du Gourou. Sur cela,  Bhim Chand  envoya son Premier Ministre au Gourou afin d’obtenir son appui. Gourou  consentit à supporter le non-paiement des tributs ce qui symbolisait un esprit de défi contre l'impérialisme moghols. Gourou lui-même se mit à la tête d'un fort contingent de guerriers. Les Rajas de Jaswal, Dadhwal et Jasrot vinrent aussi  participer à la guerre menaçante.

 

          Bhim Chand  ouvrit l'attaque avec des flèches très pointues mais les coups n’eurent  aucun impact sur l'ennemi à cause de sa position et   frappèrent seulement les chevrons en bois de la forteresse. Les troupes de Bhim Chand se  découragèrent. À ce point critique, Gourou  joua son rôle efficacement. Il  prit son pistolet et  visa le Raja Dayal. Le Raja  tomba par terre bien qu’il  lutta courageusement. Gourou envoya une flèche après l'autre sur l'ennemi. Les flèches et les balles  volèrent en abondance et la bataille tourna en sa faveur. Alif Khan et ses hommes  fuirent et Bhim Chand  obtint la victoire. Il  resta à Nadaun  quelque temps où il  parvint à un accord avec Alif Khan par le biais de Kirpal qui  agit comme intermédiaire.

 

    Gourou resta environ une semaine sur les lieux de la bataille, puis retourna à Anandpur. Son fils, Jujhar Singh naquit le septième jour du mois de Chet ou mars, Sambat 1747-1691.

 

 

LA TENTATIVE DE DILAWAR KHAN POUR AFFAIBLIR LE POUVOIR DU GOUROU

 

          Dilawar Khan prit le pouvoir au Penjab pendant qu'Aurangzeb était dans le Daccan, région du sud de l’Inde, et devint jaloux  de la célébrité et le succès du Gourou. Il  envoya son fils Khanzada, avec une troupe de mille hommes, pour détruire le pouvoir du Gourou à Anandpur. Vers minuit, Khanzada  traversa la rivière de Satluj protégé par l'obscurité. Alam Khan, un soldat du Gourou, se dépêcha pour l'informer de l'approche d'une troupe hostile. Le tambour, Ranjit Nigara,  fut battu immédiatement et les hommes du Gourou se  dirigèrent vers la rivière. La rapide formation des Sikhs  désorienta l'ennemi et les pistolets qui commencèrent à décharger des salves de balles, terrifiant les hommes de Khanzada, les contraignant à battre en retraite. Cependant ils  pillèrent le village de Barwa sur leur chemin du retour. Khanzada, humilié, ne put répondre à son père quand il lui parla de sa lâcheté. Cela se passa à la fin de 1694.

 

 

L'EXPÉDITION DE HUSSAIN KHAN

 

          Dilawar Khan avait un esclave appelé Hussain qui se vantait de pouvoir piller la ville d’Anandpur, appartenant au Gourou, si une armée lui était accordée. Il  pourrait aussi obtenir le  tribut de Bhim Chand et des autres Rajas montagnards. L’échec de Khanzada  conduisit Dilawar Khan à organiser une attaque plus grande contre Gourou. Ainsi, il  envoya Hussain Khan accompagné d’une armée de deux mille hommes. Hussain  mit le Raja de Dadhwal à genoux et  pilla Dun. Le Raja Kirpal de SKangra le rejoignit. Bhim Chand aussi s’allia avec Hussain. Il  organisa, avec l'aide de Kirpal et Bhim Chand,  un plan pour continuer vers Anandpur. Gourou gardait prêtes ses troupes pour toute attaque éminent.

 

          Alors que Hussain se préparait pour partir vers Anandpur, le Raja Gopal de Guler  envoya son émissaire pour faire la paix avec lui. Hussain  répondit qu'il serait heureux de rencontrer le Raja Gopal s'il payait un tribut comme les autres Rajas l’avaient déjà fait. Gopal  alla le trouver en apportant un peu d’argent mais Hussain ne fut pas satisfait de sa contribution. L’ultimatum de Hussain était, le paiement de dix mille roupies ou la mort pour Gopal et à ses troupes. Gopal  plaida son incapacité à payer cette grosse somme d'argent puis il  revint à Guler. À ce point, Gopal envoya son émissaire au Gourou pour que ce dernier négotie un accord avec Hussain. Gourou  envoya son agent, Sangtia avec une escorte de sept cavaliers, négotier une convention de paix entre Gopal et Hussain. Aucun accord ne fut réussi entre les deux parties et  une bataille s'ensuivit, Hussain, Kirpal et Bhim Chand d’un côté et le Raja Gopal et le Raja Ram Singh de l'autre. Ayant lutté très courageusement Hussain  périt sur le champ de bataille, de même que le Raja Kirpal de Kangra. Himmat et Kimmat, deux officiers de Hussain Khan furent aussi tués. De l’autre côté l'envoyé du Gourou, Sangtia, et ses sept cavaliers furent tous tués. Voyant cela, Bhim Chand  s’enfuit avec son armée. Après sa victoire, le Raja Gopal  alla visiter Gourou avec des grandes offrandes et le remercia pour sa Bénédiction qui lui assura la victoire sur le champ de bataille.

 

          Le troisième fils du Gourou, Zorawar Singh naquit un dimanche, le premier jour du mois de Magh ou janvier, Sambat 1753-1697 .

 

          La défaite de Hussian contraria Dilawar Khan et immédiatement il  envoya Jujhar Singh et Chandel Rai à Jaswan mais ils n’accomplirent pas l’objectif ambitionné. Cependant, ils prirent Bhalan, une place stratégique. Avant qu'ils ne continuent plus loin, Gaj Singh de Jaswal  tomba sur eux. Jujhar Singh et Chandel Rai  luttèrent tous deux comme de vrais lions, mais Jujhar Singh fut tué et Chandel Rai  fuit du champ de bataille.

 

          La défaite des forces impériales  causa de l'inquiétude à Aurangzeb qui  envoya son fils, le prince Muazzam, connu plus tard comme Bahadur Shah, restaurer l'ordre dans la région montagneuse. Le Prince  prit la charge en août, 1696 et envoya Mirza Beg donner une leçon aux Rajas montagnards. Il  infligea  défaite après défaite, mit le feu aux villages et  pilla le territoire. Après Mirza Beg, le Prince  envoya quatre officiers qui  battirent les Rajas montagnards et  pillèrent les maisons des personnes qui avaient échappé à la destruction des mains de Mirza Beg.

 

          Entre temps le quatrième fils du Gourou, Fateh Singh naquit, un mercredi, le onzième jour de Phagan ou février, Sambat 1755-1699.

 

          En Sambat 1755 ou 1698, Gourou  traduisit, dans la solitude et la tranquillité des montagnes, des textes écrits en Sanskrit. Le quatorze  juin de cette année Gourou, d'après sa propre version, termina la traduction du livre Ram avtar du Sanskrit en Hindi. La plupart des compositions attribuées au dixième Gourou, ne sont pas de lui. Macauliffe écrit:

 

     "Ce qui est appelé le Granth du dixième Gourou, le Dasam Granth, est en réalité partiellement de lui. La plus grande partie fut écrite par quelques poètes sous ses ordres. Les deux œuvres intitulées Chandi Charitar et Bhagauti Ki Var inclues dans le Dansam Granth  sont des traductions abrégées par différentes mains (toute personne avec quelques notions de Hindi peut dire, d’après le style que ces traductions ont été faites par différentes personnes). Les deux  proviennent du livre « Durga Sapt Shatti », composé de sept cents sloks au sujet de Durga, un épisode du Markandeya Puran à propos des combats entre la  déesse Durga et les démons qui avaient fait la guerre aux Dieux."

 

          Il y avait cinquante-deux poêtes3 dans la cour de Gourou Gobind Singh qui  traduirent le Mahabharat, le Ramayan, et d’autres œuvres sur les nobles prouesses de Rama, Krishna, Chandi, et d’autres figures religieuses. Cependant, il ne faut pas croire que Gourou adorait ceux dont les actes étaient célébrés; c’était seulement des exemples pour inciter à la bravoure, éliminer la lâcheté, et  remplir les cœurs des troupes pour les encourager à défendre leur foi. C’est ce que Gourou lui-même déclare dans sa traduction du dixième chant du Bhagwat," Je traduisit en dialecte vulgaire le dixième chapitre du Bhagwat sans autre objectif que d’inspirer l'ardeur pour la guerre religieuse."

 

       Gourou n'a jamais eu  foi ni n’a adoré quelqu'un d’autre que le Dieu Immortel. Dans la section ‘Akal Ustat’, il écrit:

 

"À part Vous, Dieu,

je ne vénère personne ;

quelle que soit la faveur que je désire,

je l’obtiens de Vous."

 

     Gourou éclaire encore sa remarque dans ses trente-trois swayas ou prières divines

 

"Quelques-uns attachent fermement

un idole à leurs poitrines;

quelques-uns disent que Siva est Dieu;

quelques-uns disent que Dieu se trouve

dans le temple des Hindous;

d’autres croient qu' Il est

dans la mosquée des musulmans;

quelques-uns disent que Rama est Dieu;

quelques-uns disent que c’est Krishna;

quelques-uns d´eux acceptent

l’incarnation comme Dieu;

Mais moi, j'ai oublié toute vaine religion

et je sais dans mon cœur que le Créateur est le seul Dieu."

                 

                             (Swaya – XII)

 

"Pourquoi appelez-vous Dieu à Siva ?

Pourquoi parlez-vous de Brahma comme Dieu?

Dieu n’est pas Ram Chander,

ni Krishna ni Vishnu ,

à qui vous supposez être

les seigneurs du monde.

Sukhdev, Prasar, et Vyas se sont trompés

en abandonnant  Dieu

et en adorant beaucoup de dieux.

Tous ont établi des fausses religions;

dans tous sens, je crois qu’il n’existe

qu’Un seul Dieu."

 

                             (Swaya -XV, Gourou Gobind Singh)

 

 

LA CRÉATION DU KHALSA OU  LA COMMUNAUTÉ DES PURS

 

         Gourou envoya des hukamnamas à tous ses partisans en leur demandant de visiter Anandpur lors du festival de Baisakhi, célébré le Sambat 1756-1699. Il sembla  la totalité du Penjab était en mouvement et ils vinrent de tous les coins du pays.

 

          Une petite tente fut montée sur une petite colline située à Anandpur, maintenant appelée Kesgarh Sahib et une dewan ou assemblée fut tenue en plein air. Gourou  sortit son épée et d’une voix tonnante  dit : " Je veux une tête, est-ce qu'il y a quelqu’un qui peut me l'offrir ? " Cette demande, exceptionnelle,  causa  la terreur dans le rassemblement et les gens étaient stupéfaits. Il y  eut un silence mortel. Gourou  fit un deuxième appel. Personne ne se mit en avant. Il y  eut encore plus de silence. Au troisième appel, Daya Ram, un khatri de Lahore, se mit debout, et  dit : "Ô vrai roi, ma tête est à votre service". Gourou  prit Daya Ram par le bras et le mena à l'intérieur de la tente. Un coup et un bruit sourd furent entendus. Alors, Gourou, avec son épée ensanglantée,  sortit et  dit," Je veux une autre tête, est-ce qu’il y a quelqu’un parmi vous qui peut l’offrir?"

 

     NOTE: La plupart des auteurs, dont beaucoup de Sikhs, affirment que Gourou avait caché cinq chèvres à l'intérieur de la tente la nuit précédente sans laisser personne le savoir. Ainsi, quand il conduisit Daya Ram à l'intérieur de la tente, il  coupa la tête d’une chèvre au lieu de celle de Daya Ram. Pour ces auteurs, il est difficile de comprendre les actes surnaturels accomplis par Gourou Gobind Singh. Ils ne peuvent pas comprendre que Gourou ait pu décapiter Daya Ram, et  le ramener vivant de la tente un peu plus tard. Ils doivent  comprendre que Gourou est  Jot ou Lumière Divine, assis sur le trône divin de Gourou Nânak. Ces auteurs montrent une complète irrévérence au Gourou en impliquant que ce dernier ait été incapable d’effectuer des actes surnaturels. Avec ce type de pensée, ces écrivains commettent un sacrilège. Gourou avait le pouvoir de ressusciter  les morts. Le Mot Divin le confirme:

 

                                                 Satgur mera mar jiwalei.

 

                                                                                      (Bhairon Mohalla 5,p- 1142)

 

                                   ' Mon seigneur peut ramener les morts à la vie. '

                             

                                                                          (Traduction du précité)

 

          Ce n’était pas un fait ordinaire, mais un acte incomparable et surnaturel qui fut  accompli, directement à travers la Volonté de Dieu. Gourou lui-même certifie cet acte:

 

"La Khalsa est l'armée de Dieu

La Khalsa est créé avec la Volonté de Dieu."

 

                                                            (Gourou Gobind Singh - Sarbloh Granth)

 

          Au  troisième appel, un Jat de Delhi,  Dharam s’avança et  dit," Oh vrai roi! Ma tête est à votre disposition". Gourou fit entrer Dharam Das à l'intérieur de la tente, on entendit un coup et un bruit sourd, et Gourou sortit avec son épée ensanglantée. Il  répéta," Je veux une autre tête, y a t-il un Sikh bien aimé qui peut l'offrir?" Face à situation, quelques personnes dans l'assemblée remarquèrent que Gourou avait perdu la raison et ils  allèrent trouver sa mère pour se plaindre.

 

          Mohkam Chand4, un laveur de Dwarka (côte ouest de l’Inde), s’offrit en sacrifice. Gourou le mena à l'intérieur de la tente et  s’ensuivit le même processus. Quand il  sortit, Gourou appela une quatrième tête. Les Sikhs commencèrent à penser qu'il allait tuer tout le monde. Quelques-uns  partirent et les autres courbèrent leurs têtes. Himmat Chand, un cuisinier de Jagan Nath Puri, s'offrit en quatrième sacrifice. Plus tard, Gourou  fit le cinquième et dernier appel pour une cinquième tête. Sahib Chand, un coiffeur de Bidar ( centre de l’Inde), s’avança et Gourou le conduisit à l'intérieur de la tente. Un coup et un bruit sourd furent entendus par l’assemblée.

 

          Au dernier appel, il  resta dans la tente plus longtemps. Les gens dehors  commencèrent à respirer avec soulagement. Les volontaires lui avaient offert leurs têtes, et maintenant Gourou leur donnait  sa propre personne et  sa Gloire. Dans la tente, Gourou les vêtit  de vêtements splendides. Quand ils furent amenés au-dehors, tous vivants,  ils étaient rayonnants !  Il y  eut des exclamations de surprise et d'émerveillement et des soupirs de regret de tous côtés. Maintenant, les gens étaient désolés de ne pas avoir offert leurs têtes.

 

          Depuis l’époque de Gourou Nânak, la cérémonie de la Charanpauhal avait été traditionnellement l'initiation au sikhisme. Les gens buvaient de l'eau sacrée qui avait été touchée par l’orteil ou avait lavé les pieds du Gourou. Gourou entreprit d’initier  les cinq fidèles à son nouvel ordre sikh. Premièrement, il  demanda aux cinq fidèles de se lever. Après, il  mit de l'eau pure dans un Batta de Sarbloh, un pot en fer et la remua avec un Khanda ou petite épée à double tranchant. En remuant l'eau avec le Khanda, il récitait les Gurbani ou Mot Divin, les cinq banis ou prières de l’Ecriture Sainte : Japji, Jap sahib, Anand sahib, Swayas, et Chaupai. Des cristaux de sucre appelés ' Patasas' que la femme du Gourou, Mata Sahib Kaur, avait apporté, furent mélangés à l'eau.

 

          Gourou se leva avec l’ Amrit sacré ou nectar, préparé dans le bol d'acier. Chacun des cinq fidèles, à tour de rôle, s’agenouilla sur son genou gauche, et regarda le Maître pour recevoir sa Lumière Éternelle. Gourou  donna cinq paumes pleines d'Amrit à chacun d’entre eux pour boire et  aspergea cinq fois leurs yeux avec cette eau. À chaque fois, il leur demandait de répéter à voix haute, "WaheGourou ji ka Khalsa, WaheGourou ji ki Fateh". Cela  voulait dire: Le Khalsa ou Communauté des Purs appartient à Dieu et toutes les victoires  appartiennent à Dieu. Ensuite, il  mouilla cinq fois leurs cheveux. De cette façon  l’Amrit fut administré aux cinq fidèles, à partir du même récipient. Gourou leur demanda ensuite de boire à petites gorgées l’Amrit, accomplissant ainsi leur initiation finale à la fraternité sans castes du Khalsa. De cette manière,  les cinq fidèles furent baptisés par Gourou qui les  appela les PANJ PYARE ou les Cinq Bien-aimés. Il leur donna le nom de SINGH ou lion et leurs noms passèrent de Daya Ram à Daya Singh, Dharam Das à Dharam Singh, Mohkam Chand à Mohkam Singh, Himmat Chand à Himmat Singh, et Sahib Chand à Sahib Singh. Gourou s’adressa à eux comme les Suprêmes, les Libérés, et les Purs et il les  appela le KHALSA.

 

     Puis il leur  ordonna de suivre les règles suivantes:

 

I. En premier lieu, ils doivent porter les articles suivants dont  les noms commencent

    par la lettre ' k':

 

     1. Kes – les cheveux non coupés. Cela représente l'apparence naturelle

         de la sainteté. C'est le premier signe de la foi sikh.

     2. Kanga - un peigne pour entretenir les cheveux.

     3. Kachha - un sous-vêtement pour évoquer la chasteté.

     4. Kara - un bracelet d'acier au poignet comme emblème d'attachement

         au Divin.                       

     5. Kirpan - une épée pour l’autodéfense et comme emblème de dignité, de pouvoir et  de l’esprit invincible.

 

II. Ils doivent observer les directives suivantes:

 

     1. ne pas couper ou raser les cheveux et les poils du corps.

     2. ne pas consommer de tabac ou d'autres drogues.

     3. ne pas manger ' Kutha',  viande d'un animal tué lentement,

         comme le font les Musulmans.

     4. ne pas commettre d’adultère.  ' Par nari ki sej, bhul supne de hun, na jayo : ne jamais aimer, même en rêves, le lit d'une autre femme qui ne soit pas votre propre femme.

(Une ordonnance supplémentaire fut publiée : celui qui n'observe aucune des quatre directives, doit être débaptisé, payer une amende, et promettre de ne pas commettre d’autres offenses ; ou il pourra être excommunié du Khalsa).

 

III. Ils doivent se lever à l’aube, se baigner, méditer sur Gurmantar ou' WaheGourou', le Moolmantar (préambule du Japji), et  réciter cinq banis : le matin- Japji, Jap Sahib et Swayas; l’après-midi  Rehras et le soir, avant d’aller dormir,  Kirtan sohela.

 

IV. Ils ne doivent pas avoir de relations matrimoniales avec des fumeurs, avec des    personnes qui  tuèrent leurs filles, avec les descendants ou les partisans de Prithi Chand, Dhir Mal, Ram Rai, ou avec les masands qui s’étaient écartés des doctrines et des principes de Gourou Nânak.

 

V. Ils ne doivent pas adorer les idoles, cimetières, ou les lieux de crémation, et doivent croire seulement en Un seul Dieu, l’Immortel.

 

     Gourou plus tard expliqua qu'ils devaient s’entraîner à l’usage des armes, et ne jamais montrer leurs dos à l'ennemi sur le champ de  bataille. Ils devaient être toujours prêts à aider le pauvre et protéger  ceux qui cherchent leur protection. Ils doivent oublier leurs castes antérieures, et se considérer tous comme les frères d'une même famille. Les sikhs doivent se marier entre eux.

 

 

LE MAITRE DEVIENT LE DISCIPLE:

 

          Après avoir administré l’Amrit à ses Cinq Bien-aimés, Gourou se leva et  suppliant les mains jointes, il leur  demanda de le baptiser de la même façon qu’il les avait baptisés. Ceci marque le sommet de ce remarquable épisode établissant un exemple sans pareil pour le monde : en premier lieu, Gourou  créa le Khalsa, les  bénissant avec le pouvoir, la  suprématie et la gloire, et plus tard, Gourou  devint lui-même leur disciple. Merveilleux  Gourou Gobind Singh, Maître et  disciple! Dans les annales de l'histoire humaine, un disciple peut devenir Gourou mais un Gourou ne  devient jamais disciple. Les Cinq Bien-aimés furent stupéfaits devant une telle proposition, et ils  reconnurent leur propre indignité et la grandeur du Gourou,  qu’ils  jugeaient comme étant le Pasteur de Dieu sur la terre. Ils lui  demandèrent pourquoi il avait fait une telle demande et pourquoi il se retrouvait  suppliant devant eux. Il  répondit," Je suis le fils du Dieu Immortel. C’est sur son ordre que je naquis et que j’établis cette nouvelle forme de baptême. Ceux qui l’acceptent seront connus désormais comme les Khalsa. Le Khalsa est Gourou et Gourou est le Khalsa. Il n’y a aucune différence entre vous et moi. De même que Gourou Nânak a assis Gourou Angad sur le trône,  je vous fit aussi Gourou. Par conséquent, administrez-moi le nectar du baptême sans hésiter."

 

         Les Cinq Bien-aimé  baptisèrent Gourou avec les mêmes cérémonies et les ordres que lui-même employa. Gourou fut donc nommé Gobind Singh au lieu de Gobind Rai

.

          Gourou Gobind Singh fut le premier qui  prit l’Amrit des mains du Khalsa ou des Cinq Bien-aimés. En quelques jours, environ 80.000 hommes et femmes furent baptisés à Anandpur.

 

          En créant le Khalsa, Gourou  réunit deux qualités dans une même personne. Un Khalsa est Saint-Soldat. Un  sikh est un saint parce qu'il adore l’Omniprésent Esprit Divin et en lui l’Esprit brille tout  jour et nuit, comme une pleine lune. Un sikh est soldat parce qu’il est toujours prêt à prendre les armes pour défendre la justice.

 

           Gourou  promit aux Cinq Bien-aimés -Les Khalsa- que chaque fois qu'ils feraient appel à lui, il consentirait à leur proposition. Sur ce principe s’établit un  Khalsa démocratique. Gourou  accomplit cette promesse en se soumettant à la demande des Cinq Bien-aimés lors de la bataille de Chamkaur et il  quitta la Garhi ou forteresse en terre.

 

     Gourou lui-même donna la définition du Khalsa:

 

"Ce qui constamment maintient

une Toujours Réveillée et Vivante Conscience de Lumière

et jamais ne s'éloigne de la pensée d'Un Seul Dieu;

qui est orné d’une foi pleine de Lui

Et est complètement uni à l'Amour du Seigneur,

Et ne met jamais sa foi au jeûner

ni à l’adoration des tombes, sépulcres ou crématoriums,

Ce qui vit sans aimer les pèlerinages, les aumônes, les charités,

ni les Pénitences ou les austérités

mais le dévouement à Un Seul Dieu;

Et ce qui dans son coeur et âme la Lumière Divine

brille comme la belle lune pleine

Il est connu comme Khalsa

- la plus pure des pures ou

le plus pur des purs."

 

                        (Gourou Gobind Singh-Swayas) 

 

          L’historien Perse Gulam-ul-din, chroniqueur de cette période,  envoya à l’Empereur Aurangzeb une copie du discours du Gourou à ses Sikhs lors du premier Festival de Baisakhi, Sambat 1756-1699 A.D. Ou l’on peut lire ce qui  suit:

 

     "Suivons tous une seule foi et faisons disparaître les différences religieuses.

Puissent les quatre castes hindoues qui ont chacune des règles différentes de vie  abandonner toutes ces normes et adopter la seule forme d'adoration à Dieu, et devenir ainsi des frères. Ne laissons personne se juger supérieur à un autre. Ne nous attachons pas au Ganges ni à d’autres endroits de pèlerinage dont on parle avec vénération dans les Shastras. N’adorons pas Rama, Krishna, Brahma et Durga. Croyons en Gourou Nânak et dans les autres Gourous Sikhs. Puissent les hommes des quatre castes  recevoir mon baptême,  manger dans le même plat et de ne ressentir aucun dégoût ou mépris l’un pour l’autre".

 

          Pendant que Gourou s’adressait à l’assemblée, plusieurs Brahmans et Khatris se  levèrent et  acceptèrent la religion de Gourou Nânak, alors que d’autres affirmaient  que jamais ils n’accepteraient une  religion opposée aux enseignements des Vedas et des Shastras.

 

          Jusque là, la direction des Sikhs était restée entre les mains des Khatris, une population urbaine, non militante, dont la majorité des masands était issue, mais maintenant la situation changeait complètement. Les paysans et d’autres classes des régions rurales formaient la plupart  des convertis. Même ces gens qui avaient été considérés comme le rebut de l'humanité étaient devenus comme par magie des êtres riches et puissants. Les balayeurs, les coiffeurs et les confiseurs qui n'avaient jamais touché une épée et qui depuis des générations  vivaient comme des esclaves des plus hautes castes, devinrent des guerriers courageux sous la stimulante direction du Gourou.

 

          Idéologiquement, le Khalsa fut créé pour atteindre l’équilibre des idéaux de Bhakti et Shakti, soit  l’excellence morale et spirituelle, le courage et l’héroïsme de la plus haute qualité. En d’autres mots, le Khalsa devait être une fraternité dans la foi et en même temps une fraternité dans les armes. Le Khalsa symbolise en lui-même la  détermination à renforcer la révolution sociale et religieuse commencée par Gourou Nânak. Le code de conduite prescrit pour le Khalsa  fut formulé de manière à imposer une stricte discipline aux Sikhs  afin d’assurer la cohésion et l’engagement de la Communauté des Purs aux hauts idéaux du sikhisme.

 

          Avec la création du Khalsa, quelques nouvelles doctrines furent aussi établies. La première fut la doctrine de la démocratie théocratique : on sélectionne, sans élire, cinq représentants parmi les milliers de dévotes et dévots du pays. La seconde fut la doctrine de  la responsabilité collective : en présence du saint Gourou Granth Sahib, on donna aux Cinq Ceux Bien-aimés uniquement, la totale autorité sur la nation tout entière.

 

    Gourou  libera les âmes du  Khalsa  et   remplit leurs cœurs  d ‘une grande aspiration pour la liberté religieuse et sociale de même que pour le progrès national. Le Khalsa, par conséquent,  accepta le défi de combattre la terreur inspirée par la tyrannie du puissant empire Moghol et s’engagea dans une lutte nationale de libération.

 

BHAI NAND LAL

 

           Bhai  Nand Lal Goya, né à Ghazni en Afghanistan en 1643, fut un  savant perse reconnu qui  composa des vers à la louange de Dieu et de Gourou Gobind Singh. Il avait dix-neuf ans à peine quand ses parents  moururent et après cela il s’installa dans la ville de Multan. Le Nawab de Multan impressionné par ses talents scolastiques et sa personnalité, le nomma  ' Mir Munshi' ou officier des revenus. A l'âge de 45 ans, Nand Lal  quitta son service et  partit à la recherche de la paix. Finalement il  atteignit Anandpur. Nand Lal voulut tester Gourou avant de l'accepter comme Maître. Il  loua une petite maison où il  vécut discrètement. Il  prit la décision d’aller devant Gourou uniquement quand Gobind Singh lui ferait signe. Le temps passa et l’appel si attendu du Gourou n’arriva point.  Nand Lal  devint de plus en plus inquiet ; il raconta:

 

     "Combien de temps est-ce que je dois attendre patiemment?                          

      Mon coeur est inquiet pour vous voir,                

      Mes yeux larmoyants, dit Goya,                               

      sont devenus débordants ruisseaux d'amour                      

      qui coulent d’une affection passionnée vers vous."

 

                                                            (Nand Lal – Traduit)

 

          Finalement,  Gourou  appela Nand Lal. Quand celui-ci  arriva pour sa sainte audition, Gourou  était assis en extase, les yeux fermés. Quand Nand Lal  vit le Maître, il  resta frappé d’émerveillement et il  nota:

 

     "Ma vie et ma foi vivent dans l’esclavage,                    

      de son douce et angélique visage;                            

      La gloire du Ciel et de la terre,                            

      Valent à peine,                                          

      Un petit rayon de ses Célestes Regards                                

                                                                

      Oh! Comment puis-je supporter la lumière répandue,                              

      Par le perçant regard de son Amour,                  

      Pour ennoblir et éclairer la vie !                            

      Une vision momentanée du Bien-Aimé est assez !

 

                                                                  (Bhai Nand Lal)

 

 

          Après un bref instant, le Maître  ouvrit les yeux et  sourit regardant vers Nand Lal. En ouvrant simplement  les yeux  il permit à Nand Lal de voir le Divin. Un seul regard plein de Grâce du Gourou  ouvrit les yeux spirituels de Nand Lal. Il se prosterna devant lui en disant, "Seigneur, mes doutes se sont évaporés. J’ai connu la Vérité. Les portes de mon coeur sont ouvertes et  j’ai atteint la paix."

 

          Nand Lal  donc continua à vivre à Anandpur  pour le service et dans l’amour du Maître. Un jour Gourou lui ordonna" Vous avez quitté la maison et vous avez renoncé au monde; une telle renonciation n'est pas acceptable pour moi. Retournez et vivez dans le monde, travaillez pour vivre et servez l'humanité; mais restez éloigné de la  Mâyâ (matérialisme) et gardez Dieu vivant dans votre esprit". Nand Lal lui  demanda :  « Où est-ce que je devrais aller, Oh Seigneur ? » Gourou  répondit :" Dans n'importe quelle direction où vos pieds vous porteront." Bhai Nand Lal  inclina la tête. Il  quitta Anandpur et après quelques temps il  atteignit Agra, la ville du Taj Mahal où le Prince Bahadur Shah tenait sa cour. Il y avait quelques poètes, savants et artistes patronnés par le prince. Nand Lal  fut bientôt  reconnu à Agra comme un grand savant ce qui lui permit d’obtenir un haut poste et des rémunérations de la part du prince. On  dit que l'Empereur Aurangzeb  dû envoyer une lettre au Roi de Perse et la version de cette lettre écrite par Nand Lal fut jugée comme la plus convenable. Sur ce fait, Aurangzeb  appela Nand Lal, et après une rencontre l’Empereur fit remarquer à ses courtisans que c’était fort dommage qu’un tel  savant soit encore Hindou. Aurangzeb  demanda au prince Bahadur Shah de convertir Nand Lal à l’Islam par persuasion si possible ou par la force si nécessaire. Bhai Nan Lal  prit connaissance des ces nouvelles et avec l'aide de Ghiasuddin, un admirateur et disciple musulman, il s'échappa d'Agra de nuit, et  fuit vers Anandpur, le seul endroit où il pourrait trouver asile sans danger.

 

          Profitant d’une vie heureuse aux pieds du Maître à Anandpur, Bhai Nand Lal  bientôt adopta le quotidien d'un disciple dévoué. Il  présenta au Gourou un travail en perse  appelé Bandagi Nama en l’honneur de Dieu, et dont le titre fut changé par Gourou en Zindagi Nama, ou Donneur de la Vie Éternelle. Les extraits suivants sont tirés de ce travail:

 

     "Les deux mondes, la Terre et l’au-delà,

      sont remplis de la lumière de Dieu;

      Le soleil et la lune sont des simples serveurs

      qui tiennent tout simplement les Torches de Dieu.

                                  ..................

 

      Ceux qui cherchent Dieu sont toujours si civils.

          

                                          (Bhai Nand Lal- Traduit)

 

 

      Voici une remarque très importante : certaines personnes disent que Bhal Nand  Lal et Bhai Ghanaya ne prirent pas l’Amrit des cinq Bien-Aimés et en conclurent qu’il n´étáit pas nécessaire de prendre l’Amrit ou de devenir Amritdhari (baptisé sikh). Ces personnes se trompent. Prendre l’Amrit des cinq Bien-Aimés est l’unique forme de Baptême ( Gourou dharan karna) dans le sikhisme. Sans cela on ne peut pas devenir Gourouwala (celui qui appartient au Gourou). Une fois baptisé il n’est pas nécessaire de renouveler le baptême à moins de commettre Kurehat, un péché. Pour être un sikh du Gourou il faut être baptisé. Après les Gourous, l’Amrit de cinq Bien-Aimés est la seule forme de Baptême dans la religion sikh. C’est eux seuls qui peuvent donner « Naam », qui est la seule méditation pouvant conduire au Salut. Sans Naam on ne peut être sauvé et on ne peut obtenir Naam sans la grâce du Gourou.

       Sans le baptême on ne peut pas trouver le chemin  du guide spirituel pour arriver à trouver la richesse du ciel

      Sans le baptême on ne peut monter les degrés de l’échelle spirituelle pour atteindre l’ultime état de connaissance.

 

 

 BHAI  JOGA SINGH

 

          Dès sa jeunesse Joga Singh  vécu au Darbar du Gourou et fut un grand dévot. Un jour l’œil du Gourou s’arrêta sur lui et il demanda son nom. Il  répondit," Ô vrai roi ! Mon nom est Joga Singh". Gourou  demanda :" Le Joga de qui êtes-vous"? (Joga  signifie : au service de ce qui le mérite ou tout simplement à votre service) Je suis le Joga du Gourou, je suis au service du Gourou"  répondit Joga Singh. Sur cela, Gourou  promit : " Si vous êtes le Joga du Gourou, alors Gourou est tere Joga ( alors leGourou est pour vous)."

 

          Quelque temps après, Joga Singh  rentra à sa maison de Peshawar pour réaliser son propre mariage. Pendant que la cérémonie du mariage était célébrée, un homme  arriva avec un message urgent du Gourou pour Joga. Ce message lui demandait de retourner à Anandpur sans délai. Joga Singh  lit l'ordre et au même instant  partit pour Anandpur, sans achever la cérémonie du mariage. Il obéissait toujours à l'ordre du Gourou.

 

          Joga Singh  continua son voyage à Anandpur  promptement. Après avoir traversé Lahore et Amritsar, il  atteignit un refuge à Hoshiarpur. En chemin, il fut pris par l’égoïsme et il  pensa," Qui aurait pu agir comme moi? Certainement très peu de sikhs exécuteraient l'ordre du Gourou comme moi". Ce sentiment d’arrogance causa sa  chute. Le soir, il fut envahi par une vile passion et il se dirigea vers la maison d'une prostituée.  Joga Singh portait les habits du Gourou - un turban et une barbe. Il se dit :

" Si quelqu'un me voit entrer dans la maison d'une prostituée, cela apportera la disgrâce sur le  Gourou. Je porte ses habits, donc personne ne doit me voir  entrer."

 

          Lorsqu'il fut près de la maison de la prostituée, un gardien  parut en disant à voix haute," Soyez vigilants camarades» Joga Singh ne put  entrer dans la maison et il  continua à marcher vers la rue suivante. Regardant autour de lui et pensant que le gardien était déjà parti, il se  dirigea à nouveau vers la maison de la prostituée. À son étonnement, le gardien   réapparut et  cria," Soyez vigilants camarades» Joga Singh ne pouvait pas se permettre d’être vu  entrant dans la maison de la prostituée. Il savait que cela déshonorerait le nom du Gourou. Après avoir essayé plusieurs fois sans succès,  il  renonça à son acte imprudent.

 

          Le lendemain matin, il  reprit son voyage et il  atteint Anandpur. Tête baissée, Joga Singh se présenta devant Gourou sans mot dire. Gourou  demanda des nouvelles de sa famille mais Joga Singh  resta muet. Le Maître  s’adressa alors à lui »: Joga Singh, Vous souvenez-vous quand vous avez dit que vous étiez le Joga du Gourou, et  qu’alors Gourou vous a promis d’être tere joga ?". Gourou lui   expliqua : "Dans le costume d'un gardien je vous ai protégé dans les rues d’Hoshiarpur hier soir, contre des actions condamnables et ainsi je vous ai sauvé de la disgrâce". Joga Singh  tomba aux  pieds du Gourou et lui  demanda le pardon.

 

     Tels sont les chemins du Maître. Une fois que nous mettons notre foi entière en lui, il ne nous abandonne pas. Gourou le confirme ainsi:

 

     "Pour que la Khalsa

      reste distincte et intacte,

      Je bénirai les membres

      dans tout sens;

      Quand ils ou elles s’éloignent

      de la trajectoire prescrite,

      Je les déteste pour toujours."

                             

                  (Gourou Gobind Singh)

 

 

LES EVENEMENTS DE LA PÉRIODE POST-KHALSA

 

          Les Rajas montagnards, y comprit le Raja de Kahlur  vinrent visiter Gourou et discuter, pesant le pour et contre du Khalsa.  Il les encouragea à épouser la religion du Khalsa pour élever la condition déclinante de leur pays. Les Rajas montagnards  partirent sans accepter la proposition du Gourou d’embrasser le credo du Khalsa.

 

          Immédiatement  les Rajas montagnards s’inquiétèrent de la création du Khalsa et  considérèrent les activités du Gourou comme une forte menace à leur propre religion et leur pouvoir. Gourou demanda aux Sikhs, où qu'ils résidassent,  de venir à Anandpur pour prendre le baptême, et devenir ainsi membre du Khalsa. Ils commencèrent  à venir en grand nombre pour vénérer Gourou et être baptisés. Ce nombre croissant de Sikhs baptisés,  armés de leur esprit d'égalité, semblant être toujours prêt à combattre alarmèrent les Rajas montagnards qui les considérèrent comme un défi  à leur ordre féodal et à leur chemin de vie orthodoxe.

 

         Un jour, Gourou partit chasser dans la région de Dun  quand Balia Chand et Alim Chand, deux chefs montagnards,  lancèrent une attaque surprise contre sa troupe. Il n’y avait que quelques sikhs avec Gourou. Les deux camps  luttèrent désespérément. Alim Chand  donna un coup d’épée à Alim Singh qui le reçut sur son bouclier et contre-attaquant il coupa le bras droit d'Alim Chand. Celui-ci  réussit à s'échapper en laissant le commandement des troupes à Balia Chand. Cependant, Balia Chand  fut bientôt tué par Ude Singh. Les troupes montagnardes,  trouvant l’un de leurs chefs mort et l'autre enfui,  abandonnèrent le champ de bataille, laissant la victoire à la troupe du Gourou avançer.

 

LA PREMIÈRE BATAILLE D’ANANDPUR

 

          Après cette défaite, les Rajas montagnards  considérèrent comme très dangereux de permettre aux sikhs d'augmenter en nombre et en pouvoir.  Par conséquent, ils  décidèrent de se plaindre collectivement au gouvernement de Delhi contre les Sikhs. Aurangzeb était encore occupé avec ses campagnes au sud. Le vice-roi de Delhi  envoya le Général  Din Beg et le Général Painde Khan, chacun accompagné de cinq mille hommes, résister aux avancés du Gourou. Quand les forces impériales  atteignirent Rupar, les Rajas montagnards s’unirent à eux.

 

          Gourou  nomma les Cinq Bien-aimés comme généraux de son armée. Le chroniqueur Sikh raconte que, quand le conflit  commença à Anandpur, les Turcs furent brûlés par le feu continu et mortel des sikhs. En voyant la résistance déterminée des Sikhs, le Général Painde Khan  cria à ses hommes de lutter à  mort contre les incroyants. Il s’avança pour un combat singulier avec Gourou,  l'invitant à donner le premier coup. Gourou  refusa le rôle de l’agresseur car il avait juré de ne jamais frapper quelqu’un sauf en autodéfense. À ce moment là, Painde Khan  déchargea une flèche qui  passa à toute vitesse très près de l'oreille du Gourou. Il  lança une autre flèche qui   manqua aussi la cible. La totalité du corps de Painde Khan, à l’exception de ses oreilles, était protégé par l’armure. Gourou tira une flèche directement à son oreille avec une telle adresse que son adversaire  tomba de son cheval et ne se releva jamais. Cependant, cela  ne mit pas fin à la bataille. Din Beg  assuma seul le  commandement des troupes. Rendus fous par  la mort de Painde Khan, les ennemis Turcs  luttèrent désespérément mais ils n’ébranlèrent pas la solide position  des Sikhs. De leur côté, les Sikhs  causaient de  grandes pertes à l'ennemi. Les chefs montagnards  quittèrent le champ de bataille. 

     Pendant ce temps, le Général Din Beg fut blessé et il  battit en retraite et il  fut poursuivi par les Sikhs jusqu’à Rupar, prés du village de Khidrabad, près de Chandigarh où il existe un Gurdwara à la mémoire de cet événement. Cette bataille eut lieu au début de l’année 1701.

 

 

LA SECONDE BATAILLE D’ANANDPUR

 

         Les Rajas de Jammu, Nurpur, Mandi, Bhutan, Kullu, Kionthal, Guler, Chamba, Srinagar, Dadhwal, Handur et d’autres états, s’assemblèrent à Bilaspur pour discuter de la  nouvelle situation. Le Raja Ajmer Chand de Kahlur, fils du défunt Raja Bhim Chand,  les avertit que si les Rajas montagnards ignoraient le pouvoir croissant du Gourou, celui-ci les dépouillerait, tôt ou tard, de leurs territoires. D’autre part, s’ils continuaient à chercher l'assistance de Delhi, les Rajas pourraient être soumis par l'Empire Moghol à jamais. Par conséquent, il fut décidé qu’ils devaient se défendre tout seuls. Si tous les Rajas montagnards constituaient un contingent raisonnable, ils pourraient rassembler une grande armée qui serait suffisante pour éliminer Gourou et ses Sikhs. En conséquence, ils imaginèrent une mesure simple et efficace pour assiéger Anandpur, la capitale du Gourou,  et affamer ses occupants afin de les soumettre.

 

          Comme convenu, les rajas  réunirent leurs contingents et  marchèrent vers Anandpur. En arrivant près de la ville, ils  envoyèrent une lettre au Gourou déclarant," Le territoire d'Anandpur est á nous. Nous avons autorisé votre père à l’habiter et il n'en a jamais payé le loyer. Maintenant, vous avez créé une nouvelle religion qui s'oppose à notre système religieux. Nous avons tout toléré jusqu'à présent mais nous ne pouvons plus continuer ainsi. Vous devez payer les loyers pour l'occupation  de notre terre dans le passé et en promettre le paiement régulier dans le futur. Si vous n’acceptez pas notre offre, alors préparez votre départ d'Anandpur ou soyez prêt à assumer  les conséquences". Gourou  répondit," Mon père a acheté cette terre et il l'a payé. Si vous me chassez d'Anandpur, vous aurez la ville mais sous le tir des balles. Demandez ma protection, et vous serez heureux dans les deux mondes. Cherchez aussi la protection du Khalsa et abandonnez votre fierté. Maintenant c’est le moment de parvenir à un accord. J'agirai comme médiateur entre vous et le Khalsa. Vous pourrez ainsi gouverner vos propres terres sans rien craindre".

 

        Pour les Rajas, il était clair que Gourou ne voulait pas se rendre. Le lendemain matin, ils  battirent le tambour de guerre. Comme prévu, un grand nombre de Ranghars et Gujars sous le commandement de Jagatullah s’unirent aux  Rajas montagnards.

 

          Cinq cents hommes de la région de Majha  arrivèrent sous l'ordre de Duni Chand pour se joindre aux forces du Gourou, et d’autres renforts  arrivèrent aussi. Il y  avait deux forts principaux, Lohgarh et Fatehgarh5. Gourou  ordonna à  ses forces de ne pas avancer au-delà de la ville et de rester aussi loin que possible sur la défensive. Sher Singh et Nahar Singh furent nommés chefs pour garder Lohgarh et Fatehgarh fut confié à Ude Singh. Sahibzada Ajit Singh, le fils aîné du Gourou,  demanda l'autorisation à son père de prêter main forte à Ude Singh.

 

          Les Rajas montagnards  ouvrirent le feu avec de grands pistolets sur la forteresse du Gourou. Plusieurs Sikhs courageux  soutinrent une défense déterminée contre l'ennemi et les  forcèrent à se retirer. Les chefs alliés  tinrent alors un bref conseil de guerre dans lequel on  décida d’envoyer le Raja Kesari Chand, hautain chef de Jaswal, attaquer les troupes du Gourou sur le flanc droit et Jagatullah sur le flanc gauche, pendant que Ajmer Chand  et ses troupes feraient une attaque frontale contre Anandpur. Jagatullah  reçut un coup mortel de Sahib Singh et les Sikhs ne se  retirèrent pas pour permettre à l'ennemi d'emmener son corps. Le Raja Ghumand Chand de Kangra  exhorta ses troupes mais il  ne provoqua pas la retraite des Sikhs. Les chefs montagnards étaient dans une grande consternation face au résultat de la bataille et ils tinrent  un conseil de guerre pendant la nuit. Le Raja Ajmer Chand  recommanda au conseil de faire la paix avec Gourou, considérant que Gourou occupait le trône spirituel de Gourou Nânak, il n’y aurait aucune indignité à se prosterner devant lui en le suppliant. Beaucoup de Rajas acceptèrent la proposition mais Kesari Chand de Jaswal  s'opposa à la réconciliation et  promit de lutter le lendemain avec plus de détermination pour expulser Gourou d'Anandpur. 

           

          Le lendemain matin, les forces alliées se  renforcèrent en concentrant leur attaque à un endroit particulier de la ville mais les Sikhs présentèrent encore une résistance énergique. Les forces alliées  attaquèrent plusieurs fois mais  ne purent  vaincre les courageux Sikhs et ainsi les chefs montagnards  décidèrent d’assiéger la ville ce qui  dura quelques semaines. Comme le blocus se maintenait avec succès, le Raja Kesari Chand administra de la drogue à un éléphant et  le dirigea vers la ville. Le corps tout entier de l'éléphant était couvert d’acier. Une  lance sortait de son front. L'éléphant ivre fut dirigé vers la barrière du fort de Lohgarh et l'armée alliée le suivait. Gourou  bénit le Sikh Vichitar Singh et l’envoya combatte l'éléphant. Vichitar Singh6  prit une lance pour faire face à l’animal furieux. Il  éleva sa lance et la lança à la tête de l’animal traversant son armure. Après cela, l'animal tomba sur les soldats montagnards et plusieurs d'entre eux furent  écrasés. Pendant ce temps, Ude Singh  s’avança vers le Raja Kesari Chand, le défia et  coupa sa tête d’un seul coup. Mohkam Singh, un des Cinq Bien-aimés, coupa la trompe de l'éléphant furieux d’un coup de son épée. Ce qui restait de l'armée des montagnards s’enfuit. Dans la retraite le Raja de Handur fut gravement blessé par Sahib Singh.

 

          Le lendemain, Ghumand Chand de Kangra  dirigea les efforts de ses troupes contre la ville. Le cheval de Ghumand Chand  tomba tué par une balle du mousquet d'Alim Singh. La bataille  dura jusqu'au soir, alors que Ghumand Chand marchait vers sa tente, il fut blessé mortellement par une balle perdue. Tous les chefs montagnards se sentirent découragés et démoralisés. Le Raja Ajmer Chand fut le dernier qui  quitta Anandpur et il  partit vers sa maison dans l’obscurité de la nuit. Cette bataille eut lieu en 1701.

 

 

LA BATAILLE DE NIRMOH

 

          Malgré la défaite des forces montagnardes alliées, Ajmer Chand  était déterminé à évincer Gourou d’Anandpur. Il  envoya un émissaire au vice-roi de l'Empereur dans le Sirhind et un autre émissaire au vice-roi de Delhi pour se plaindre des Sikhs et pour chercher leur appui en faveur des chefs montagnards, afin de détruire le pouvoir du Gourou et l'expulser d’Anandpur. En conséquence, les forces impériales furent envoyées pour assister les chefs montagnards.

 

          En même temps, les chefs montagnards afin de d’éviter une future défaite,  proposèrent au Gourou, par la voix de Pamma Brahman, qu'ils pourraient être des bons amis s’il acceptait de quitter Anandpur pendant quelques temps et y revenir plus tard. Gourou accepta la proposition et  partit pour Nirmoh, un village situé à une mille de Kiratpur. Après avoir atteint Nirmoh, le Raja Ajmer Chand et le Raja de Kangra  pensèrent que puisque Gourou se trouvait à ce moment-là en plein air et sans aucune protection, il serait avantageux de lancer une attaque surprise. Ils  attaquèrent donc l'armée du Gourou sans même attendre l'arrivée de l'armée impériale. Une bataille violente s'ensuivit dont les Sikhs  sortirent finalement victorieux. Un après-midi, alors que Gourou était assis dehors, les chefs montagnards  engagèrent un artilleur musulman  pour tuer Gourou contre une généreuse rémunération. L'artilleur  tira une balle du canon qui  manqua Gourou mais qui tua un sikh qui l'éventait. Gourou  prit son arc et d’un coup de flèche  tua l'artilleur et avec une autre flèche tua son frère qui l’avait aidé dans l’agression. En voyant cela, les montagnards abandonnèrent la lutte. Les deux Musulmans furent enterrés sur le site appelé Siyah Tibbi ou la colline noire et un Gurdwara fut élevé par les Sikhs pour commémorer la victoire du Gourou.

 

          L'armée de Wazir Khan, vice-roi de Sirhind,  arriva comme prévu. Gourou se trouvait maintenant dans une situation très dangereuse, entre d’un côté les Rajas montagnards, et de l’autre l'armée impériale. Néanmoins, Gourou Gobind Singh décida de se  défendre contre tout, quel qu’en soit le moyen, et les Sikhs étaient  fidèlement et vaillamment à ses côtés. Wazir Khan  donna l’ordre à ses troupes de capturer Gourou. Gourou fut protégé avec succès par son fils Ajit Singh et d’autres guerriers courageux. Ils  arrêtèrent l'avance des forces impériales et les  réduirent ligne par ligne. Le carnage  continua jusqu'au soir. Le lendemain l’armée impériale et les chefs montagnards lancèrent un assaut furieux quand ils  apprirent que Gourou avait décidé de se retirer à Basoli où le Raja l’avait fréquemment invité. La furieuse bataille qui  prit la vie du courageux Sahib Singh,  continua jusqu'à ce que l'armée du Gourou  atteignit la rivière Satluj. Wazir Khan  admit qu'il n'avait jamais été témoin d’un combat si acharné. Gourou et ses troupes  traversèrent la rivière et ils atteignirent Basoli. Les chefs montagnards étaient transportés de joie et offrirent quelques éléphants à Wazir Khan, puis ils  partirent chez eux. Wazir Khan  rentra à Sirhind. Cette bataille eut lieu à la fin de 1701.

 

          Daya Singh et Ude Singh  demandèrent au Gourou de revenir à Anandpur. Après être resté quelques jours à Basoli, il  rentra à Anandpur où les habitants de la ville furent très heureux de le voir à nouveau parmi eux. En apprenant que Gourou était à nouveau fermement établi à Anandpur, le Raja Ajmer Chand  prit la décision la plus sage, en  optant pour la paix. Gourou  dit à Ajmer Chand qu'il avait la volonté de parvenir à un accord avec lui, mais qu’il le punirait s’il était encore coupable de trahison. Ajmer Chand était heureux de faire la paix avec Gourou et  envoya son prêtre personnel avec quelques présents pour honorer son nouvel allié. Les autres Rajas montagnards  suivirent aussi l'exemple d'Ajmer Chand et ils  établirent des bonnes relations avec Gourou.

 

          Après cet accord, Gourou  alla à Malwa pour continuer sa mission religieuse. En janvier 1703, il  alla à une foire célébrée à Kurukshetra à l'occasion d'une éclipse solaire pour y acheter des chevaux et remplacer ainsi ceux qui avaient été tués ou volés durant la bataille antérieure. La tradition de vente et d’échange des chevaux et d’autres animaux dans les foires religieuses, était fréquente au temps du Gourou.

 

          Deux généraux musulmans, Saiyad Beg et Alif Khan, étaient sur le chemin de Lahore à Delhi. Le Raja Ajmer Chand,  qui voyageait aussi vers Kurukshetra avec les autres chefs montagnards,   pensa s’assurer l'assistance des généraux. Il leur  promit une importante rémunération  s’ils attaquaient Gourou. Cependant,  en entendant parler favorablement du Gourou, Saiyad Beg  changea d’avis,  retira son armée, et quand la bataille survint à Chamkaur entre Gourou et les troupes d’Alif Khan, Saiyad Beg rejoignit les forces du Gourou. En conséquence,  Alif Khan se retira du combat car il  pensa qu'il n'avait aucune chance  d’obtenir la victoire. Gourou  revint à Anandpur. Saiyad Beg  lia son destin à celui du Gourou et  l’accompagna jusqu’à Anandpur. Il  resta avec lui comme un puissant allié digne de confiance.

 

          Après deux années de paix, les vieilles hostilités  réapparurent. Les raisons provenaient du prestige croissant du Gourou et des affrontements  entre les Rajas montagnards et les Sikhs.

 

 

LA TROISIÈME BATAILLE D'ANANDPUR

 

          En ce temps-là, il y avait seulement 800 Sikhs dans l'armée du Gourou à Anandpur. Le Raja Ajmer Chand  appela ses alliés, les Rajas de Handur, Chamba et Fatehpur avec le projet de punir Gourou. Tous s’exprimèrent en faveur de mesures immédiates et  attaquèrent les forces du Gourou à Anandpur. Dans les batailles antérieures d’Anandpur, les Sikhs se mettaient à l’abri principalement derrière leurs créneaux mais cette fois ils  rencontrèrent l'ennemi dans les champs, en plein air, à l'extérieur d’Anandpur. Les Sikhs  luttèrent avec leur courage habituel et avec détermination. Les chefs montagnards n’obtinrent aucun succès et se  retirèrent de la bataille dans le désespoir. Cette bataille eut lieu en 1703.

 

 

LA QUATRIÈME BATAILLE D'ANANDPUR  

 

          À cause des demandes répétées des chefs montagnards, l'Empereur  envoya une grande armée, sous l'ordre du Général Saiyad Khan, pour subjuguer Gourou. Saiyad Khan était un beau-frère du Pir Budhu Shah de Sadhaura qui avait lutté aux côtés du Gourou dans la bataille de Bhangani. Sur son chemin vers Anandpur, Saiyad Khan  rencontra le Pir Budhu Shah et  entendit parler favorablement du Gourou, ce qui lui donna envie de le voir.

 

          C’était la fin du mois de mars 1704 et c’était la période de la récolte, aussi la majorité des Sikhs du Gourou se trouvait chez eux. Il y avait seulement cinq cents guerriers courageux  à Anandpur à ce moment-là. Gourou mit en place une défense efficace avec les forces présentes. Maimun Khan, un fidèle musulman qui s’était uni au Gourou,  demanda  l’autorisation de montrer sa bravoure. Le courageux et fidèle Saiyad Beg   vint aussi offrir ses services. Les deux musulmans  luttèrent comme de vrais tigres dans la bataille,  suivis par les Sikhs.

 

          Les Sikhs  avancèrent hardiment contre l'ennemi. Saiyad Beg  se battit en combat singulier contre le Raja Hari Chand. Après qu'ils aient manqué leurs coups l'un à tour de rôle, Saiyad Beg  finalement frappa d’un seul coup la tête du chef montagnard. En voyant cela, Din Beg de l'armée impériale se précipita contre Saiyad Beg et le blessa mortellement.  Maimun Khan, à cheval chargea dans toutes les directions et  répandit une grande confusion parmi les troupes impériales. Gourou savait ce qui se passait dans l'esprit de Saiyad Khan, et il  s’avança directement pour le défier. Réalisant son  souhait de voir Gourou en personne, Saiyad Khan  descendit de son cheval  et   tomba à ses pieds. Gourou lui  conféra le vrai Nom. Après la défection de Saiyad Khan, Ramzan Khan  prit le commandement des troupes impériales et  lutta avec grande bravoure contre les Sikhs. Gourou  tira une flèche qui  tua le cheval de Ramzan Khan. Les Sikhs se  regroupèrent et  présentèrent un front uni contre l'ennemi mais ils étaient si peu  nombreux qu’ils furent débordés par les troupes impériales. Quand Gourou s’aperçut qu’il n'y avait aucune chance de récupérer sa position, il  décida d’abandonner Anandpur. L'armée musulmane  pilla la ville. Après avoir obtenu leur butin ils  rentrèrent à Sirhind. Une nuit, alors que l'armée impériale se reposait, les Sikhs  lancèrent une attaque surprise qui  créa une grande confusion dans le camp de l'ennemi. Les Turcs qui s’opposèrent aux Sikhs,  trouvèrent la mort et seulement ceux qui s’enfuirent,  échappèrent à la vengeance de l’armée du Gourou. Les Sikhs les  privèrent de tout le butin volé à Anandpur. Après cela, Gourou  revint et  prit possession d'Anandpur.

 

 

LA CINQUIÈME BATAILLE D'ANANDPUR

 

         L'Empereur  demanda à ses troupes de justifier leur lâcheté. En réponse, ils le supplièrent de comprendre que les Sikhs avaient pris un injuste avantage par rapport à leur position sur le champ de  bataille. À un moment, l'Empereur  demanda quelle sorte de personne était Gourou et quel genre de pouvoirs il possédait. Un soldat musulman  raconta quelques histoires á propos de la beauté, de la sainteté et des prouesses du Gourou. Il  décrivit Gourou Gobind Singh comme un beau jeune homme, un saint vivant, le père de son peuple et dans la guerre l’équivalant  à cent vingt-cinq mille hommes. En entendant cet éloge du Gourou, l’Empereur  devint furieux et ordonna que Gourou soit amené en sa présence. Dans l'intervalle, le Raja Ajmer Chand  fit une  demande à l’Empereur pour qu’il apporta un appui militaire et en vue de  soumettre Gourou. En conséquence, les vice-rois de Sirhind, Lahore et du Cachemire reçurent l’ordre de marcher contre Gourou.

 

          Quelques fidèles Sikhs informèrent Gourou des préparatifs de guerre qui avaient lieu en réponse à la demande du Raja Ajmer Chand à l'Empereur. Gourou  réalisa quelques arrangements et  convoqua ses partisans. De Majha, Malwa et Doaba et d’autres lieux, les Sikhs  affluèrent en grand nombre à Anandpur. Ils étaient contents de l’imminente bataille, et se félicitaient entre eux de l’occasion qui leur était fournie de mourir pour leur Gourou et leur foi. Gourou   affirma que la mort sur le champ de bataille au nom de la religion était équivalente à la fructueuse dévotion de beaucoup d’années, et leur  assurait l'honneur et la gloire dans l’au-delà.

 

          Le point remarquable de cet épisode est que bien qu’ayant gagné  bataille après bataille, Gourou ne prit jamais  un pouce de territoire, il  n’entretint jamais  l’inimitié, et n'attaqua jamais personne comme agresseur. À travers la création du Khalsa, il  établit l'égalité et la  fraternité de l'espèce humaine. Les membres les plus bas de la société qui étaient ridiculisés par la soit disant haute caste des Brahmans et des Khatris, étaient devenus de courageux saints-soldats après avoir été baptisés par Gourou et avoir rejoint la fraternité du Khalsa. Les Brahmans et les chefs montagnards  considéraient ce développement comme une menace à leur propre existence. Ils menaient, par conséquent, une guerre constante contre Gourou et ses Sikhs.

 

          Les chefs montagnards qui s’unirent contre Gourou étaient le Raja Ajmer Chand de Kahlur, les Rajas de Kangra, Kullu, Kionthal, Mandi, Jammu, Nurpur, Chamba, Guler, Garhwal, Bijharwal, Darauli, et Dadhwal. Ils furent  rejoints aussi par les Gujars et le Ranghars de la région. Ils  formèrent une force formidable. L'armée impériale des vice-rois de Sirhind, Lahore et du Cachemire  arriva en grand nombre. Le chroniqueur remarque judicieusement que le Khalsa doit être félicité car malgré leur nombre réduit et avec les bénédictions de leur Gourou, les soldats avaient confiance en eux luttant pour leur religion et ils étaient impatients de se battre. On raconte qu'il y avait dix mille Sikhs à Anandpur pendant que l'armée opposante était quinze à vingt fois plus nombreuse que les Sikhs.

 

          Les forces alliées  tombèrent sur Anandpur comme des criquets. Voyant ceci, Gourou  ordonna aux hommes de l'artillerie de décharger leurs canons contre l’hostile armée et de les diriger directement vers la partie la plus concentrée. L'ennemi chargea afin de saisir l'artillerie, mais  fut rapidement empêché par la fatale précision avec laquelle les Sikhs usaient de leurs canons. Ceux-ci étaient supportés par l'infanterie. La ville d'Anandpur était située sur une zone élevée et les forces alliées attaquaient à champ ouvert, et n’avaient pas de protection, par conséquent, les soldats tombaient en grand nombre. Une bataille violente dura pendant quelques jours. On avait promis aux  artilleurs musulmans une grande récompense s’ils tuaient Gourou, mais leurs efforts furent vains car le feu des canons était ou trop haut ou trop bas et ils ne réussirent jamais  à toucher Gourou. L'armée alliée trouvant ses armes inutiles, elle opta pour le combat au corps à corps Voyant cela, Gourou commença à lancer ses flèches avec un résultat merveilleux. L’affreux carnage continuait, les chevaux tombaient sur d’autres chevaux, les hommes sur les hommes. Les forces alliées firent un grand effort  pour conquérir, mais celui-ci fut si vigoureusement repoussé qu'ils furent obligés de suspendre les hostilités.

 

          Les musulmans et les chefs montagnards avaient des opinions différentes quant à  la cause du succès des Sikhs. Quelques-uns pensaient que Gourou avait des pouvoirs suprêmes miraculeux et que les forces surnaturelles luttaient à son côté. D’autres maintenaient que le succès du Gourou était dû au fait que ses hommes étaient protégés derrière leurs murailles. Alors que cette discussion se déroulait, les vice-rois musulmans décidèrent d’attaquer la forteresse dans laquelle le  Gourou se protégeait.  Voyant cela les Sikhs  mirent leurs deux canons appelés Baghan et Bijai-ghosh à leur place. Beaucoup de tentes furent détruites et un grand chaos fut causé. Devant ceci, les vice-rois musulmans se  retirèrent et les armées montagnardes s’enfuirent. Ce soir là, Gourou offrit l'action de grâce, et  battit le tambour de la victoire.

 

          Une fois l’assaut direct manqué, l'armée alliée  organisa un siège de la ville d'Anandpur, de telle sorte que toutes les entrées et sorties des marchandises et des  personnes furent fermées. Ils  assiégèrent complètement la ville et les vivres du Gourou commençaient à manquer. La distribution de la nourriture  devint extrêmement contrôlée et les Sikhs furent obligés d’entreprendre des expéditions dangereuses. La nuit, ils volaient des vivres aux assiégeants. Après quelque temps, les alliés  rassemblèrent leurs réserves de vivres, les gardant jour et nuit.

 

          Quand l'ennemi   apprit la situation désespérée  des Sikhs, ils  organisèrent une stratégie différente pour conduire Gourou à quitter Anandpur. Le Raja Ajmer Chand  envoya son émissaire lui dire que s'il quittait Anandpur, leurs armées se retireraient et qu‘il pourrait revenir plus tard quand il le voudrait. Gourou ne fit aucune attention à cette proposition. L'offre fut répétée plusieurs fois, mais Gourou ne l’accepta  pas. Après avoir souffert des épreuves terribles, les Sikhs  implorèrent Gourou d’évacuer le fort, mais Gourou leur  conseilla d’être patients encore quelque temps. Les Sikhs qui  entendirent parler de la proposition de l'ennemi,  allèrent chercher la mère du Gourou pour utiliser son influence sur lui. Elle  l’implora en vain. Gourou Gobind Singh lui  dit que la proposition de l'ennemi était un piège, qu’ils mentaient, car ils s’étaient organisés pour  faire sortir les Sikhs de leur refuge  et les attaquer. Quelques masands et quelques Sikhs qui étaient influencés par les chefs montagnards,  insistaient pour que la proposition de l'ennemi soit acceptée et  la ville abandonnée. Quelques Sikhs devinrent impatients et découragés. Gourou  leur  demanda de réaffirmer leur fidélité. Cependant, quarante d'entre eux  signèrent une dénégation disant qu'il n'était pas leur Gourou et qu’ils n’étaient pas ses Sikhs. Une foi la dénégation signée, Gourou leur  permit de s’en aller. Gourou  présenta alors un plan pour dévoiler l'hypocrisie de l'ennemi.

 

         Gourou rappela l’émissaire du Raja Ajmer Chand et lui  dit qu’il évacuerait Anandpur si les armées alliées permettaient, en premier lieu, le déménagement de son trésor et de ses effets personnels. Les Hindous  jurèrent sur leur idole Salgram et les Musulmans sur le sacré Coran qu’ils ne tromperaient   ni ne dérangeraient  ses domestiques qui partiraient avec ses biens. Gourou ordonna immédiatement  de faire sortir plusieurs charrettes d’articles inutiles et sans valeur. Aux cornes des bœufs des torches furent attachées et une fois la nuit tombée, la caravane des bœufs avec leurs charges, accompagnés de quelques Sikhs,  commença à quitter le refuge. Quand la caravane   atteignit  les lignes ennemies, ils oublièrent toutes leurs promesses et se  précipitèrent vers la petite troupe des Sikhs pour piller le trésor. Leur déception fut énorme quand ils  trouvèrent que le trésor n’était composé que d’articles inutiles. De cette manière, Gourou  dévoila la trahison de l'ennemi et  expliqua à ses Sikhs que tout ce qu'ils avaient enduré avait été  la Volonté de Dieu, et il  cita Gourou Nânak :   "Le bonheur est une maladie dont le remède est le malheur."

 

         Une lettre signée par l’Empereur finalement arriva aux mains du Gourou : " J’ai juré sur le Coran de ne pas vous faire de mal. Si jamais je le fais, je ne trouverai pas  place dans la cour de Dieu ! Cessez la guerre et venez à moi. Si vous ne souhaitez pas venir ici, alors allez où vous le désirez ". L'émissaire de l’Empereur  ajouta que l'Empereur avait promis  ne pas faire du mal au Gourou. Les Rajas montagnards jurèrent aussi,  sur une vache sacrée et en appelant leurs idoles comme témoin,  qu'ils autoriseraient au Gourou le libre passage. Gourou  répondit à l'ennemi," Vous êtes  tous des menteurs,  par conséquent, tout votre empire et votre gloire se dissiperont. Vous tous avaient, auparavant, fait des serments pour ensuite vous parjurer."

 

          Les Sikhs  allèrent encore chez  la mère du Gourou pour se plaindre que Gourou Gobind Singh continuait à refuser d’écouter la voix de la raison. De son côté, Gourou pensait que leurs  suppliques n'étaient pas raisonnables et qu’il n'était pas approprié d'accepter les offres de l'ennemi et de  laisser le fort. Les Sikhs  qui souffraient de la faim soutenaient l’offre de l'émissaire. Gourou les consola," Mes frères, ne vacilez pas, je ne désire que votre bien-être. Vous ne savez pas que ces gens-là sont des trompeurs et veulent nous faire du mal. Si vous supportez un peu plus, vous aurez de la nourriture à volonté". Comme les Sikhs refusaient  d’attendre, il leur demanda seulement quelques jours de plus pour que le Dieu Tout Puissant les assiste7. Les Sikhs, cependant, refusèrent  d’attendre un jour de plus. Gourou répéta sa demande en disant que l'ennemi se retirerait et qu’ils pourraient être heureux. Il  prévint aussi les Sikhs, " Oh chèr Khalsa ! Vous  courrez à votre destruction, pendant que je m'efforce de vous sauver."

 

          Les Sikhs étaient si affamés qu'ils  refusèrent de rester un jour de plus. La mère du Gourou était aussi favorable à l’évacuation du fort. Les armées alliées  envoyèrent un Saiyid et un Brahman, qui devaient faire, au nom des armées alliées, des vœux solennels quant à la sécurité du Gourou s’il évacuait Anandpur. En voyant ceci, les Sikhs commencèrent à remettre en cause leur fidélité au Gourou, et à la fin, quarante Sikhs seulement  décidèrent de rester avec lui et de partager son sort. Gourou Gobind Singh leur  dit qu’ils avaient aussi le droit de  l'abandonner. Cependant, ils  refusèrent et  déclarèrent qu'ils resteraient dans le fort ou bien qu’ils lutteraient quand  Gourou le déciderait. Il  sut que la semence de sa religion refleurirait. Il  décida finalement de quitter Anandpur et  ordonna à ses hommes de partir pendant la nuit. Anandpur fut finalement évacuée dans la nuit du 6 au 7 du mois de Poh ou décembre, Sambat 1762  -  20-21 décembre 1705.

 

          Bhai Daya Singh et Ude Singh  marchaient devant Gourou, Mohkam Singh et Sahib Singh à sa droite, le deuxième groupe de Sikhs baptisés à sa gauche. Ses fils Ajit Singh et Jujhar Singh le suivaient  avec les arcs et les flèches. Bhai Himmat Singh portait les munitions et les mousquets. Gulab Rai, Sham Singh et d’autres Sikhs et des parents l'accompagnaient. Le reste des partisans environ cinq cent Sikhs formait l'arrière garde.8

 

          A l’instant où  les ennemis apprirent la nouvelle du départ du Gourou, ils oublièrent leurs promesses et  entreprirent immédiatement une dure poursuite. Les escarmouches  commencèrent à partir de Kiratpur. Se rendant compte du danger imminent, Gourou Gobind Singh chargea Ude Singh de retenir l'avance de l'ennemi. Bhai Ude Singh  soutint une sanglante bataille face à Shahi Tibbi. L'ennemi  entoura et tua le plus intrépide et le plus courageux des guerriers du Gourou, Ude Singh. Pendant que la bataille de Shahi Tibbi se déroulait, Gourou  atteignit le bord de la rivière Sarsa. A ce moment là, une nouvelle se propagea : un contingent des troupes ennemies s’approchait rapidement. Bhai Jiwan Singh9, un Sikh du clan Rangretta, prit la tête d’un groupe de cent guerriers pour aller à la rencontre de l’ennemi. Accompagné du reste de ses gens, Gourou se précipita dans les eaux profondes de la rivière Sarsa. Les eaux coulaient si fort que beaucoup de guerriers se  noyèrent et quelques autres furent dispersés dans différentes directions, dont la mère du Gourou avec ses deux jeunes fils, Zorawar Singh et Fateh Singh. En plus, il y  eut une énorme perte de livres et de biens précieux. Accompagné de ses deux fils aînés et de quelques braves Sikhs, Gourou  arriva au village de Ghanaula qui se situait sur l'autre côté de la rivière Sarsa. Craignant que le chemin ne soit  plein de dangers, Gourou  donna à Bhai Bachitar Singh un groupe de cent Sikhs et lui demanda de marcher par la voie directe jusqu’à Rupar, alors que Gourou avec quelques autres Sikhs,  opteraient pour une route plus longue. Ils  arrivèrent à Kotla Nihang, près de Rupar, et restèrent chez le Pathan Nihang Khan qui était un vieux et sincère dévot des Gourous Sikhs. Bhai Bachitar Singh et ses hommes  durent tracer leur chemin à travers un cordon militaire composé par des Ranghars de Malikpur, un village près de Rupar, et par des Pathans de Rupar. Pendant le violent combat qui  eut lieu à cette occasion, la plupart des Sikhs furent tués et Bachitar Singh fut mortellement blessé.

 

         Gourou ne  resta pas longtemps à Kotla Nihang. Il semble qu'il  dût continuer sur Machhiwara et ensuite Rai Kot. Accompagné par ses deux fils aînés et quarante Sikhs, Gourou s’arrêta ensuite à Bur Majra. Ils apprirent qu’un grand corps des troupes de Sirhind les pourchasaient. Immédiatement Gourou  décida d'affronter l'ennemi à la Garhi de Chamkaur, une forteresse de boue, et il se dépêcha  d’y arriver. Il connaissait bien l'importance de la Garhi, car il avait déjà livré bataille à cet endroit.

 

 

LA BATAILLE DE CHAMKAUR10

 

          L'armée impériale qui était partie en guerre assiégea la forteresse Garhi. Ils furent rejoints par les chefs montagnards et les tribus Ranghar et les Gujars. Gourou désigna des groupes de huit hommes pour garder chacun des quatre murs. Deux Sikhs  tenaient la porte et deux étaient nommés sentinelles. Gourou lui-même, ses deux fils, Daya Singh et Sant Singh  montèrent au sommet. Les Sikhs  gardèrent  la forteresse pendant longtemps. Les deux officiers impériaux,  Nahar Khan et Ghairat Khan  tentèrent d’escalader le petit fort, mais ils  furent tués par Gourou. Après cela, aucun des officiers musulmans n’osa entreprendre la fatale montée. Cinq Sikhs allèrent combattre l'ennemi, cependant, après avoir lutté avec grande bravoure, ils furent tués. Ils  continuèrent  à former des troupes de cinq. Le fils aîné du Gourou, Ajit Singh, qui avait environ 18 ans, demanda l'autorisation pour sortir et lutter contre l'ennemi. Gourou approuva la proposition et Ajit Singh sortit avec cinq héros Sikhs. Il exécuta de grands prodiges et finalement il tomba se battant bravement jusqu’à la fin avec ses compagnons. En voyant le destin de son frère, Jujhar Singh âgé de 14 ans, ne put  se retenir et demanda l'autorisation de son père. Comme son frère aîné, Jujhar Singh alla sur le champ de bataille, mais peu après, il retourna et demanda de l'eau. Gourou cria »: Retourne. Il n’y a plus d’eau pour toi dans ce monde. Regarde vers l’au-delà.  Ajit Singh tient entre ses mains la tasse de nectar pour toi". Jujhar Singh retourna à la bataille et ravagea l’ennemi. Finalement il fut abattu en luttant vaillamment. Le visage du Gourou était réjoui. Son expression sereine montra une incandescence de divinité devant la glorieuse fin de ses fils. Après que ses fils eurent accompli leur splendide mission, Gourou se prépara alors pour sortir et combattre sur le champ de bataille. Les quelques Sikhs qui restaient tombèrent à ses pieds en l’implorant de ne pas sortir. À ce moment là leur victoire consistait à sauver Gourou. S'il vivait, argumentaient les Sikhs, Gourou créerait des millions d’autres Sikhs. Par conséquent, ils persuadèrent Gourou d’abandonner ce lieu, mais Gourou Gobind Singh ne les écouta pas. Bhai Daya Singh, qui était le premier des Cinq Bien-Aimés, rappela qu’au moment de la création du Khalsa, Gourou avait promis que le mandat des Cinq Bien-aimés aurait du pouvoir sur Gourou lui-même. Puis Bhai Daya Singh réunit quatre autres Sikhs et forma une assemblée qui prit une Gurmata ou résolution, et il dit : " Ô vrai roi, le Khalsa vous ordonne maintenant de quitter cette place". Comme il l’avait promis au moment d'administrer l’Amrit aux Cinq Bien-Aimés, le merveilleux seigneur suprême, Gourou Gobind Singh se soumit au Khalsa et accepta  de laisser la Garhi de Chamkaur.

 

         Sant Singh et Sangat Singh s’offrirent pour rester dans le fort, pendant que Daya Singh, Dharam Singh, et Man Singh choisirent d’accompagner Gourou11. On dit que Sant Singh ressemblait beaucoup au Gourou. Pour cette raison, Gourou Gobind Singh donna son panache à Sant Singh, le vêtit de son armure et l’assit dans la pièce du haut où Gourou était installé. Gourou et trois de ses compagnons s’échappèrent pendant la nuit. Il leur  dit que si par hasard ils se séparaient de lui, ils devraient suivre la direction d'une étoile particulière qu'il leur  montra. C’était une nuit froide de décembre et les armées alliées se reposaient dans leurs tentes. Gourou décida de réveiller l'ennemi, de peur qu’ils puissent penser qu'il se soit enfui. Il lança deux flèches contre les sentinelles Turques. Les flèches frappèrent d’abord la torche qu’ils tenaient dans leurs mains et ensuite elles traversèrent leurs corps. Dans l'obscurité qui suivit l'extinction des torches, Gourou et ses trois compagnons s’échappèrent. Un peu plus loin, il frappa dans ses mains et cria à voix haute voix qu'il partait et que si quelqu’un voulait le capturer, il n’avait qu’à essayer12

 

          Comme il quittait la forteresse, il pria instamment ses hommes de rester fermes. Les Sikhs qui restèrent derrière, infligèrent une grande perte à l'ennemi. Finalement les musulmans réussirent à escalader la forteresse, croyant qu’ils captureraient Gourou. Ils furent fortement déçus d’apprendre que la personne qui portait le panache et l’armure n'était pas Gourou mais Sant Singh, et que Gourou s'était échappé. Les armées alliées se retirèrent dans leurs campements respectifs. Wazir Khan envoya des ordres dans toutes les directions, déclarant que toute personne qui offrirait son aide au Gourou serait sévèrement punie, et celle qui le capturerait ou dirait où il était, serait grandement récompensée.

 

         Après avoir quitté la Garhi de Chamkaur, Gourou continua seul,  pieds nus, son voyage. Après avoir traversé Jandsar et Behlolpur, il atteignit la sauvage et épineuse région de Machhiwara, une zone entre Rupar et Ludhiana. La soif, la faim et la fatigue l’envahirent. Ses pieds étaient couverts d’ampoules. Quand il atteignit un jardin  il  posa sa tête sur un monticule de terre et dormit.

 

          Pendant qu'il se reposait dans le jardin, ses trois compagnons, Daya Singh, Dharam Singh et Man Singh le retrouvèrent. La situation était très grave parce que l'ennemi pourchassait Gourou. Gulaba, un vieux masand de Machhiwara, offrit l’hospitalité au Gourou et à ses trois compagnons, mais bien vite il s’effraya et il craignit pour sa propre sécurité si Gourou restait chez lui. A ce moment-là, deux commerçants Pathans, Nabi Khan et Ghani Khan qui étaient deux vieux amis du Gourou, vinrent et choisirent de risquer leurs vies à son service. Là, à Machhiwara vivait une femme Sikh qui avait filé et tissé un tissu pour Gourou et avait promis de le garder jusqu'à son arrivée au village. Gourou ordonna de le teindre en bleu et de lui confectionner une tunique à la manière des pèlerins musulmans. Il mit la tunique bleue et il quitta alors le village du masand Gulaba. Il était porté sur une civière par Nabi Khan et Ghani Khan qui marchaient devant, et Dharam Singh et Man Singh à l’arrière, pendant que Daya Singh agitait un chauri13 sur lui. À tous ceux qui le demandaient, ils répondaient qu’ils escortaient un Uch da Pir ou prêtre suprême. Puisque Nabi Khan et Ghani Khan étaient des commerçants de chevaux très connus dans la région, les gens les croyaient.

 

          Ils atteignirent le village de Ghangharali puis celui de Lal. Dans le village de Lal qui se trouve environ à cinq milles de Doraha dans le district de Ludhiana, un officier militaire eut des doutes et il posa quelques questions pointues. Il demanda au Pir musulman de Nurpur, qui était un ami du Gourou, d’identifier l'occupant de la civière. Il confirma que c’était vraiment un Uch da Pir14et l’officier laissa Gourou continuer son chemin. Du village de Lal, Gourou visita Katana et Kanoch où le masand Fateh le mit dehors avec quelques excuses et ne le laissa pas rester chez lui. Gourou continua vers Alam Gir. Là Nand Lal, un zamindar15 offrit un cheval au Gourou,  lui permettant de passer de la civière au cheval. La situation devint plus facile et après leur avoir donné une Hukam Naman (une lettre contenant un ordre du Gourou) dans laquelle il les recommandait à la reconnaissance des croyants, Gourou demanda à Nabi Khan et Ghani Khan de retourner chez eux. Le Pir musulman de Nurpur fut honoré aussi avec une lettre. De Alam Gir, Gourou  avança à cheval en direction de Rai Kot. À Silaoni, le chef de Rai Kot, Rai Kalla qui était un dévot du Gourou et un parent proche de Nihang Khan de Kotla Nihang, lui offrit son hospitalité et l’emmena à Rai Kot. Là Nura Mahi lui apporta des nouvelles de Sirhind au sujet des plus jeunes fils du Gourou.

 

 

LE MARTYRE  D’ ENFANTS INNOCENTS 

 

          Pendant la catastrophe qui arriva lors de la traversée de la rivière Sarsa, les compagnons du Gourou et sa famille s’éparpillèrent dans différentes directions. Mata Jit Kaur, Mata Sahib Kaur, et leurs serviteurs, lBhai Mani Singh, Dhana Singh et Jawahar Singh, étaient tous ensemble. Jawahar Singh qui était un habitant de Delhi, offrit l’hospitalité à ce groupe dans sa maison de Delhi. La vieille mère du Gourou et ses deux plus jeunes fils, voyagèrent avec Gangu Brahman jusqu’au village de Saheri, près de Morinda. Gangu travaillait depuis vingt et un ans dans le Langar du Gourou. La mère du Gourou portait de l’argent dans un sac. En voyant l'argent de Mata Gujri, Gangu fut tenté et oublia qu'il avait mangé la nourriture du Gourou pendant vingt et un ans. Alors que Mata Gujri était à demi endormie, Gangu lui vola l'argent et cria : "Voleur, voleur," pour créer l'impression qu’un voleur avait pris l'argent. Mataji interrogea Gangu et lui dit qu'elle n'avait vu personne entrer dans la maison. Sur ce fait, il essaya de se défendre en disant qu'il était blâmé parce qu'il avait donné le refuge au sans-foyer et au banni. Au lieu d'admettre sa culpabilité, il leur ordonna de quitter sa maison. Gangu les livra finalement à la police de Morinda qui les emmena devant Wazir Khan, le vice-roi de Sirhind. La mère du Gourou et ses deux jeunes fils furent emprisonnés dans une tour.

 

          Le lendemain matin, les deux enfants, Zorawar Singh et Fateh Singh, furent présentés devant la cour du vice-roi. Wazir Khan avait pensé que si les enfants  devenaient musulmans, ce serait une victoire pour sa foi : l’Islam. Par conséquent, il leur dit que s’ils acceptaient l’Islam, il leur allouerait une propriété, et les marierait aux princesses, et ainsi ils seraient heureux et honorés par l'Empereur. Zorawar Singh âgé de neuf ans répondit :" Notre grand-père, Gourou Tegh Bahadur, fut séparé de sa tête mais pas de sa religion et il nous ordonna de suivre son exemple. Il vaut mieux que nous donnions nos vies pour sauver la religion Sikh et amener ainsi la vengeance de Dieu sur les Turcs.”. Zorawar Singh continua, "Ô vice-roi, je repousse avec mépris votre religion et ne m’écarterai pas de la mienne. C’est devenu une coutume de notre famille de perdre la vie plutôt que la foi. Pourquoi cherchez-vous à nous tenter avec des propositions mondaines? Nous ne serons pas poussés hors de notre chemin par les faux avantages de votre offre."

 

          Wazir Khan ne put supporter une telle franchise et se mit très en colère. Il décida donc de condamner ces enfants à mort. Sucha Nand, un ministre Hindou soutint Wazir Khan en disant que les arrogantes paroles du garçon n’étaient pas dignes de Wazir Khan. Il  attisa la colère de Wazir Khan en disant que quand ces enfants grandiraient, ils suivraient l’exemple de leur père et qu’ils détruiraient leurs ennemis. Par conséquent, la descendance d’un cobra devait être étouffée à temps. Au même moment, le Nawab Sher Mohammad Khan de Maler Kotla, déclara : " Ô vice-roi, ces enfants-ci boivent encore du lait, et ils sont trop jeunes pour commettre une offense. Ils ne savent pas distinguer entre le bien et le mal. Le Coran sacré n'autorise pas la tuerie d'innocents et d’enfants sans défense. Pour ces raisons, je vous implore de les laisser en liberté". Malgré son appel, le Qazi confirma que la loi sacrée donnait le choix aux incroyants entre l’Islam et la mort.

          On raconte que pour soumettre les enfants à l’Islam, le lendemain, ils furent forcés d’entrer par une très petite porte, le Coran était affiché sur l'autre côté. L'idée était que les enfants passant la porte avec leurs têtes inclinées, on pourrait dire alors qu'ils s’étaient inclinés devant le Coran sacré et de cette façon devant l’Islam. Quand les enfants apprirent le piège, le Sahibzada Fateh Singh, âgé de sept ans, mit ses pieds en premier au lieu de sa tête en passant la petite porte. Diriger les pieds vers le Coran signifiait une insulte contre l’Islam. Wazir Khan, ne réussit pas à convertir les fils de Gourou Gobind Singh.

 

          Quand tous les efforts pour convertir les enfants à l’Islam échouèrent, il fut finalement décidé qu’ils seraient emmurés vivants. Un mur fut construit petit à petit jusqu'aux épaules du Sahibzada Fateh Singh. Le bourreau avança avec son épée, et demanda à qui il devrait couper la tête en premier. En réponse à la question, le Sahibzada Fateh Singh dit, "Écoutez Ô bourreau, puisque le mur atteint mes épaules, coupez ma tête en premier". Pour sa part le Sahibzada Zorawar Singh exhorta : "Non, vous ne pouvez pas couper sa tête avant de couper la mienne en premier, parce que je suis l'aîné et ainsi, j'ai le droit d’être le premier. Coupez ma tête la première". En écoutant un débat, si étrange, la majorité de la cour de Wazir Khan fut stupéfaite. Le chroniqueur raconte que la tête du Sahibzada Fateh Singh fut coupée la première.Cet endroit est maintenant appelé Fatehgarh Sahib à la mémoire des jeunes enfants. Quand ces nouvelles furent délivrées à Mata Gujri, la mère du Gourou, qui attendait les enfants dans la tour, elle rendit son dernier soupir. Cet événement déloyal eut lieu le 13 du mois de Poh ou décembre, Sambat 1762, le 27 décembre 1705. Un riche Sikh appelé Todar Mal vint pour l'incinération16 des corps. Wazir Khan dit à Todar Mal « si vous voulez incinérer les corps vous devez acheter la terre. Quelque soit la taille de la parcelle que vous voulez, vous devez répandre des pièces d’or sur cet espace et seulement à ce moment là vous pourrez disposer de cette terre pour cet usage. Todar Mal acheta la parcelle et ensuite il lui fut possible d’incinérer les corps de  la mère du Gourou et de ses deux petits-fils. Une Gurdwara fut construit à leur mémoire.    

 

          Quand Nura Mahi raconta ces histoires et ces malheurs, Rai Kalla et d’autres auditeurs furent déchirés par le chagrin et pleurèrent amèrement. Gourou ne s’émut pas et resta tranquille comme était son habitude. Quand Mahi eut fini ses affligeantes histoires, Gourou  remercia Dieu pour la glorieuse et triomphante fin de ses jeunes fils. Il s’adressa alors au Tout-puissant :" Ô Dieu, Vous m’avez donné un père, une mère et quatre fils. Vous me les aviez confiés. Aujourd'hui je suis heureux d’avoir réussit à vous les restituer". Pendant que Gourou écoutait l'histoire de Mahi, il déterrait un arbrisseau avec ses racines. Il prononça : "Comme je déterre cet arbrisseau par les racines, puissent les Turcs être ainsi extirpés17". Gourou ajouta aussi :" Non, mes fils ne sont pas morts. Ils sont retournés à leur Maison

 

Éternelle. C’est Sirhind qui doit mourir18."

 

         Gourou reprit sa marche vers Hehar où il passa deux jours chez le Mahant Kirpal Das, un héros de la bataille de Bhangani. L’arrêt suivant fut Lamma Jatpura.  Rai Kalla qui l'accompagnait, le quitta ici. Se rendant compte que le territoire autour de Rai Kot n'était pas un bon endroit pour affronter l'ennemi, Gourou dirigea ses Sikhs vers la Jungle Desh, la terre du clan Brars. Sur son chemin, il traversa les villages de Manuke, Mehdiana Chakkar, Takhatpur et Madhen et atteignit finalement Dina, dans le district de Ferozepur.

    A Dina un Sikh dévoué, Rama,   offrit au Gourou un excellent cheval qu’il  accepta pour lui-même et  il donna le sien à Bhai Daya Singh. Son arrivée fut vite connue des

 gens de la région et ils  commencèrent à accourrir. Quelques-uns uns des notables qui rencontrèrent Gourou à Dina furent Shamira, Lakhmira et Takhat Mal, petit-fils de Jodha Rai qui avait porté assistance au Gourou Har Gobind dans la bataille de Gourousar. Param Singh et Dharam Singh, petit-fils de Bhai Rup Chand, vinrent aussi à lui. Le vice-roi de Sirhind entendit que Gourou était hébergé par Shamira et ses frères. Il écrivit à Shamira à ce sujet et lui  ordonna d’arrêter et de livrer Gourou. Shamira répondit qu'il n’hébergeait que son prêtre qui était simplement venu rendre visite à ses Sikhs et ne faisait de mal à personne. Shamira cependant craignait  que le vice-roi n’envoyât ses troupes  arrêter Gourou,  il  envoya un espion pour obtenir des informations sur les mouvements et les projets du vice-roi.

    Gourou resta à Dina quelques jours. C’est ici qu'il  écrivit son célèbre ' Zafarnama19', ou épître Persane à l’Empereur Aurangzeb. C’était en fait une réponse exquise aux lettres d’invitation faites au Gourou par l'Empereur. La lettre est caractéristique de la sublimité du Gourou et chaque ligne est empreinte de vérité stimulante et d’indignation vertueuse. Il  écrivait à l'Empereur qu'il  n'avait aucune foi ni dans ses solennelles promesses au nom de Dieu ni dans ses vœux sur le Coran. Le fait était  que l'Empereur, à chaque occasion violait sa  promesse sacrée et se montrait faux, méchant et traître. Gourou écrivait :".Malgré la mort de mes quatre fils je continue à vivre comme un serpent enroulé, prêt à attaquer. Quelle bravoure peut-il y avoir à éteindre quelques étincelles de  vie? Vous avez simplement excité un feu furieux. Comme vous avez oublié la parole donnée, ainsi Dieu vous oubliera. Dieu vous donnera  le fruit de l'action mauvaise que vous avez accomplie. Vous êtes fiers de votre empire alors que je suis fier du Royaume du Dieu Immortel... Lorsque Dieu est un ami, quel mal peut faire un ennemi, même si l’ennemi se multiplie cent fois? Si un ennemi pratique l'inimitié  mille fois, il ne peut pas, aussi longtemps que Dieu est un ami, blesser un cheveux de ma tête."

     La lettre fut envoyée avec Bhai Daya Singh et Dharam Singh à l'Empereur et ils la délivrèrent à Daccan. Cette lettre éveilla la conscience assoupie de l'Empereur et  provoqua en lui le vrai sens du repentir. Il  produisit un tel effet miraculeux sur lui qu'il

commença à se languir et que bientôt il  fut  alité. Aurangzeb  dicta une

lettre à son fils lorsqu’il  sentit que  la mort était proche,  dans laquelle il   reconnut

la défaite de la vie qu'il avait menée:

 

     "...Qu’importe le bien ou le mal que je fis, je le prends comme une

charge sur ma tête au Grand Inconnu... Je suis  totalement dans

l’obscurité au sujet du destin qui m'attend. Mais ce que je sais c’est que  j’ai

commis d’énormes péchés. Je ne peux pas dire quelle punition menaçante

m’attend..."

 

     Pendant qu’il était à Dina, Gourou  visita quelques lieus dans le  voisinage. Dans  l'intervalle il se rendit compte que le vice-roi de Sirhind avait été informé de son séjour et il était, par conséquent, inquiet de trouver un endroit plus propice  pour  se défendre de l'ennemi. Il quitta donc Dina et visita beaucoup d’endroits telles que Bander, Bargarh, Baihbal et  Saravan. À Saravan

Gourou  donna un petit entraînement de tir à l’arc à ses gens. Ensuite il  continua à Jaito, Kotla Maluk Das, Lambhawali et puis il  atteignit Kot Kapura. Réalisant que l’ennemi qui le poursuivait était  trop proche, Gourou  demanda à Chaudhri Kapura, du clan  Brar Jat, de lui prêter son fort, pour quelques jours.  Craignant  le mécontentement  des Moghols, il  refusa de l’aider. De là, Gourou  partit pour Dhilwan Sodhian où un de ses parents le reçut avec chaleur et cordialité. C’est ici, comme la tradition le raconte qu’un des descendants de Prithi Chand Kaul rendit visite au Gourou et lui  offrit des vêtements. Gourou  enleva sa robe bleue qu'il avait portée depuis qu'il avait laissé Machhiwara, la déchira en morceaux et la brûla dans le feu. Les mots historiques qu'il prononça alors, sont mémorables:

 

     "J’ai déchiré les vêtements bleus que j’ai portés, et c’est pour cela que le

      règne des Turcs et des Pathans touche à sa  fin."        

 

     Chaudhry Kapura, regrettant  son acte honteux, vint voir Gourou et lui demanda son pardon, que Gourou lui  accorda. Alors il lui  fournit un bon guide, Chaudhry Khana, avec qui Gourou  prit la direction de Dhab Khidrana vers l'ouest. Sur le chemin il  traversa  Ramina, Mallan, Gauri Sanghar et Kaoni.

     Pendant ce temps, un grand nombre  de ses partisans s’était rassemblé  autour de lui.

Les quarante Sikhs qui l'avaient abandonné à Anandpur et lui avaient donné leur dénégation, étaient ridiculisés par leurs femmes qui ne les laissaient pas entrer dans leurs propres maisons. Ils revinrent renforcer la petite armée du Gourou. Une femme courageuse,  Mai Bhago  offrit  de l’aide au Gourou avec un grand contingent  d'autre Majha Sikhs. Il avait pris  position sur une petite colline sablonneuse à Khidrana dans le district de Ferozépur.  L'armée Moghole vers le camp du Gourou, mais avant qu'ils puissent l'attaquer, ils  rencontrèrent une armée sous les ordres de Mai Bhago et Jathedar Mahan Singh. Une violente bataille s’en suivit. Les Sikhs furent vaincus mais  avant leur défaite, ils  firent preuve d’une ardeur et d’un courage telles que le commandant Moghol n’en avait jamais vu de sa vie.

Gourou, depuis sa haute place, au-dessus du lieu de combat, tira des flèches fatales sur les Musulmans, qui ne pouvaient pas voir de quel point arrivait l’attaque. Comme l’étang à Khidrana était sec, l'armée Musulmane était dans un grand état de détresse à cause du manque d’eau potable. Wazir Khan  décida de battre en retraite sans frapper le corps principal du Khalsa qui accompagnait Gourou Gobind Singh. Gourou fut victorieux.

     Après le départ de l'armée Musulmane, Gourou  décida de voir le champ de  bataille et essuya les visages des morts et des blessés, et loua  leur valeur sans égale. Il  apprit que les quarante Sikhs avec leur chef Mahan Singh qui s’étaient désistés à Anandpur, étaient morts luttant courageusement. Seul Mahan Singh était encore vivant mais rendait son dernier soupir quand Gourou lui  demanda d'ouvrir ses yeux en lui  disant :" Mahan Singh, demandez n’importe quelle faveur; tout ce que vous désirez, un empire ou le pardon."

Après avoir ouvert  les  yeux, Mahan Singh fut ravi de voir  Gourou et  répondit :" Ô, vrai roi! Nous sommes des pécheurs parce que nous  te désavouâmes en temps de besoin à Anandpur. Les portes du Ciel sont fermées pour tous ceux  qui partirent  avant  moi. Ô, Seigneur, rends--nous  ta grâce et oublie cette dénégation". On raconte que le  Maître  sortit   le document qu’il portait dans son gilet depuis  sa dénégation et le déchira comme en signe de pardon et de réconciliation. Mahan Singh  vit ceci  et alors il  rendit son dernier souffle, pardonné et avec l'âme libérée. Les âmes des quarante furent aussi  libérées. Ces quarante Sikhs  sont appelés les Quarante Mukte -les libérés- et l’on évoque leur souvenir dans les prières journalières. Khidrana fut, depuis ce temps,  appelé Mukatsar ou le réservoir du salut. Gourou  trouva Mai Bhago qui  inspira les quarante  Sikhs. Quelques soins la ranimèrent et elle fut  bénie par le Maître.

     De Mukatsar Gourou  alla à Rupana, Bhander, Gourousar, Thehri Bambiha, Rohila, Jangiana et Bhai ka Kot. Puis il  continua à Sahib Chand et à Chatiana où les Brars qui avaient lutté pour lui, lui demandèrent  le menaçant d´empêcher son départ.

 Par la grâce de Dieu il arriva un sikh du voisinage qui apporta beaucoup d'argent, ce qui  permit au Gourou de payer tous les salaires. Cependant, le chef des Brars, Chaudhri Dana était extrêmement agacé par le comportement arrogant de ses gens et  refusa d´accepter tout paiement pour lui-même. A la demande de Chaudhri Dana, Gourou  alla visiter sa région natale Mehma Swai. Une fois arrivé, il  campa sur ce lieu,   appelée actuellement Lakhisar. De là il  visita d'autres villages dans le voisinage. Sur la demande de Chaudhry Dalla, Gourou décida alors  de se  déplacer à Talwandi Sabo. Sur son chemin, il  passa par Chatiana, Kot Sahib Chand, Kot Bhai, Giddarbaha, Rohila, Jangirana, Bambiha, Bajak, Kaljhirani, Jassi Bagwali, Pakka Kalan et Chak Hira Singh  et  atteignit Talwandi Sabo, maintenant appelée Damdama  Sahib ou Takhat Damdama Sahib. Ce lieu plu tellement au Gourou  qu’il installa sa résidence permanente et  y  vécut  pendant neuf mois et neuf jours.

 

GOUROU À DAMDAMA SAHIB:

 

    Pendant ce temps toutes les restrictions contre Gourou par le gouvernement Moghol avaient été levées. En réponse à  Zafarnama, les gouverneurs avaient reçu l’ordre d´Aurangzeb de cesser de gêner les activités du Gourou.

     C´est  ici que la femme du Gourou  vint le rejoindre. Quand elle  arriva, il était  assis  parmi  un grand rassemblement  de disciples. Elle s’adressa au Maître et  lui demanda :

    

     "Où sont mes quatre fils ?"

 

Le Maître  répondit :

 

            Quelle importance si nos fils sont partis ?

      Ils vivent toujours, et vivront à jamais : le Khalsa,

      Nous y avons des millions de  fils bien aimés."

 

     Gourou  fit le meilleur usage de cette période paisible à Damdama Sahib. Il  formula les fondements durables du Sikhisme dans le document écrit à Malwa. De grandes foules  vinrent de tous les endroits, de loin et de près et  présentèrent comme pour commémorer un Nouvel Anandpur. Gourou  visita de nombreuses régions voisines. Beaucoup de vieux  Sikhs furent  baptisés et intégrés dans le Khalsa. Dalla, le chef de Talwandi; Tiloka, l'ancêtre de l’État Nabha,  et Rama, l´ancêtre de l’État de Patiala sont des exemples remarquables. De plus en plus de nouvelles conversions   furent faites, en grand nombre.

     Le Maître  demanda l'Adi Granth de Kartapur, près de Beas, en vue d´ y incorporer  les Hymnes de Gourou Tegh Bahadur. La copie originale était avec les Dhirmalias et ils  refusèrent de s’en séparer. Remarquant que  si Gourou Gobind Singh était Gourou, il devait en faire une lui-même. C´est alors,  que Gourou Gobind Singh  dicta la totalité du Gourou Granth Sahib à Bhai Mani Singh. Le volume sacré se termine avec le  ' Rag Mala' (1430 pages). Il paraît que le ' Rag Mala' n´est pas une partie du texte essentiel du Gourou Granth Sahib. Le titre de chaque Sabad (Stance) dans Gourou Granth Sahib nous donne une information sur son auteur mais le titre du ' Rag Mala' ne donne aucun indice sur  son auteur. Max Arthur Macauliffe (auteur de Religion Sikh - 6 volumes

publiés en 1909) écrit :

 

     "Un poète Musulman  appelé Alim écrivit en A.H. 991 (1583.)

     un travail de 353 strophes, chacune généralement constitué de quatre à six lignes, appelé ' Madhava Nal Sangit' qui prétend être une histoire d´amour entre                

     Madhava Nal et une dame appelée  Kam Kandala.

     Le Rag Mala qui forme la conclusion du Gourou Granth Sahib

     contient une liste de rags et raginis et de leurs subdivisions,

     qui sont une portion du travail d'Alim qui va de la soixante-troisième à la

     soixante-douzième strophe. On ne comprend pas comment cet écrit put être                  

     inclus dans le volume sacré car les parties mentionnées du travail d’Alim  ne correspondent pas

     avec les versets du Granth Sahib."

 

Ce volume sacré est appelé ' Damdama di Sahib Bir' 20. Ce Bir était installé à l’Hari Mandar Sahib mais il n'est pas disponible actuellement20. On ne sait pas  s'il fut détruit ou s´il fut  retiré par Shah Ahmed Abdali quand il  pilla la ville d'Amritsar lors d´un de ses attaques. 

           

     L'ordre du Nirmala Sikhs fut aussi créé ici dans le but de former un groupe de Sikhs  exclusivement dévoué à l'étude et à  la diffusion de  la foi sikh Le Darbar du Gourou  était ici aussi splendide qu'il l´était à Anandpur. Un  grand nombre de poètes et de savants s'était regroupé autour du Gourou. En conséquence, Damdama Sahib devint un  centre d´éducation renommé.

     Gourou réorganisa aussi ses forces qui avaient augmenté considérablement. En plus des  partisans réguliers, il  avait aussi enrôlé quelques membres de la tribu  Dogras et du clan Brars à son service21.

 

GOUROU CONTINUE VERS LE  SUD POUR RENCONTRER AURANGZEB:

 

     En réponse à sa lettre, appelée ' Zafarnama', Gourou  reçut des messagers impériaux qui étaient venus lui transmettre le souhait de l'Empereur d´une rencontre personnelle. Dans l'Ahkam-i –Alamgiri, une correspondance écrite de la main d’Aurangzeb, l’Empereur accuse réception d’une lettre de Gourou Gobind Singh, et il ordonne à  Munim Khan de Lahore de se  réconcilier avec Gourou et de faire les arrangements nécessaires pour son voyage vers le sud. Il est aussi évident  dans l’Ahkam-i-Alamgiri qu´Aurangzeb était désireux de rencontrer Gourou. Peut-être l'Empereur voulait assurer la paix au Penjab afin de pouvoir se concentrer sur ses projets de mettre les Marahtas à  genoux dans le sud. Le 30 octobre 1706 (certains disent, que c’était le 20 octobre) Gourou  décida de continuer vers le sud pour voir Aurangzeb.

     Il prit la direction du Rajasthan pour arriver à Ahmednagar où l'Empereur  campait. De  Damdama Sahib passant par Kewal, Jhora, il  atteignit Sarsa. Alors il  continua par Nohar, Bhadra, Sahewa, Madhu Singhana, puis par Pushkar, un lieu de pèlerinage sacré dédié à Brahma. De là il se déplaça à Narainpur, mieux connue comme Dadudwara  où vécu  le saint Dadu et où sa secte avait prospéré. Gourou  rendit visite au tombeau du Saint et il eut une discussion avec Mahant Jait Ram. Ici Gourou fut critiqué par les Sikhs car il  abaissa sa flèche dans son  salut au tombeau de Dadu. Man Singh  cita la phrase écrite de la main du Gourou : "N'adorez pas, même par erreur, les tombeaux ou les lieux de crémation Hindous ou Musulmans." Gourou  expliqua qu'il avait salué le tombeau pour tester la dévotion de ses Sikhs et leur dévouement et leur connaissance de ses directives. Il admit malgré tout qu'il s'était rendu redevable d’une amende et il paya cent  vingt-cinq roupies gaiement. Là il  rencontra Bhai Daya Singh et Dharam Singh qui  revenaient de leur mission officielle auprès d’Aurangzeb. Puis il  atteignit Baghaur où il  reçut les nouvelles de la mort d'Aurangzeb et de la guerre de succession  qui s´était déchaînée parmi ses fils. Il n’avait maintenant aucune raison de continuer son chemin et il  resta là  quelque temps.

      Bahadur Shah qui était le fils aîné d'Aurangzeb, se dépêcha à quitter Peshawar pour s'opposer à son plus jeune frère, Azim qui s´était proclamé  Empereur. Bhai Nand Lal avait servi le prince le Shah Bahadur avant de s’installer à la cour du Gourou de façon permanente. Shah Bahadur par conséquent  chercha l'aide du Gourou à travers les bonnes relations de Bhai Nand Lal22 avec Gourou ;  ainsi il  promit au Gourou d’être bon et juste avec  les  Hindous et les  Musulmans en essayant d’ appaiser tout le mal que son père leur avait fait. Ainsi Gourou l´ aida en envoyant un groupe  de ses hommes pour la bataille de Jaju de laquelle  Shah Bahadur sortit victorieux. En signe d´amitié et de reconnaissance pour son aide opportune, Shah Bahadur l’invita à Agra où il allait  être couronné. Une robe royale d'honneur fut confectionnée et offerte au Gourou le 24 juillet  1707.

          Pendant son séjour à Agra, Gourou  fit de Dholpur,  une ville à  25 ou 30 milles d’Agra, le centre de ses activités missionnaires. Il alla en tournées missionnaires dans les régions de Mathura, Aligarh, Agra, et aussi dans les états de Bharatpur et Alwar pendant plusieurs mois avant de continuer pour Daccan. Beaucoup de gens devinrent les partisans du Gourou. On dit que Gourou eut des entretiens avec l´Empereur Bahadur Shah, mais ces entretiens s’étaient interrompus quand l'Empereur  dut partir pour le Rajasthan réprimer les révoltes de quelques chefs Rajput. Il demanda au Gourou de l'accompagner. Alors, les nouvelles arrivèrent à Bahadur Shah que  son plus jeune frère, Kam Bakhsh,  s’était  proclamé à Daccan Empereur de l'Inde. Le Shah Bahadur continua vers Daccan , en passant par Chittorgarh. De là il  partit pour Burhanpur et Gourou l’accompagna sur la route à Hyderabad. Gourou  resta là plusieurs jours et rencontra le  Jogi Jiwan Das.  Il rencontra aussi  Mahant Jait de Dadudwara qui passait par Hyderabad. Tous  deux  lui   parlèrent de Bairagi Madho Das et de son grand pouvoir occulte.  Il  décida de rencontrer Bairagi Madho Das. Entre  temps le  Gourou n'était pas satisfait des réponses évasives de Bahadur Shah en vue d’une décision claire contre Wazir Khan, le vice-roi de Sirhind, et d’autres officiers au sujet des atrocités qu’ils avaient commises au Penjab. L'Empereur évitait de donner une réponse ferme sous un prétexte ou l'autre.

      Par conséquent Gourou se sépara de la compagnie de l'Empereur à Hingoli et alla à Nader où il  arriva en juillet 1708.

 

 

     Certains auteurs comme Shah Bute et Malcolm, disent que Gourou

     alla à Daccan parce qu'il était désespéré par les terribles

     revers et les pertes qu’il avait  eu sur son terrain et  voulait que les choses

     changent. D’Autres disent qu'il se mit au service des Moghols.

     Cunningham dit que Gourou  reçut un ordre militaire dans

     la vallée de Godavari.

 

     Toutes ces histoires sont fausses et sans fondements et montrent une énorme

     irrévérence  envers la religion Sikh Il semble que la majorité de ces auteurs

     ignorent les fondements du Sikhisme. Il devrait être

     signalé à tous que l'idéologie  du

     Gourou (de tous les Gourous Sikhs) est basée sur:

 

          "Tera kia meetha lagai, Har Nam padarath Nânak Mangai."

                                        (Asa Mohalla 5, p-394)

 

 

          «  Douce soit ta volonté, mon Seigneur,

           Nânak  t’offre le cadeau de Nam»

 

                                        (Traduction du précité)

 

     À l'âge de neuf ans, Gourou Gobind Singh  sacrifia son père pour      sauver  l'hindouisme et il fut  confronté au formidable empire Moghol qui était à son zénith. Quand sa femme lui  demanda où étaient allés ses quatre fils, il  répondit :

 

          "Quelle importance si  quatre  sont partis?

           Ils vivent toujours et vivront à jamais : le Khalsa.

           Nous y avons des millions de  fils courageux.’

 

     Dans Zafarnama il  menaça l'Empereur ouvertement quand il écrivit :

 

          "Quelle importance si mes quatre fils ont été tués,  tant que le Khalsa vivra,  tous sont mes fils! Quelle bravoure y a t-il à éteindre quelques étincelles de  vie? ….."

 

     Il n'y a  aucune trace de chagrin ou de désespoir dans ces lignes.

     Par conséquent, en présence des telles évidences inattaquables, il

     est  absurde de donner foi dans la théorie d’un Gourou découragé.            

                     

     'La théorie de Gourou Gobind Singh, sous les ordres des Moghols peut aussi être repoussée  à la lumière de la philosophie et des idéaux du Gourou. Pour quelle raison    devrait-il être au service  du gouvernement Moghol? Il fut appelé un «  vrai Roi »  par ses partisans et il était  vraiment un roi qui s’assit sur le trône de Gourou Nânak. Comme un vrai roi il possédait des richesses et un grand groupe de fidèles. Même si pour un moment, nous écoutons ces auteurs,   la mémoire des maux  qui lui avaient été infligés ainsi qu’à ses partisans était trop fraîche pour se réconcilier et s'engager dans l'armée d'oppression. Cette théorie ne peut non plus s’accorder avec Gourou donnant le commandement du Khalsa du Penjab à Banda Bahadur. L’argument tout entier est sans fondement..

 

GOUROU À NADER:

 

     À Nader, Gourou choisit un bel endroit sur les bords de la rivière Godavri. Deux raisons sont généralement données pour le choix de ce lieu. Premièrement il voulait voir Banda Bairagi et deuxièmement il y avait huit Ashrams  de sectes religieuses différentes. Gourou voulait établir un dialogue avec les chefs des différentes sectes pour leur montrer le vrai chemin de la foi et de les convertir à son propre point de vue. C’était peut-être à cause de cet objectif  qu’il  commença immédiatement à réaliser des rassemblements. Une foule de gens  à la recherche de spiritualité accoururent. Bientôt  le modèle « d’ Anandpur » fut reproduit dans le Daccan.

      Des nouvelles arrivèrent à propos de l'armée de l'Empereur qui avait mis à sac Sadhaura et  traité le Pir Budhu Shah comme un rebelle pour avoir eut  foi en Gourou Gobind Singh,  qu’il considérait comme un  « Kafir » ou incroyant.

   Un jour Gourou  alla  chez Bairagi Madho Das, un ermite. Il ne le trouva pas. Mais Gourou Gobind Sing avait  entendu dire que Bairagi Madho Das avait des pouvoirs surnaturels  qui pourraient renverser qui que ce soit assis à sa place, aussi Gourou s’installa confortablement.  Les partisans du Gourou tuèrent une chèvre et la cuirent dans  un espace défendu par Bairagi. Un disciple  alla informer  Bairagi des actions du Gourou. C’était un sacrilège de tuer un animal dans la maison de Bairagi et un autre sacrilège de prendre possession du divan qui lui servait de trône. Bairagi était furieux et avec colère il s’avança violemment vers Gourou. Il  essaya tous ses pouvoirs pour le blesser  mais en  vain. Quand il se trouva impuissant, il  demanda au Gourou qui il était. Gourou  répondit qu'il était Gourou Gobind Singh. Bairagi se calma et sa colère  se transforma  soudain en adoration. La Lumière divine des yeux du Gourou  chassa toute l'obscurité de l’esprit du Bairagi qui immédiatement s’agenouilla devant le Maître et dans la soumission totale  admit qu'il était son Banda (un esclave).

     Le Maître l’instruisit alors sur la doctrine de la religion Sikh et il le baptisa. Il  fut nommé Gurbakhsh Singh mais il  continua à être connu comme  Banda ou Banda Singh. Il avait apprit des sikhs les atrocités commises par des souverains Musulmans dans le Penjab y compris le massacre des enfants du Gourou et il était prêt à se mettre aux ordres du Maître. Le  Gourou lui  demanda d’aller au Penjab et de combattre l’oppression des souverains sur le Khalsa. Gourou lui offrit un arc et cinq flèches et  lui  dit »: aussi longtemps  que vous resterez pur  votre gloire  augmentera. Celui qui est en paix avec lui-même, ne s’éloigne pas du combat et ses adversaires ne peuvent pas le vaincre. Mais si vous abandonnez  les principes du Khalsa le courage et la gloire partiront". Le  Gourou dépêcha quelques Sikhs pour l’aider dans cette entreprise. Banda prêta serment, salua Gourou et partit.  C’était un exemple remarquable des pouvoirs de Gourou Gobind Singh. Banda Bahadur qui était un adepte de la  non-violence,  fut transformé par le pouvoir du Gourou, devint le plus grand général militaire de ce temps-là.

     (Banda Bahadur  planta le drapeau du Gourou dans un village à trente-cinq milles environ de Delhi. Les sikhs de tout le Penjab s’assemblèrent sous sa bannière et menèrent  une attaque si puissante et si dévastatrice  que, qu’en quelques mois, ils  rasèrent Samana, Shahbad, Sadhaura et Chhat Banur. Ensuite ce fut le tour de Sirhind. Banda Bahadur fit une attaque si violente et rapide, que l’armée ennemie n’aurait   put  lui opposer résistance. Wazir Khan et son ministre Suchnand  furent tués. L'Empereur  Shah Bahadur ne  réussit pas à écraser  Banda et Bahadur mourrut.)

     Après le départ de Banda Gourou  vécut dans  plusieurs endroits dans le voisinage : Shikar Ghat, où il allait chasser, Nagina Ghat  où un sikh lui  offrit une bague qu'il  jeta dans la rivière, à Hira Ghat  il

se débarrassa d'une bague de diamant  et  visita un lieu appelé Sangat Sahib  où il donna des enseignements religieux à ses partisans.

     Les bonnes relations entre Gourou et l’Empereur Bahadur  Shah avaient alarmé Wazir Khan, le vice-roi de Sirhind. Il avait ordonné que  les enfants du Gourou soient emmurés vivants et décapités.  C’était lui le responsable de la plupart des atrocités infligées aux Sikhs dans le Penjab. Il craignait  pour sa vie  si le nouvel Empereur et Gourou  arrivaient à un accord Par conséquent,  il conspira pour tuer Gourou et   envoya deux Pathans, Gul Khan alias Jamshed Khan et Ata-ullah, pour L’assassiner.

     Toute  sorte de gens  commencèrent à assister aux rassemblements du Gourou à Nader. Bientôt le deux Pathans vinrent aux assemblées que dirigeait Gourou. Au troisième ou quatrième jour, Jamshed Khan  trouva une occasion pour essayer de le tuer, et comme Gourou Gobind Singh se  retirait dans son appartement personnel après la prière du soir, il le suivit et le blessa avec un poignard. Gourou le tua immédiatement bien  qu’il fut sérieusement blessé, et son compagnon fut tué d’un coup de poignard par un sikh qui se précipita dans l’appartement du Gourou lorsqu’il entendit du bruit.

 

     Plusieurs versions et histoires furent exprimées quant aux circonstances de l'assassinat du Gourou. Cunningham  écrit qu'un commerçant Pathan qui avait vendu des chevaux au Gourou, vint un jour et lui   demanda le paiement immédiat. Gourou qui se trouvait  en manque de fonds, lui  demanda de revenir  un autre jour. Le Pathan fit un geste un geste violent et le  Gourou le frappa à mort. Le corps du Pathan avait été  enterré, et sa famille semblait résignée à son destin. Cependant, ses fils désiraient se  venger, et ils  cherchèrent une occasion pour le faire. Ils  réussirent à entrer dans la demeure du Gourou, et le poignardèrent mortellement alors qu’il dormait sans surveillance. (Cunningham - Histoire de Sikhs, p-82)

 

     D’autres auteurs tel que McGrégor (Histoire des Sikhs, vol.1 p-99 - 100), écrivent que Gourou,  peu de temps  après, se rendit compte de son erreur et comme  récompense pour le destin de la victime, Gourou montra un intérêt particulier à la veuve et    éleva son fils comme le ferait un père. Quand le garçon  grandit, on dit que Gourou lui-même l’incita à le frapper. Il  donna des coups terribles  au Gourou. Trumpp aussi croit à cette version et afin de lui donner une assise rationnelle, il dit que Gourou était dégoûté de la vie et il  voulait en finir.

     Ces histoires sont absolument sans fondement. Ces auteurs n´avaient pas compris qui était Gourou. Gourou  Gobind Singh occupait le trône divin de Gourou Nânak. Par conséquent, il était l’incarnation de la Lumière Divine; le Divin n’est jamais dégoûté ou découragé. Gourou ne prononça jamais un mot de chagrin ni ne montra un signe de désespoir pendant les épreuves sans égales qu’il traversa. Il n'est  enregistré nulle part dans ses sermons ou ses écris un signe de désespoir ou de  tristesse même  quand Nura Mahi  lui apporta les nouvelles du massacre de ses plus jeunes enfants.

   Récemment un éclairage nouveau est donné par un Hukamnama, qui montre qu'aucune demande de paiement immédiat ne fût donnée au Gourou Le Pathan  refusa de faire une telle demande. Cela est démontré par un Hukamnana (ordre publié par Gourou) où Gourou délivra au Pathan pour son bon et amical comportement ; il est encore aujourd’hui conservé par les descendants de ce Pathan. (Kartar

     Singh: Vie de Gourou Gobind Singh, p-263)

 

     Un examen des circonstances historiques conduit aux  actions de l’Empereur. Bahadur Shah se mit en colère contre Gourou car celui-ci  délégua  Banda au Penjab afin de continuer la lutte et de tuer Wazir Khan. Il semble que pendant le conflit contre son frère à Hyderabad, l’Empereur craignait que Gourou forme une alliance avec les Marahattas dans la lutte contre les Moghols. C’était  peut-être la raison pour laquelle l’Empereur ne laissa pas en paix Gourou. Bahadur Shah pensait à tort que la mort du Gourou serait un coup fatal à la révolution dans le Penjab et il participa à la conspiration montée par deux pathans nommés par Wazir Khan afin de mettre fin à la vie du Gourou. Les faits historiques repris ci-dessous témoignent en faveur de cette hypothèse :

 

     Le 28 octobre 1708, l'Empereur  demanda qu'une robe de

     deuil soit présentée au fils de Jamshed Khan Afghan qui

     avait été tué par Gourou Gobind Singh. Dans les archives de la cour impériale de Bahadur Shah, on peut lire:

 

          " Keh Gourou Gobind Singh Rai Jamshed Khan Afghan ra bajan Kushtah bud khilat-e-Matami bapisar-i-Khan Mazkur Mrahmat shud." 

 

           (Akhbarat-i-Darbar-i-Mualla, daté 24 Shaba, deuxième année du

règne           Bahadur Shah ( 28 octobre 1708)  cité par Dr. Ganda

           Singh dans Makhiz-i-Twarikh-i-Sikhan, p-83)

 

     Jamshed Khan n'était pas un haut signataire à qui l'Empereur

     dut donner de grands honneurs. Il était seulement un espion de Wazir Khan.

 

Deux jours plus tard, le 30 octobre 1708, l'Empereur  ordonna la commande d’une robe de deuil pour la famille de Gourou  Gobind Singh. Cela veut dire que l'Empereur  traita Jamshed Khan et Gourou Gobind Singh de la même façon, confirmant  que Jamshed Khan jouissait du soutien de l'Empereur.

 

 

     "Le 11 novembre 1708 on apprit que le Gourou décédé avait  laissé une énorme fortune". Les courtisans demandèrent ce qui allait en advenir.  Il fut ordonné que ces biens n’iraient  pas au trésor impérial. « Il s’agissait des biens d'un   darvesh (saint) et il ne devait y avoir aucune interférence avec eux" ordonna l’Empereur.

 

     Le refus de l'Empereur de prendre possession des biens du Gourou contre la volonté de ses courtisans, montre sa diplomatie et sa ruse. C’était une démonstration  de sa  complicité, une fraude pieuse, écrit  H.R. Gupta, dans son Histoire des Gourous Sikhs p-240.

 

      La blessure du Gourou fut recousue immédiatement par le chirurgien Européen de l'Empereur et en quelques jours on le crut guéri. Peu de temps après quand Gourou  tira avec un arc fort dur,  la blessure guérie s’ouvrit et  saigna abondamment. Il était clair donc  que l'appel du Père du Ciel était venu

a lui.  Par conséquent, il  donna son dernier  message mémorable de sa

mission religieuse à l'assemblée du Khalsa. Mercredi,  6 octobre 1708 (sur Budhwar, Katik Chauth, Shukla Pakkh, samvat 1765) à Nander (Deccan), il  demanda que Bhai Daya Singh apportât Sri Granth Sahib. Il  ouvrit le Granth Sahib, alors il  plaça cinq païses et une noix de coco devant lui et solennellement courbé devant lui comme son SUCCESSEUR, GOUROU GRANTH SAHIB, il dit: WaheGourou le ka du ji Khalsa, WaheGourou ji ki Fateh', il  marcha autour du livre sacré et  proclama :

" Ô, Khalsa bien-aimé, que celui qui désire m’apercevoir et

contemple Gourou Granth. Obéissez au Granth Sahib. Il est le

corps visible des Gourous. Que celui  qui désire  me rencontrer,

 dilligemment recherche les hymnes".

    Il  chanta alors un hymne composé par lui-même23:

 

     " Agya bhai Akal ki tabhi chalayo Panth                     

      Sabh Sikhan ko hukam hai Gourou manyo Granth                

      Gourou Granth Ji manyo pargat Guran ki deh                  

      Jo Prabhu ko milbo chahe khoj shabad mein le."              

                     

La traduction du précité:

 

     "Sous ordres de l'Existence Immortelle, le Panth fut créé.

      Tous les Sikhs sont enjoints pour accepter le Granth comme leur 

      Gourou.                                     

      Considérez Gourou Granth comme l’incarnation des Gourous.      

      Ce qui veulent rencontrer Dieu, peuvent le trouver dans ses hymnes."

 

La cérémonie précitée est ainsi décrite dans Bhatt Vahi Bhadson Parganah Thanesar (un des écris de Bhatts) :

 

           "Gourou Gobind Singhji, mahal daswan, beta Gourou Tegh

             Bahadurji ka, pota Gourou Hargobindji ka, parpota Gourou

            Arjanji ka, bans Gourou Ramdasji ki, Surajbansi,Gosal gotra,

            Sodhi Khatri, basi Anandpur, parganah Kahlur, muqam Nander,

            tad Godavari, des Dakkhan, sammat satran sai painsath, kartik

mas ki chauth, shukla pakkhe, budhwar ke dihn, Bhai Daya Singh se bachan hoya, Sri Granth Sahib lai ao, bachan pai Daya Singh Sri Granth Sahib lai aye; Gourouji ne panch païse ek narial aagey bheta rakha, matha teka, sarbatt sangat se kaha, mera hukam hai, meri jagah Sri Granthji ko janana, jo sikh janega tis ki

             ghal thaen paegi, Gourou tis ki bahuri karega, satt kar  manana”.         

 

La traduction du précité:

 

            "Gourou Gobind Singh, le dixième Maître, fils de Gourou Tegh

            Bahdur, petit-fils de Gourou Har Gobind, arriére-petit-fils de

            Gourou Arjan, de la famille de Gourou Das, Surajbansi du

            Clan Gosal, Sodhi Khatri, résident d'Anandpur, parganah,

            Kahlur, maintenant à Nander, dans le pays Godavari dans Deccan, demanda à

            Bhai Daya Singh, mercredi, chauth Katik,

            le pakkh du shukla, samvat 1765 (le 6 octobre 1708) d´apporter

            le Sri Granth Sahib. Obéissant à ses ordres, Daya Singh

apporta le Granth Sahib.Gourou  plaça devant lui cinq païses, une noix de coco et  inclina sa tête devant lui. Il  dit  alors à la sangat (rassemblement sacré) : "Tel est mon commandement: Mettez le Sri Granthji à ma place. Celui qui le reconnaît ainsi, obtiendra sa récompense. Gourou le secourra. Acceptez ceci comme la vérité."

 

Gourou Granth Sahib  fut ouvert au hasard et le passage suivant fut  lu, une telle récitation  est  appelée le ' Hukam' ou Divin Ordre du jour):

 

            "Mon destin est éveillé, le Seigneur m’a montré la pitié

                        et je chante les Éloges du Seigneur.

             Mon angoisse est finie, j'ai trouvé la paix et mes pérégrinations

                        ont toutes cessés.

             J'ai obtenu la dignité de la vie Éternelle maintenant.

             Abrité dans le refuge des saints je me souviens seulement de mon Dieu

                        Créateur dans mon esprit (pause).

             J'ai vaincu convoitise, courroux, avarice et attachement

                        et tous les adversaires je les ai fait fonctionner.

             Mon Seigneur est à jamais présent qui me garde à jamais dans sa vue,

                        Il n'est jamais loin de moi.

             A travers l'assistance des saints j'ai obtenu le bonheur et la

                        paix et tous mes désirs sont accomplis.

En  un instant, le Seigneur a purifié les pécheurs

                        Au-delà d'expression est  l'éloge du Seigneur

             Je suis devenu courageux et toute ma peur est partie sous le

                        refuge des Pieds Divins.

             Nànak, a absorbé nuit et jour  cela,

Et a chanté les Éloges du Seigneur."

                                                            (Maru Moh. 5, p-1000  Gourou Granth Sahib)

                           

En reconnaissance des bienfaits spirituels du fondateur de la  religion,  il prononça un distique Persan,  dont la traduction  est:

 

     "Gobind Singh  obtint de Gourou Nânak l´hospitalité, l'épée, la victoire, et l’assistance ponctuelle".

 

     (Ces lignes furent imprimées sur un sceau confectionné par les Sikhs après que Gourou  partit pour sa demeure céleste, et  fut adopté par  Ranjit Singh comme image de sa monnaie une fois qu’il  eut le titre de Maharaja du Penjab) Gourou Gobind Singh  partit alors pour sa demeure céleste. Les sikhs firent des préparatifs pour ses derniers rites comme il les avait instruits, le Sohila fut récité et le Parsahd (nourriture sacrée)  distribué.

     Pendant que tous pleuraient la perte du Gourou, un sikh  arriva et  dit," Vous supposez que Gourou est mort. Je l’ai rencontré ce matin même en chevauchant son cheval. Après l´avoir respectueusement salué je lui ai demandé où il allait, il  a sourit et a répondu qu'il allait à la  chasse."

     Les sikhs qui  entendirent cette histoire  arrivèrent à la conclusion Que c’était une mise en scène du Gourou qu’il vivait une béatitude ininterrompue,  et qu'il se montrait quand on s’en souvenait. Celui qui possède ne serait-ce qu’un grain  de l'amour du Seigneur dans son cœur, fait partie des bénis  et Gourou se révèle à un tel disciple par des chemins mystérieux. Il ne devrait y  avoir  aucun deuil pour un Gourou qui  est parti physiquement au Ciel.

     Le Maître revint à sa Maison Éternelle  le 5 Katik, Sambat 1765 (7 octobre 1708 A.D.). Il avait 42 ans.  Avant de laisser ce monde, Gourou avait décrété," Si  quelqu’un édifie une chapelle en mon honneur, sa progéniture périra" .

     Le temple Sikh à Nader est appelé Abchalnagar. Il  fut construit Par le Maharaja Ranjit Singh en 1832 en défiant l’interdiction du Gourou Après le Maharaja Ranjit Singh, le régne de sa dynastie, vint à sa fin. La prophétie du Gourou s’était accomplie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Un jour, un sikh vint et proposa a Gourou d’épouser sa fille Sandru . Gourou ne désirait pas l’alliance  mais le sikh était appuyé par sa mere. Cependant il est cru que Sandru était une épithète  de Jito et pas une seconde femme de Gourou. Il est aussi cru que Jite était le nom donné par ses parents alors que  Sundri était le nom donné a Mata Jitoji  par le coté de Gourou . Cela se passe  fréquemmentt dans la société.

 

2 Raipur est proche d’Ambala. Dans le fort de Raipur un Gurdwara est sur la tache où Gourou dîna comme invité de Rani.Il y a aussi un Gurdwara à l’extérieur du fort où sa tente fut montée.

3 Cinquante-deux bardes étaient permanents dans son emploi mais leur nombre augmenta à 94 à un moment donné.

4 Quelques-uns disent que Himmat Chand était le troisième sikh venu en avant et que Mohkam Chand était le quatrième.

5 Il ya, en fait, cinq forts construits à Anandpur en 1689. Il y avait Anandgarh, Lohgarh, Fatehgarh, Kesgarh et Holgarh

6 Vichitar Singh n’était pas une très grande personne et cette lance pesait environ 40 livres. Elle est toujours à l’intérieur du fort Anandgarh à Anandpur.

 

7 Gourou attendait des renforts des sikhs de Malwa et c’était la raison pour laquelle il demandait un délai. En fait les renforts arrivèrent mais trop tard pour la défense de Anandpur.

8 Quelques auteurs disent qu’il y avait 1500 sikhs que suivirent Gourou.

9 Le nom de Bhai Jaita après som baptême. Bhai Jaita avait apporté la tête de Gourou Tegh Bahadur de Delhi à Anandpur.

10 Un lieu à environ dix milles de Rupar.

11 Quelques auteurs disent qu’il y avait onze Sikhs restés à Garhi à ce moment-là.

12 I Il y a un Gurdwara appelé Tari Sahib sur cette tache où ilapplaudit de ses mains. À Chamkaur Sahib il y a quatre Gurdwaras. Le premier est appelé Damdama Sahib où il se reposa avant d'entrer dans le Garhi, après  Garhi Sahib qui était la forteresse; à  Katalgarh. Sahib où les corps des fils de Gourou furent incinérés, et le dernier est le Tari Sahib.

 

13 Chauri. Un tas d’ailes de paon agitées sur lui comme marque de respect.

14 Uch da Pir signifiat prêtre (fakir musulman) d’Uch, une ville dans le Sudouest du Penjab. L’expression signifiait aussi haut prêtre.

15 Il est aussi dit que Gourou rencontra le frère ainé de Bhai Mani Singh, appelé Nagahia Singh. Lui et son fils étaient des commerçants de chevaux et  offrirent le cheval à Gourou

16  Il est établi dans ‘Surach Parkash’ que Tilok Singh et Ram Singh qui étaient les fils de Baba Phul de Mehraj, incinérèrent leurs corps. Il arriva qu’ils fussent à Sirhind en ce temps-là.

17 Gourou Nânak avait fait une faveur à l’Empereur Mughal Babar pour que sa dynastie durât longtemps. Vu que dans son empire dominait l’injustice, la fausseté, le mensonge, la tyrannie, la superchérie et l’oppression, il devait finir. En déterrant un arbrisseau, Gourou déterra les racines de la dynastie de Mughal qui se termina après cela.

 

 

 

 

18  Trois années après cette atrocité, Banda Singh Bahadur rasala totalité de Sirhind sur la terre et  détruisit la racine de l'ennemi etses branches.

19 : Zafarnama - Zafar signifie ‘ victoire’. C’était une lettre à l´Empereur écrite en  vers Persan. Il est aussi célèbre comme chef-d'oeuvre de la langue Persane.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20 Des copies de ce Bir furent préparées plus tard.

21 Koer Singh - Gur Bilas Patshahi 10: ' Chaque jour  Gourou

distribuait de l'or et de l'argent. Ainsi, d’innombrables soldats étaient  attirés a la place. '

 

 

22 Quelques écrivains soutiennent que Bahadur Shah envoya d’autres personnes avec Gourou.

23 Giani Gian Singh, Sri Panth Parkash, page 1719.